N° XV
Rigidité de V orifice utérin; première positioîi des fesses; accouchement spontaiié.
La rigidité de l'orifice utero - vaginal est assez ircquente , et on la rencontre souvent avec l'inertie par épuisement, soit comme cause ; soit comme
effet. De même que l'inertie , la rigidité de Torifice nécessite souvent les secours de l'art pour l'extraction du fœtus j mais elle peut quelquefois être surmontée par les seuls efforts de la nature , comme va le prouver Tobservation suivante. En effet, de même que l'inertie , la rigidité n'est souvent que temporaire, et quelques médications émoUientes, comme les bains, la saignée , etc. , peuvent en abréger la durée.
Charlotte Uz , âgée de dix-huit ans, sanguine ,
forte , enceinte pour la première fois et à terme , ressentait depuis deux heures les douleurs de l'enfantement, lorsqu'elle arriva a l'hospice, le 24 ventôse an 12 a midi. Les membranes s'étaient rompues le matin- les douleurs étaient faibles et l'orifice ouvert de six à huit lignes ; la partie présentée par le fœtus était très-élevée ; ce ne fut que le lendemain k sept heures du matin qu'elle se trouva assez basse pour qu'on pût reconnaître les fesses en première position, c'est -a -dire les lombes à gauche et en avant, etc. Un demi -bain fut administré a la malade et suivi d'un lavement. Les douleurs néanmoins ne se réveillèrent que le soir; mais l'orifice utérin, le vagin même et la vulve étaient durs et peu dilatables. Le bain fut répété ; il ramollit toutes ces parties, de sorte que la dilatation commença a s'opérer sous l'influence de contractions médiocres. Le 26 matin, application d'un troisième bain et de plusieurs lavcmens : dès-lors nouveaux progrès, marche gra-
duelle, et accouchement spon-tané à une heure après midi.
L'enfant ne donna aucun signe de vie : la mère, depuis quatre jours , n'en sentait plus les mouvemens. Un peu de fièvre suivit l'accouchement ; mais elle fut sans conséquences, et la femme sortit bien portante le septième jour.
N° XVI
Trois exemples d'application du f or ceps pour rigidité de V orifice utérin y escarres ; perforation de V estomac , etc.
I. Tempérament sanguin, constitution faible, trente ans ; première grossesse , à terme. Travail commencé le 4 décembre i8i5 matin. Orifice a bords durs et épais , membranes rompues , douleurs fortes, tête assez hasse , première position dit "vertex. Le travail dura quatre jours sans aucun progrès : la saignée , les bains , etc., ne ramollirent point l'orifice. Le quatrième jour, une nouvelle quantité d'eau s'écoule, et les douleurs, suspendues depuis assez long-temps , reprennent de l'énergie ; mais elles ne font que dilater un peu l'orifice , de façon a permettre l'application du forceps. Cet instrument fut introduit comme de coutume , en commençant par la branche gauche et conduisant avec soin les cuillers jusque dans l'orifice utérin. L'enfant qui fut amené ainsi était un
garçon vivant et du poids de six livres. Délivrance naturelle, mais suivie d'une hémorrhagie interne, suite ordinaire de l'inertie par épuisement; les moyens connus la réprimèrent; mais il y eut des syncopes et un affaiblissement extrême. Dans les jours suivans, prodromes de péritonite , fièvre, faiblesse. Ces symptômes avaient disparu le douzième jour.
II. Constitution forte , vingt-quatre ans, grossesse pénible , points douloureux dans le thorax. Premières douleurs le lo octobre 1818 à midi; membranes rompues , douleurs fortes , orifice a peine ouvert et d'une dureté cartilagineuse. La saignée, les demi-bains, les injections mucilagineuses n'eurent aucune utilité. Vers le soir, du côté droit, le bord de l'orifice s'amincit , puis s'échancre ; a minuit, suspension complète des douleurs. Je crus devoir alors terminer l'accouchement. Le forceps fut appliqué comme pour la première position du verte Jc, et donna naissance a un garçon du poids de sept livres : il offrait à peine quelques signes de vie, et l'on chercha en vain à le ranimer. Après l'accouchement, je reconnus qu'il s'était formé à l'orifice plusieurs échancrures dont je ne pus apprécier la profondeur. Le deuxième jour, frisson suivi de iièvre et de douleurs abdominales , symptômes gastriques. L'ipécaçuanha, la saignée, les émoUiens, n'empêchèrent point les progrès d'une péritonite qui enleva la malade le 1 4 octobre a neuf heures du soir.
