N° IX
Èclampsie avant le travail y suivie d'une Jièvre mortelle; perforation de l'estomac et du diapkragjne.
Euphrosine Lac...., cuisinière, âgée de vingtdeux ans, d'une constitution robuste et primipare , était parvenue , sans incommodité, jusqu'à la (in du huitième mois. Le 25.... i8i4j vei's le soir, céphalalgie violente ; vers minuit , délire , et peu après convulsions violentes, dont les accès se répétèrent au nombre de trois ou quatre. {Saignée du bras de deux palettes). Les accès s'arrêtent.
Le 26 matin, ils reparaissent avec violence, et se succèdent continuellement et sans interruption pendant toute la matinée. On employa successivement les moyens suivans : douze sangsues au cou , autant à la 'vulve y vésicatoires aux cuisses, saignée du bras de trois palettes.
Ces moyens suspendirent les accès; mais la malade resta plongée dans un coma parfois interrompu par le délire et l'agitation. Au milieu de ce trouble, nul symptôme de travail. Le col utérin a toute la longueur et la i'ermeté ordinaires a cette époque. L'urine ne coule point, et les matières fécales ne sont point évacuées.
Le 27 matin, l'agitation persiste, le pouls est roide et fréquent, la peau chaude et sèche. (£"///(/tique I gr. en lavage } deux demi - lavemens
avec séné et savon ) ; défécation , liberté des urines, retour complet des facultés mentales: cependant lu fièvre persiste avec toux et expectoration muqueuse.
Le 28, k II heures du soir , accouchement naturel, après un travail d'environ douze heures. L'enfant, du sexe féminin, est né mort et putréfié j il pesait cinq livres. Délivrance naturelle.
Les jours suivans , la fièvre continue ainsi que la toux et la céphalalgie ; l'abdomen est douloureux, la respiration difficile.
Le quatrième jour après l'accouchement, prostration, délire, infiltration aux membres abdominaux, douleurs dans le thorax et l'abdomen, déjections involontaires , pouls petit et inégal. Mort vers minuit.
Examen du cadavre,
La tête ne fut point ouverte; le thorax contenait, du côté gauche seulement, un liquide brunâtre. De ce côté, le diaphragme , ramolli et brun, était percé de plusieurs trous. L'estomac, presque vide , était largement perforé a sa base : les bords de l'ouverture étaient mous , minces et brunâtres. Nul épanchement dans l'abdomen. Yésicule biliaire distendue par de la bile et de nombreux calculs.
Cette femme , ainsi que la plupart des précédentes , était enceinte pour la première fois : nous n'avons eu jusqu'ici qu'un exemple du contraire ( n°. 7 ), qui effectivement çst assez rare. T. m. 5
On voit ici bien évidemment que le travail puerpéral n'est pas indispensablement nécessaire au développement de l'éclampsie; on y voit l'utilité des saignées dans cette maladie ; car la malade n'a pas succombé aux convulsions, mais aune fièvre puerpérale. Il ne serait pas déraisonnable d'attribuer à la maladie de la mère la mort de l'enfant : nous avons vu qu'il n'en est pas toujours de même.
Plusieurs exemples d éclampsie pendant et après le travail , suivie de péritonite et pleurésie puerpérales / forceps.
Je réunis sous ce litre un certain nombre de faits que je vais rapporter en peu de mots; leur ressemblance entraînerait des répétitions inutiles et fastidieuses si je voulais donner de chacun une relation détaillée.
I. Ida Len...., ouvrière, âgée de vingt ans et enceinte pour la première fois , était arrivée sans accident a la fin du neuvième mois. Le travail se déclara et marcha d'abord régulièrement; mais la tête du fœtus venait de franchir l'orifice , lorsque survint un violent accès d éclampsie qui me décida a terminer l'accouchement au moyen an forceps : l'opération fut faite le i" mars i8i4 a trois heures du matin. L'enfant était un garçon récemment mort et du poids de six livres.
