W IV
Jlnasarque ; éclampsie pendant La grossesse ; guéri s on.
Madame de N. , âgée de vingt-cinq ans, nalurellement grasse et lymphatique, était arrivée au commencement du neuvième mois de sa première grossesse , et a son embonpoint ordinaire se joignait une bouffissure universelle , et même une anasarque considérable des membres inférieurs : a cette époque survint une céphalalgie vive et continuelle, accompagnée d'éblouissemens , de vertiges, etc. Je redoutais Féclampsie avec d'autant plus de raison que , peu de temps auparavant,
SEPTIÈ?>1E MÉMOIRE. ^^
une dame h liiquelie je donnais des soins avait été victime de cette maladie, et de la légèreté de son médecin, qui, traitant d'abord Cette affection d'attaques de nerfs , s'était borné a pratiquer quelques scarifications, et a appliquer quelques ventouses. Peu s'en fallut qu'il n'en lut ici de mcme : la saignée que je prescrivis fut faite, mais avec une parcimonie que le médecin du logis crut être autorisée par la présence de i'anasarque.
La malade, d'abord soulagée, ne larda pas a se plaincbe des mêmes incommodités ; par moment même les idées se brouillaient, et la mémoire était obscurcie. Ces indices alarmans n'émurent point e médecin , et il ne fut convaincu du danger de cet état qu'après l'apparition d'un violent accès d'éclampsie. Alors la saignée est réitérée, et vingt sangsues sont appliquées au cou. Cependant les accès se répètent à-peu-près de quatre en quatre heures : les premiers, dans leurs intervalles, font place a un rétablissement complet; les derniers sont suivis , pendant une demi - heure chaque fois, d'un, état comateux, et le reste de Fintermission est occupé par une céphalalgie assez forte. ( J^ésicatoires aux jambes. ) Peu a peu les accès diminuent , et une deuxième application de sangsucs fait disparaître la douleur de tcte.
Cet état alarmant a duré trente heures ; rien , pendant ce temps , n'a annoncé le développement du travail, et ce n'est que quinze jours plus tard ^que l'accouchement s'est opéré : l'enfant est sorti
4Ô PUATiQUE DES ACCOUCI.'EMENS.
spnritanc'mPxît, ios iVsscs ics premières, après i\n travail de quinze heures : il était putrélié. A dater de la maladie que ]e viens de décrire, cette dame avait cessé de ressentir les mouvemcns du fœtus : au contraire , elle sentait une masse inerte se précipiter vers le lieu le pir.s déclive du a entre chaque fois qu'elle changeait de position.
Le placenta n'avait guère que cinq pouces et demi de diamètre (i)- mais son épaisseur était de trois pouces. Son tissu était ferme, d'un blanc jaunâtre, et comme squirrhcux du côté utérin , encore un peu filamenteux du coté fœtal; quelques déchirures étaient remplies de gros caillots; ces déchirures séparaient les cotylédons, qui semblaient isolément engorgés.
Je n'ai pas besoin de faire ressortir ici l'utilité de la saignée, et l'avantage qu'on aurait obtenu en la pratiquant de meilleure heure, en dépit des craintes chimériques qui ont empêché d'y recourir.
Cette oljservation prouve, d'une manière c\'idente, que le travail puerpéral n'est pas la seule cause déterminante de l'éclampsic, et ferait penser que souvent, au contraire, un travail prématuré est l'effet de cette maladie quand elle survient pendant la grossesse.
(i) Je décris ce placenta te""! que je l'a; vu mci-înème; piadanic Larlinpclle l'apporla à l'hcsnicc.
( Notf de rÉdiLciir. )
SEPTIÈME MÉMOIRE. ^n
La mort du fœtus mo paraît devoir être attribuée, non a Tcclampsic de la mère , mais a la de- ^énératîon du placenta, qui l'a rendu incapaljlc de remplir ses fonctions, ainsi que semblent le prouver les caillots contenus dans ses fissures. Kous avons ailleurs (^Avortement^ cité un grand nombre de faits semblables. Je ne sais quel rapport de causalité il a pu exister entre l'anasarque et cette dégénération du placenta.