îll. Tempérament sanguin , constitution robuste, dix-huit ans , bassin un peu resserré. Premières douleiH's lei6 juin 1816 au soir. Le 17 matin , douleurs faibles , orifice entr'ouvert , rigide; tête extrêmement élevée et inaccessible au doigt.
Dans le jour, douleurs plus fortes sans dilatation de l'orifice ; abdomen fort sensible. (^Saignée, bain entier^. Le soir, orifice encore rigide, mais entouré d'un bord fort mince , et ouvert de douze k quinze lignes; tête plus basse. Dans la nuit , vomissemens verdâtres , céphalalgie , soif ardente, fièvre intense. Le 18 matin, douleurs plus puissantes, rupture spontanée des membranes ; progrès peu considérables , mais sufTisans pour autoriser l'application du forceps. Cet instrument fut dirigé comme dans les deux cas précédens , la position étant absolument la même , et l'on j employa les mêmes précautions. Comme dans le cas précédent , l'enfant a donné quelques signes de vie ; mais nos efforts n'ont pu la lui conserver.
Le jour même, frisson, douleurs aiguës dans la région iliaque gauche ; une potion huileuse les apaise. Le deuxième jour , fièvre , céphalalgie , délire croissant de moment en moment. Le troisième jour , mort dans la matinée.
Examen du cadavre.
Sérosité purulente entre les circonvolutions intestinales. Perforation d'un pouce de diamètre a
la paroi postérieure de l'estomac ; utérus volumineux ; quelques taches gangreneuses a l'entrée du vagin et au col de l'utérus ; une rupture capable de recevoir l'extrémité du doigt se voyait à la partie du col de la matrice qui répondait a l'angle sacro-vertébral. Ces dernières lésions étaient évidemment l'eflfet du long séjour de la tête en cet endroit, et de l'étroitesse du détroit abdominal du bassin.
N° XVII
P^ersion pour inertie et rigidité de l'orifice utérin , première position des fesses.
Une femme âgée de quarante ans , parvenue au terme de sa deuxième grossesse , ressentit de vives douleurs dans l'hjpogastre et les lombes le 6 décembre 1811. L'urine était rouge et sablonneuse, et le travail puerpéral n'était nullement commencé. Ce travail ne se décida que le 16 du même mois : les membranes se rompirent dès les premières douleurs; mais l'orifice, épais et dur, permettait a peine l'introduction du doigt : cependant je parvins a reconnaître la première position des fesses , c'est-a-dire , que les lombes étaient en avant et a gauche, etc. Le soir, les douleurs faiblissent et s'éloignent. Je ne voulus point attendre les chances d'un second travail : on a vu , dans le numéro précédent , que ce travail seconidaire est souvent funeste à l'enfant et à la mère ,
DIXIÈME MÉMOIRE. 36n
surtout quand Torifice oppose une fâcheuse résistance. En conséquence , une élève (mademoiselle Chastant ) fut chargée d'aller prendre les pieds du fœtus. Elle introduisit la main gauche dans le vagin , glissa deux doigts dans l'orifice , puis leur en adjoignit un troisième, puis les deux autres; la main passa bientôt après sans grande difficulté. Les jambes du fœtus étaient relevées audevant du tronc ( pos. diag. secondaire, njoj-. t. ii, p. 32 et 39.); la jambe droite fut d'abord saisie et amenée ; la gauche fut extraite par une deuxième opération, qui agrandit encore l'orifice. Dès-lors l'extraction fut achevée comme dans les cas où les pieds se présentent d'abord en première position : seulement on fît marcher lentement le fœtus , afin de ne point forcer trop brusquement la ré.sistance de l'orifice. Cet enfant, du sexe masculin, est né mort; il pesait six livres. La mère est sortie bien portante le treizième jour, 29 décembre 1811.
J'ai donné des raisons nombreuses et puissantes contre l'emploi de la dilatation forcée de l'orifice uléro-vaginal, et surtout du col non encore effacé. L'observation qu'on vient de lire semble contradictoire k ce précepte ; mais, 1°. c'est surtout contre la dilatation du col non encore effacé que j'ai parlé ; elle est presqu'impossible et fort dangereuse ; 2°. celte défense ne peut s'appliquer aux cas où l'orifice utérin est le siège d'une rigidité
morbide , mais seulement h ceux où il n'est point encore devenu naturellement dilatable. Il est bien évident qu'il faut que l'art vienne au secours de la nature quand une rigidité morbide lui oppose une résistance invincible. Cependant j'observe qu'il faut un cas d'urgence absolue pour qu'on en vienne a ces moyens violens; car il est rare qu'avec du temps et de la patience ( si la femme ou l'enfant ne coure du reste aucun danger ) les contractions utérines ne fassent pas céder , du moins à un certain degré , l'orifice le plus rigide.