Dès le commencement du travail , des symptômes
SEPTIÈME MEjMOIRE. 67
de pléthore s'étaient manifestés et avaient cédé a une saignée médiocre. Après l'accès, et avant l'application du forceps , une deuxième saignée fut pratiquée.
La délivrance fut naturelle ; un deuxième accès la suivit ; il dura un quart d'heure et fit place à un coma prolongé ; plusieurs autres se manifestèrent ensuite, toujours suivis d'un quart d'heure environ d'assoupissement et d'insensibilité. {Douze sangsues à la vulve y vésicatoires aux cuisses.)
Dans la journée, point d'accès, mais continuation des symptômes fébriles. Les jours suivans, a la fièvre s'ajoutent le coma et la céphalalgie; les lochies coulent, mais la sécrétion du lait ne s'opère pas; le ventre devient douloureux et tendu, la respiration difficile ; bientôt les matières fécales et l'urine coulent involontairement; la malade tombe dans la prostration et expire le septième jom', malgré l'emploi, peut-être prématuré, des stimulans ( valériane, acétate d' ammoniaque ^ éther ) et des toniques ( kina ).
Examen du cadavre,
La plèvre droite était rouge et adhérente au poumon; elle contenait, ainsi que le péricarde , de la sérosité teinte en rouge. L'intérieur des veines caves était un peu rouge ; le cœur offrait des plaques blanches.
Dans l'abdomen , sérosité jaune et mêlée de flocons albumineux; du pus dans les vaisseaux utérins j
quelques petits abcès dans le tissu de la matrice. Ovaires gonflés. Sjmphyse pubienne mobile.
La tête n'a point été ouverte.
IL Cron....j femme de vingt-un ans, forte et sanguine , fut accouchée de son premier enfant au terme de neuf mois, le 4 octobre i8i6 au matin. Des convulsions , survenues après que la tête eut franchi l'orifice , me forcèrent d'appliquer le for" ceps comme dans le cas précédent. L'enfant vécut.
Deux saignées avaient été pratiquées avant l'accouchement ; deux accès suivirent de près la délivrance , et un troisième painit une heure après. La connaissance s'était rétablie dans l'intervalle des premiers ; mais l'assoupissement survécut au troisième : en conséquence on jugea convenable de réitérer la saignée : deux palettes de sang furent tirées du bras ; et un nouvel accès étant encore survenu , on appliqua douze sangsues au cou et quelques-unes aux jambes. On y joignit des vésicatoires et des sinapîsmes, qui n'empêchèrent point les accès de revenir d'heure en heure pendant tout le reste du jour et la nuit suivante. Trois accès parurent encore le lendemain dans la matinée ; le coma était toujours profond et la respiration stertoreuse : on revint k la saignée du bras. Les accès disparurent , et au coma succédèrent un assoupissement léger , parfois du délire , et constamment une fièvre assez forte.
Ces symptômes changèrent dans les jours suivaas : la céphalalgie prit la place de la sorano-
lenc« ; la fièvre s'accrut , et une péritonite se développa malgré Temploi des adoucissans , des sangsues , des cataplasmes , des bains , et quoique récoulement des lochies n'eût été suspendu qu'un seul jour. Cette péritonite , d'abord diminuée , éprouva, le onzième jour, une recrudescence précédée de frissons, et, après quelques alternatives de mieux-êti^e et d'exacerbalion , amena la mort le vingt-quatrième jour après l'accouchement.
Ueœamen du cadavre offrit un épanchement séro-purulent, et des concrétions albumineuses dans l'abdomen.
III. Geneviève Leg..., âgée de vingt ans , lymphatique et délicate , fut accouchée , également au moyen àa forceps , le 2 juillet 1812, a six heures du matin, après un travail de trente-sept heures, qui avait été troublé par le délire et les convulsions. A ces accidens, on a opposé la saignée du bras et les sangsues appliquées au cou. L'enfant était faible , mais viable; il pesait six livres.
La délivrance fut suivie d'un accès d'éclampsie , puis d'une hémorrhagie utérine qui n'a pas eu de suites inquiétantes.