Ânasarque ; ascite; éclampsie avant le travail ; accouchement spontané (i) ; guérison.
Madame C. , âgée de vingt-six ans , d'une santé actuellement bonne , mais sujette a de vives douleurs a chaque époque menstruelle, devint enceinte quatre mois après son mariage. Des accidens nerveux (hystérie, dyspepsie , etc.) assez graves signalèrent les commencemens de cette grossesse ; ils fm'ent combattus par les anti-spasmodiques. Une gastrite survint ensuite , et céda aux sangsues ; puis un état bilieux fut dissipé par un vomitif.
Dans le sixième mois, les pieds commencèrent a s'infiltrer , et la malade , astreinte à des occupations fatigantes , vit bientôt l'enflure gagner les jambes, les cuisses et les parois de l'abdomen : en outre, une fluctuation manifeste indiquait la pré-
. (i) Obsmvatiou de rÉditeur.
J^S PRATKJUE DES ACC0UCHEIME>'S.
sence d'une grande quantité d'eau dans la cavité du péritoine. L'utérus, incliné a gauche , ne pouvait être senti qu'en déprimant les parois aîadominales. Malgré cet état d'infiltration , des symptômes de pléthore nécessitèrent une petite saignée.
Vers la fin du huitième mois , l'anasarque de- A^nt telle que la malade fut forcée de garder le lit. Le pouls était faible, petit, fréquent, dllïicile a trouver. Il se manifesta des vertiges et des douleurs de tête qui, bien que passagères, inquiétèrent beaucoup la jeune dame. Dix sangsues sont prescrites conditionnellement, et la poudre de J/giiale administrée à la dose de 5 grains par jour. Les vertiges augmentent : le 4 avril 1824 au soir, il s'v joint des éblouissemens ; on voit des bluettes , des étincelles, des soleils. Les sangsues sont achetées, et l'on se prépare a les mettre derrière les oreilles ; mais , par une fatale inadvertance , une soupe vient d'être prise , et l'application des sangsues est différée.
Dans la nuit (5 avril, vers quatre heures et demie du matin), le mari sent son épouse s'agiter ; il l'examine et la trouve sans connaissance. On m*averlit, et j'iUTive pour être témoin d'un deuxième accès d'éclampsie bien caractérisé. Les yeux, d'abord ouverts et fixes , sont ensuite agités de secousses latérales de plus en plus fortes ; les pupilles sont fortement dilatées, puis la tête se renverse en an'ière et du côté droit ; la bouche est en même temps tirée u droite , la face tournée
SEPTIÈME MÉMOIRE. /q
vers le côté gauche : alors les membres se flécliisseiit avec roideur , puis se mainlieiment en demiflexion au milieu de secousses violentes dans, lesquelles les extenseurs et les fléchisseurs se contractent simultanément ; la face çst également agitée de pareilles secousses , qui tirent latéralement les commissures des lèvres : d'abord fort rouge , elle pâlit et devient livide ; la langue fait effort pour sortir de là bouche; mais je la maintiens avec les doigts pour empêcher qu'elle ne sôît meurtrie par les dents , comme elle l'a été au premier accès. Après deux minutes , les secousses s'éloignent ; une écume sanglante sort de la bouche ; la respiration , suspendue pendant tout V accès , recommence à s'exécuter par quelques sanglots ; bientôt elle se régularise j mais l'expiration est trèsbruyante , ronflante , et chasse l'écume amassée dans la bouche; l'inspiration, au contraire, est facile. Cet état dure environ un quart d'heure.
Je me hâtai de pratiquer une saignée du bras , et je tirai douze onces de sang, puis dix-liiiit sangsues fm^ent appliquées au cou. Le pouls était diflicile à sentir comme dans les jours précédens, mais il offrait plus de fréquence.
