‹ Pratique des accouchemens; ou, Mémoires, et observations choisies, sur les points les plus importans de l'artChapitre 43 sur 52 · N° XI · texte numérisé non relu

N° XI

Resserrement du bassin^ section pubienne; forceps ; enjant mort (i).

Al. M. Herv...x, femme blonde, lymphatique , âgée actuellement de vingt-un ans , n'avait marché qu'a l'âge de cinq ans : aussi les jambes étaientelles un peu arquées en devant.

Parvenue au terme de sa première grossesse, le 21 novembre 182 1 , elle ressentit jusqu'au 24 de vives douleurs de reins : le travail ne commença cependant réellement qu'à cette dernière époque. Le 25 au matin, rupture des membranes; le soir, vaines tentatives pour l'application du forceps et pour la version d'abord , puis pour la réduction

(i) Observation communiquée par mademoiselle Pierson , alors élève principale. J'ai vu la femme sept à huit jours après l'opération.

/^iJO PRATIQUE DES ACCOUCHEMEKS.

(le la tcte (qui paraissait mal située) a une poj»îtioii plus franche.

A sept heures du soir ( 2.5 ) , cette femme fui apportée a Thospice dans l'état suivant.

Pouls naturel, abdomen peu douloureux, utérus oblique en avant » fortement contracté et moulé sur le fœtus , dont les mouvemens n'avaient pas cessé jusqu'alors de se faire sentir ; douleurs vives dans la région lombaire; orifice utérin complètement dilaté, et occupé par une tumeur élastique, a laquelle on reconnaissait facilement pour siège la peau du crâne ; angle sacro-vertébral trèsaccessible au doigt ; diamètre antéro-postérieur estimé de deux pouces sept à hait lignes. Rien n'était urgent , et l'on attendit que les douleurs reparussent pour jug^r de leur efiet; mais , dans la nuit, la fièvre s'éleva et l'abdomen devint plus douloureux. L'idée de perforer le crâne se présenta d'abord a M. le professeur Dubois. Douze heures s'étaient écoulées depuis que lafemme n'avait plus senti aucun mouvement dufœtus, elle temps depuis lequel il était soumis immédiatement aux contractions d'un utérus vide d'eau , les tentatives mêmes qu'on avait déjà faites , telles étaient les raison.*» qui portaient a douter de la vie de Tenlant ; une seule les balançait : c'était \ augmentation du volume et de la rénitence de la tuméfaction du crâne. Ce motif parut , avec raison , sufïisant pour écarter toute idée de l'emploi de l'instrument iranchant porté sur le fœtus.

ONZIÈME MÉMOIRE. i^Ol

La section pubienne fut donc prélérce, et M. le professeur Bëclard l'exécuta de la manière suivante.

La malade, couchée k plat sur le dos , la vessie vidée par le calhétérisme , la peau et le tissu sous-cutané furent entamés par une incision profonde , commencée a deux pouces au-dessus des pubis , et terminée au clitoris. Une artériole ouverte au côté gauche de la plaie fut liée aussitôt.

Le cartilage pubien fut peu h peu découvert et lentement incisé de haut en bas et d'avant en arrière. Cette partie de l'opération dura plusieurs miimtes. Dès que les pubis furent bien évidemment séparés , la malade fut placée sur l'extrémité du lit comme pour les accouchemens difficiles. Le forceps fut appliqué comme pour la première position ; trois fois il glissa sur la tête et sortit brusquement de la vulve. On en prit alors un plus courbe et plus solide , et qui parvint à extraire la tête; la face sortit sous les pubis, et indiqua ainsi que le vertex s'était présenté dans la quatrième position : une branche de l'instrument avait porté sur la joue droite, et l'autre derrière l'oreille gauche. Le tronc sortit sans difficulté , et la délivrance s'opéra naturellement quatre a cinq minutes après. Les pubis , écartés d'un pouce a-peu-près au moment de l'application du forceps, s'éloignèrent d'environ trente lignes quand la tête Iranchit le détroit; un craquement se fit en même temps très-distinctement entendre vers la symphyse sacro-iliaque droite.

492 PRATIQUE DES ACCOUCHEMEîïS-

L'enfant avait dix-neuf pouces de longueur et pesait six livres et six onces ; sa tête était volumineuse et les sutures peu mobiles. Pendant deux heures, il fît quelques mouvemens inspiratoires et offrit des battemens à la région du cœur : aucun soin ne put le rappeler a la vie.