L'assoupissement a persisté , et la fièvre s'y est jointe. ( Vésicaioires aux cuisses. ) Ces symptômes avaient diminué le troisième jour, quand parurent une douleur de côté et des symptômes gastriques : V ipécacuanha produisit du soulagement. ( Vésicaioire sur le côté.)Ces symptômes durèrent jusqu'au quinzième jour. Des coliques qui toiii-
yO PRATIQUE DES ACCOUCHEMENS.
mentèrent la malade a cette époque furent dissipées au moyen d'un laxatif, et dès-lors cette femme entra en convalescence.
IV. Louise Did....t , blanchisseuse , âgée de vingtdeux ans , femme robuste et sanguine , primipare , et bien portante pendant sa grossesse , k l'exception d'une injiliration séreuse assez considérable aux: membres abdominaux , fut prise , au huitième mois, de convulsions accompagnées du développement du travail puerpéral. Quatre accès eurent lieu avant l'accouchement, et une céphalalgie violente , accompagnée d'éblouissemens et de cécité , en avait annoncé l'invasion. Douze sangsues furent appliquées au cou, la veine du bras ouverte, et je pratiquai ensuite l'application du forceps , au moyen duquel je fis, le 28 mars 1812, a trois heures du soir, l'extraction d'un enfant vivant , du poids de cinq livres et du sexe féminin.
Le travail avait duré huit heures. La délivrance fut naturelle , et suivie de nouveaux accès , qui se répétèrent jusqu'au lendemain à une heure du matin. Une saignée les supprima , et quelques sangsues k la vulve secondèrent l'effet de cetti3 évacuation. Deux vésicatoires furent appliqués aux jambes pour dissiper l'infdtration, qui cependant résista k leur emploi. Après deux jours de calme , un frisson , suivi de fièvre et de douleurs abdominales, annonça la péritonite : Vipécacuanha et Vhuile de ricin n'en arrêtèrent pas la marche : elle offrit quelques alternatives dans son intençitf
et se dissipa peu à peu après avoir duré environ quinze jours.
V. G. Dur...., blanchisseuse, enceinte pour la première fois , mal portante , et affectée d'une diarrhée continuelle, fut prise, au neuvième mois, d'un accès d'éclampsie très-violent. On nous apporta, le 20 janvier i8i4, cette femme privée de connaissance, la face violacée , la bouche et les narines ccumeuses , la peau couverte d'une éruption boutonneuse , et les membres roides et immobiles. Le travail était assez avancé pour qu'on pût appliquer le forceps y et je tirai ainsi une fille récemment morte et du poids de cinq livres. On pratiqua aussitôt une saignée du bras ; on donna une potion antî-spasmodique , et l'on appliqua des vésicatoires derrière les oreilles et aux cuisses.
La connaissance était parfaitement rétablie, lorsque, vers le soir, deux accès reparurent encore. Chacun dura cinq minutes. Douze sangsues furent apposées à la vulve. Dans la nuit , deux autres accès suivis de coma ; deux autres le lendemain vers neuf heures du matin :ce furent les derniers; mais la fièvre persista avec toux, diarrhée et incontinence d'urine. Cet état dura jusqu'au quatrième jour, qui fut celui de l'invasion d'une péritonite compliquée de pleurésie. Des sangsues , des adoucissans, puis des vésicatoires, ne firent cesser la maladie qu'après trente jours de durée , et plusieurs alternatives de diminution et d'accroissement dans les symptômes.
Plusieurs de ces faits prouvent que la maladie, ne cède souvent qu'à des saignées réitérées, et que , parfois même , elle résiste et aux saignées et à l'extraction du fœtus. Je ne doute pas que les vésicatoires , appliqués trop tôt, n'aient souvent nui au succès des autres moyens , comme le dernier fait en est la preuve. Ces observations peuvent aussi servir à prouver que l'enfant ne meurt pas toujours en pareil cas, et que sa mort, si elle est quelquefois l'effet de l'éclampsie, n'en est jamais la cause.