Après la saignée, la malade reprend ses sens, s'étonne de son état , puis se plaint de vertiges , et annonce avec effroi qu'elle va perdre connaissance. Un troisième accès a lieu ; il est suivi d'abord de coma , puis d'un délire violent , dont l'effroi forme le caractère.
T. ni. 4
5o PRATIQUE DES ACCOIÏIHEMENS.
I>ans la matlnëe survinrent encore cinq autres acc'ès îi-pcu-près semblables à celui que j'ai décrit , avec cette différence que parfois la bouche lut tirée a gauche , qu'au stertor se mêlèrent par momens des gémissemens sourds , et qu'une demiconnaissance , mêlée de stupeur et d'indifférence ou seulement de céphalalgie , remplaça le coma dans les plus longs intervalles. Entre le 3" et le 4% entre le 4' et le 5% et entre le 5" et le 6^, cet intervalle fut d'une demi-heure ; le 6^ et le 7* furent presque continus ; mais , du 7" au 8" , une heure un quart se passa sans accidens ; un 9' accès fut séparé de ce dernier par un espace de quatre heures.
Pendant tout ce temps , nous n'étions pas restés inactifs :des vésicatoires avaient été appliqués aux jambes, et Aqs frictions faites sur la tête avec un mélange ô^eau de Cologne et de laudanum ; une notion avec Véther et les sirops diacode et de pivoine avait été administrée,- quelques cuillerées (ïinfusum de tilleul étaient aussi présentées de temps à autre.
Le soir , et six heures après le 9^ accès , s'en montrent coup sur coup un 10^ et un Il^ Coma. Le travail est presque nul , quoique l'utérus durcisse par momens ; les deux orifices sont ouverts ; mais le col a cinq à six lignes de longueur ; on ne sent point les mouvcmens actifs du fœtus , même lorsqu'on le spulève avec le doigt porté dans le vagin. Le rapprochement des deux derniers ac-
SEPTIEME MEMOIRE. 5l
dès m'elTraja , et )\î rnc hâtai de rompre les mem~ hranes dans un moment où une contraction de l'utérus les tendait sur son orifice interne. Cela fait , j'appliquai des sinapismes aux pieds. Des scarifications faites le matin s'étaient desséchées sans désenfler les jambes ; mais les vésicatoires avaient pris ; la phljctène fut ouverte.
Le coma se prolongea ; mais ce ne fut qu'après huit heures d'intervalle qu'eut lieu le 12" et dernier accès (5 avril, trois heiu'es du matin). Le coma dura pendant cinq à six heures après cet accès , et les douleurs utérines étaient jusque la encore plus faibles que la veille. Mais en même temps que revint la demi-connaissance , parm^ent aussi des contractions utérines avec tremblement ~ général et rougeur de la face. Ces douleurs augmentèrent graduellement jusqu'à trois heures du soir, époque de l'accouchement, qui fut dû aux seuls efforts de la nature. La tête s'était présentée dans la deuxième position du vertex. L'enfant était du sexe féminin et du poids de quatre à cinq livres'; il était mort , et le cordon flétri contenait du sang coagulé; l'épiderme se détachait au thorax ; le placenta était livide et d'une odeur forte et désagréable. Des assistans ont remarqué que cette odeur était la même que celle qu'exhalait récume de la bouche dans les accès d'éclampsie.
Pendant les progrès du travail , la malade avait repris assez de connaissance pour s'agiter, se plaindre, et même reconnaître momentanément quel-
52 PRATI(>UE DES ACCOU-CIIEMENS.
qucs personnels; mais ce ne *iit que le 7 avril malin , après avoir dormi toute la iniil , qu'elle recouvra toutes ses facultés, non sans ctonnément de se voir délivrée, et ne conservant que quelques souvenirs très-confus de ce qui s'était passé , et même des événemens qui avaient précédé de quelques jours les accidens dont On vient de lire rhistoire.
Des tranchées furent combattues par un cataplasme, et dissipées après l'expulsion d'un caillot^ des éblouissemens incommodes me parurent nécessiter encore rapplication de dix sangsues derrièi^e les oreilles , et môme une saignée d'iine demipalette. La sécrétion du lait eut lieu du 10 au 11.
Ce jôur-ia, deux potages sont pris au lieu d'un qui avait été accordé : quoique très-légers , ils suffisent pour causer , dans la nuit, des coliques atroces avec suppression des lochies et sensibilité du ventre. {Demi-lavement avec laudanurn, 8 gouttes; potion avec cther et sirop diacode. ) Bientôt les coliques cessent.
Le 12 , (lèvre, borborygmes {inixtiire avec huile de ricin et sirop de limons j aaf jfi); évacuations abondantes : dès-lors mieux-être et rétablissement graduel.
La suppuration des vésicatoires et des sinapisnies (qui ont causé la vésication) , et un flux d'urine copieux et lavorisé par des boissons convenables, ont rapidement chassé la sérosité épanchée dans l'abdomen ou iniillrée dans les mem-
bres inférieiirs ,* de sorte que , malgré la pâleur et la faiblesse qui devaient nécessairement suivre des saignées aussi abondantes et une diète dont on ne s'est relâché que par degrés , cette dame put se lever pour la première fois le 17 avril , et sortir quelques jours après. Les ulcérations causées par les sinapismes , aux endroits 011 les scarifications avaient été faites , ont seules persisté pendant un t€mps assez long.
Cette heureuse terminaison m'a causé une satisfaction d'autant plus vive qu'elle était moins attendue , et que les liens de l'amitié m'unissaient à la malade. Le professeur Dubois , que j'appelai le premier jour pour étayer et mettre a couvert ma jeune réputation , avait porté un pronostic peu favorable , tout en approuvant la conduite que j'avais tenue et celle que je me proposais de tenir encore. J'ai donné des détails étendus dans cette observation • ils sont destinés à suppléer a ce qui peut manquer dans la description générale , et n'ont pas besoin de commentaire. Voici seulement quelques réflexions qui peut-être échapperaient au lecteur.
ï". La digitale , qui a été proposée en pareil cas par les Anglais , ne paraît pas très-efllcace , puisque c'est pendant son emploi qu'ont paru les verliges^ et qu'il a fallu l'abandonner dans la crainte qu'elle n'en fût la cause.
2". La langue est fort exposée a êtic mor<la£i
dans les accès. On conseille généralement , pour éviter cet accident , de placer entre les dents un corps dur, comme le manche d'une cuiller, etc.: c'est un moyen presqu'infailliLle de casser ou de luxer les dents incisives; et c'est sans doute à cette pratique déraisonnable qu'il faut attribuer la perte de plusieurs dents qu'ont essuyée quelques femmes après des accès d'éclampsie. Un morceau de liège n'aurait pas cet inconvénient ; mais il pourrait échapper aux doigls, tomber dans lu gorge et suffoquer la patiente : il est bien plus simple de repousser la langue dans la bouche avec les doigts mêmes; ce procédé est des plus faciles , et je l'ai appris aux assistans, qui s'en uni aisément acquités dès qu'ils ont pu vaincre la crainte mal fondée d'être mordus pendant cette opération : il faudrait, pour que ce dernier événement arrivât, le comble de la maladresse.
3°. La rupture des membranes pourra sembler hasardée a quelques personnes. Je sais que cette pratique est une de celles qui demandent le plus de discernement et d'expérience , et cette persuasion n'a fait qu'affermir ma sécurité. Si la distension de l'utérus est cause des convulsions , il est évident qu'en faisant sortir l'eau qu'il contient on diminue la tension ; et en effet , on vient de voir que cet écoulement a semblé avoir arrêté et presque dissipé l'éclampsie , dont la marche devenait alarmante. En deuxième lieu , le travail ne marchait pas, et c'est encore une manière d'cî^-
citer les douleurs que de vider en partie Tutérus , quand on soupçonne que l'inertie dépend de la distension de ses fibres. Je sais bien que cette rupture prématurée expose , i°. a faire périr T^nfant par une trop longue compression j 2". à ralentir les dernières périodes du travail en privant les passages d'une humidité favorable. Mais, 1°. j'avais la presque certitude de la mort de l'enfant; d'abord parce que rarement il survit à l'état d'éclampsie prolongé , et ensuite parce que je n'avais pu exciter ses mouvemens , même en le soulevant, en l'agitant; 2°. je ne craignais que la lenteur des premières périodes du travail , étant décidé a appliquer le forceps dès que l'orifice se* rait suffisamment, non dilaté, mais dilatable, à moins que la nature ne se prononçât vivement , comme effectivement elle l'a fait.
4". J'ai noté la suspension de la respiration pendant l'accès. Ce phénomène n'a point, que je sache , été jusqu'ici remarqué : j'ai été frappé , en l'ojjservant , de cette idée, que peut-être beaucoup d'épilepliques , dont la mort est attribuée a un coup d'apoplexie , succombent réellement a une asphyxie par défaut de respiration dans un accès trop prolongé.
5°. On remarquera enfin le tableau des accidens survenus le 11 avril : coliques avec sensibilité du ventre et suppression des lochies. C'en est assez , aux yeux de bien des praticiens, pour caractériser une inflammation du péritoine ou de la matrice y
mais l'absence de la fièvre , mais la pâlem* et le froid de la peau , la mobilité des douleurs , leur siège , leur nature môme , et enfin les cir-constances antécédentes, voilà les signes qui m'ont dévoilé l'existence d'une indigestion et de véritables coliques spasmodiques. C'est ce caractère spasmodique qui m'a empêché de recourir aux anti-plilcgistiques, et qui m'a permis d'annoncer et d'effectuer un prompt soulagement. La sensibilité du ventre n'est pas un signe certain d'inflammation j elle accompagne souvent les coliques venteu^ses ou spasmodiques; et, quant a la suppression des lochies , c'est un symptôme qui se montre plus souvent avec un état lipothymique ou spasmodique ( frisson fébrile ) qu'avec un état inflammatoire. La suppression des lochies , peudant le frisson fébrile , a fait prendre le change a beaucoup d'auteurs : la chaleur fébrile qui accompagne le développement d'une inflammation du péritoine rétablit et accroît souvent les lochies que le frisson avait arrêtées.
JX" VI.
Eclampsie ou épilepsie pendant et après le travail/ guéris 071.
Et.... Des.... , brunisseuse, âgée de vingt-un ans, forte, sanguine et bien réglée, était grosse de son premier enfant. Cette femme était habituellement sujette à des accès d'épilepsic qui reparaissaient
SEPTIÈME MÉMOIRE. 5j
tous les quinze jours, et qui, pendant la grossesse , nécessitèrent trois saignées et l'application (le quelques sangsues aux bras.
L'accouchement s*opéra naturellement au terme (le neuf mois, le ii décembre i8i3 au matin, après un travail de vingt-trois heures : Fenfant vivait. Plusieurs accès d'éclampsie épileptilorme curent lieu pendant le travail : on ouvrit la veine du bras , et l'on appliqua bon nombre de sangsues à la vulve et au cou. Moyennant ces précautions, les accès devinrent moins violens , et la connaissance reparaissait complètement a leur suite : cependant ces accès continuèrent a se répéter pendant le reste du jour et îa nuit suivante. Des vésicatoires furent , sans succès , appliqués aux jambes.
Vers le matin du deuxième jour, les accès cessèrent pour ne plus reparaître, du moins pendant les neuf jours que cette femme passa encore a l'hospice. Une fièvre continue , assez légère , et qui n'entrava point la marche de la sécrétion du lait, fut le seul accident qui suivit l'accouchement
En eût-il été de même si l'on eût négligé la saignée ? Cette observation est une des plus concluantes qu'on puisse citer pour prouver l'analogie de réclampsie et de l'épilepsie. On y voit combien ^l'état de couches favorise le développement des accès de cette dernière maladie ; ou y peut voir aussi que l'épilepsie j bien que modiliée, est gé-
58 PRATIQUE DES ACCOUCHEMEKS.
nëralcment moins dangereuse et moins rapprochée de l'apoplexie séreuse ou sanguine que Téclampsie qui frappe un sujet non habituellement épileptique.
On remarquera que l'enfant a vécu ; ce qui infirme le triste pronostic trop exclusivement porte par quelques auteurs sur les effets de Téclampsie. Les observations qui vont suivre en offriront encore plus d'un exemple.
N" VII
Êpilepsie habituelle; éclampsie mortelle; accouchement prématuré ; version.
Voici un exemple qui prouve que l'épilcpsie, prenant le caractère d'éclampsie, n'est pas néanmoins sans dangers, et qu'elle mérite toute l'attention de l'accoucheur :
Une femme âgée de vingt-quatre ans, lymphatique et peu robuste , enceinte pour la quatrième fois , et arrivée au terme de six mois , nous fut apportée le i" juin, vers deux heures du matin. Il était survenu un premier accès d'éclampsie , suivi d'une trentaine d'autres , dans l'espace de dix-huit heures, après lesquelles on nous la confia. Dans l'intervalle de ces accès, la malade restait plongée dans un coma profond ; la respiration était siertoreusc , et la bouclie remplie d'une salive écumeuse. Nous apprîmes des parcns que cette femme avait, depuis deux ans, été attaquée de sept a huit accès
SEPTIÈME MÉMOIRE. 5c)
cVcpilepsic, et que, quinze jours avant son dernier accident, une vive contestation entre elle et une de ses voisines avait amené plusieurs syncopes.
Je m'empressai de m'assurer de l'état de l'utérus : le fond de cet organe dépassait h peine l'ombilic; son col avait la longueur ordinaire a pareille époque : cependant il était ouvert.
Dix-huit sangsues furent appliquées au cou, des vésicatoîres placés aux jambes, et une potion éthérée administrée par cuillerées. Nul soulagement. Dix-huit accès eurent lieu pendant la nuit : coma continuel, respiration ronflante et embarrassée, pouls convulsif, face tuméfiée. Le matin, l'orifice utérin pouvait admettre le doigt; les membranes bombaient : je les rompis , et je reconnus que le lœtus présentait les fesses et les pieds a l'orifice. Cette ouverture me parut assez dilatable pour admettre successivement tous mes doigts , et me permettre de faire descendre un pied, sur lequel .j'exerçai les tractions convenables pour donner au tronc du fœtus une direction favorable. L'utérus l'eut bientôt chassé au dehors , et nous n'eûmes qu'a le recevoir. Il donna quelques signes d'une vie bientôt éteinte : deux heures après sa naissance il n'existait déjà plus. Son poids était de deux livres.
La délivrance fut facile, et les lochies coulèrent comme de coutume pendant les vingt heures qui suivirent l'accouchement. Ce terme fut l'épo-
6q pratique des accouchemens.
que de la mort, que ne purent retarder ni les sangsues appliquées aux cuisses , ni les sinapismes, ni les potions anti-spasmodiques. Le coma n'avait point cesse.
Je ferai remarquer d'abord la dispute qui avait si violemment cmu notre malade. Cette émotion , qui a précédé de quinze jours les derniers accidens, n'en est assurément pas la cause, et je remarquerai a ce sujet combien il faut être réservé dans rétiologie des maladies en général.
Cette femme, quoiqu'elle ait été victime de Téclampsie, avait eu déjà plusieurs enfans, ce qui prouve que cette maladie n'attaque pas exclusivement les primipares, et qu'elle ne leur est pas exclusivement funeste.
Ne pourrait-on pas attribuer le fâcheux événement qui a terminé le cours de cette maladie à la modération intempestive avec laquelle on a prescrit les évacuations sanguines ? Je ne sais quels motifs , si ce n'est la constitution de la malade , ont empêché de recourir a la saignée du bras, que semblaient requérir la congestion cérébrale , la tuméfaction de la face , etc. Sans ce moyen principal, que pouvions-nous attendis des sinapismes, des vésicatoires, de l'éther, etc.?
SEPTIÈME MÉMOIRE. 6l
' N° yiii.
Eclampsie suwie de fièvre cérébrale y guérie ; forceps.
La nommée Dés...., âgée de dix-sept ans, d'un tempérament sanguin, et d'une forte constitutioîi, fut apportée a la maison d'accouchement le 16 septembre 18 15, a onze heures du matin. Depuis la veille au soir, elle était attaquée de convulsions dont les paroxysmes se répétaient fréquemment. Elle était enceinte de son premier enfant. Le volume de l'utérus , et son élévation dans l'abdomen, annonçaient le neuvième mois de la gestation.
La malade était plongée dans un coma profond; la face était tuméfiée et violette, la respiration stertoreuse , le pouls plein et dur. L'eau de l'amnios, verdâtre et fétide, s'écoulait par intervalles , €t humectait le vagin et les organes génitaux externes.
L'utérus commençait a se contracter ; l'orifice , au centre du bassin, offrait huit a dix lignes de diamètre ; les membranes bombaient un peu pendant les contractions, quoiqu'elles se fussent de] Ii rompues au-dessus de l'orifice. La tête de l'enfiint se présentait diagonalement au détroit abdominal ; l'occiput, situé derrière la cavité cotyloïde droite, et le front devant la symphyse sacro-iliaque gauche. {Saignée de trois palettes ^ application de quinze sangsues aux parties latérales du cou.) A
luic heure, maigre Feinploi de ce moyen, h. malade eut encore un violent accès de convulsions.
Les contractions utérines étaient affaiblies par l'évacuation lente de l'eau de Tamnios; on ouvrit de nouveau les membranes vis-a-yis du centre de l'orifice. A trois heures, la dilatation était trèsgrande; la tète , parvenue dans l'excavation du bassin, n'avait pas encore franchi l'orifice. Les contractions étant toujours faibles, et la malade ne pouvant exercer des efforts qui lui auraient d'ailleurs été préjudiciables, on se décida îi terminer l'accouchement avec le forceps, quoiqu'il n'y eût plus de convulsions. L'enfant ne donna aucun signe de vie.
L'action trop faible de l'utérus ne put entièrement détruire les adhérences du placenta , et après les délais convenables , il fallut opérer le décollement et l'extraction de celte masse spongieuse, en introduisant une main dans la cavité de la matrice.
Le soir et la nuit, état comateux, respiration stertoreuse, excrétion involontaire de l'urine et des matières fécales , lochies sanguines abondantes. (^Potion anti-spasmocUqur',, infusion de tilleul, •vésicatoires aux cuisses. )
Le deuxième jour, chaleur et moiteur a la peau, pouls développé et iréqucnt, léger assoupissement; la connaissance paraît disposée a se rétablir, lochies toujours abondantes, point de selles, sup-
SEPTIÈ:WE MÉMOIRE. f)3
pression d'urines. ( Tisane de tilleul iiitréc , lawinent laxatif. )
Le troisième jour , céphalalgie, délire , soif, chaleur et sécheresse à la peau, pouls développé, irès-fréquent ; la sécrétion du lait ne se fait point; lochies toujours sanguines, point de selles, évacuation involontaire de l'urine. {^Potion avec les eaux distillées de Jleurs de tilleul et d' oranger , avec addition de crème de tartre. )
Le quatrième jour, mêmes symptômes. (^Application de huit sangsues à la vulve , petit-lait édulcoré. )
Le cinquième , la sécrétion du lait s'opéra : dèslors l'équilibre parut se rétablir, et la malade sortit parfaitement rétablie le onzième jour de ses couches.
On. trouvera ici un exemple du premier degré de la fièvre cérébrale, qui suit souvent l'éclampsie, quand elle a produit de nombreux accès et un coma profond et opiniâtre. Il est bon de noter que cette femme n'était point affectée d'anasarque. Plusieurs de celles dont l'histoire va suivre étaient dans le même cas.
64 PRATIQUE DES ACCOUCKEMENS.