On trouva sur le pariétal droit un épanchemenl de sang assez considérable , et sous la méninge un peu de sang coagulé à la surface du cer\ eau. Les deux pariétaux offraient quelques fractures parallèles a la direction de leurs filets osseux.

La guérison de la plaie fut retardée par une suppuration abondante accompagnée de fièvre et du détachement de plusieurs escarres formées au vagin, à la vulve et a la région sacrée. Soixantecinq Jours après Topération , cicatrisation complète ; mais il reste une fistule vésico-vaginale. IXeuf mois plus tard , cette femme est venue a l'hospice ( 12 septembre 1822 ); elle marchait librement, mais l'incontinence de Turine n'avait point cessé.

Les résultats d'une semblable opération , pratiquée le 18 juillet 1809, furent beaucoup moins favorables. La mère , nommée Daim... , y succomba , et l'enfant naquit mort. Peut-être aurait-on sauvé la vie de la mère si l'on eut eu la certitude de la mort de l'enfant, et si Ton eut pu par conséquent perforer le crâne.

ONZIÈME MEMOIRE. ^gS

N*^ XII

Étroitesse considérable du bassin ; deux accouchemens difficiles , l'un par la perforation du crdîie , Vautre par la section pubienne.

Franc. Laus , femme faible et rachitiqne ,

âgée d'une vingtaine d'années et enceinte pour la première fois , fut amenée à Thospice le 2 vendémiaire an 12. Le détroit supérieur n'avait de devant en arrière que deux pouces et un quart; l'enfant, ^quoique petit, car le travail s'était déclaré avant la iin du neuvième mois , ne pouvait cependant le traverser ; il présentait la tête dans la première position. Le travail durait depuis vingt-quatre heures, -et les membranes étaient rompues depuis ce moment, lorsque , considérant que l'enfant était probablement mort , puisque depuis long-temps il était soumis à des violences funestes de la part de l'utérus , et qu'il n-e donnait aucun signe de vie , nous décidâmes, M. Baudelocque et moi, la perforation du crâne : cette opération fut faite par le célèbi^e professeur, et j'allai ensuite à la recherche des pieds du fœtus: l'enfant sortit sans peine: c'était une fille du poids de quatre livres à peu de chose près. La mère se rétablit promptement.

Plusieurs années après (9 juillet 1808) Laus... , âgée alors de vingt-cinq ans, était encore enceinte, fX souffrait depuis deux heures quand les membrane s pC rompirent. Douleurs fortes, dilatation graduelle.

4^4 PRATIQUE DES ACCOUCttEMENS.

Après douze heures de travail, l'enfant donnant des signes de vie ( mouvemens ) , et la dilatation étant complète , on arrêta que la section pubienne serait pratiquée. Auparavant j'allai saisir les pieds de l'enfant dans l'utérus : il présentait le vertex dans la première position, et la main gauche fut employée : elle amena le pied gauche , sur lequel on appliqua un lacs pour le maintenir au dehors ; le droit fut si difficile a trouver que j'en abandonnai la recherche , de crainte de trop tourmenter la malade , et d'ajouter inutilement aux souffrances qu'elle allait subir encore.

On incisa la peau , préalablement rasée , dans la direction de la symphyse pubienne, qui fut ellemême divisée ensuite ; alors les genoux furent élevés d'abord et écartés ensuite , et par ce moyen les os s'éloignèrent d'un pouce et demi. Je tirai en ce moment sur le pied dégagé ; la jambe sortit ] mais les fesses s'engageaient difficilement ; j'introduisis donc de nouveau la main , et cette fois je trouvai et j'amenai sans peine à la vulve le membre inférieur droit de l'enfant, que nos premiers efforts avaient déjà pelotonné en partie. Le tronc se dégagea facilement ; mais tournant derrière les pubis sa face sternale, il nous donna quelques soins de plus pour le dégagement desbras, qui furent abaissés en avant. Quant a la tête , ce ne fut qu'après de violentes tractions que l'on obtint son passage a travers le détroit rétréci, quoiqu'on lui evit donne la direction la plus favorable.

ONZIÈME MÉMOIRE. io,/>

L'enfant vivait encore, mais il expira peu après: c'étail un fœtus mâle du poids d'environ six livres. Délivrance naturelle et guérison assez rapide. Cependant cette femme , qui vit encore aujourd'hui , marche avecbeaucoup de difficulté, et je croisqu'elle est affectée d'une incontinence d'urine qui détériore sa santé naturellement faible : sans doute elle est le résultat de quelque fistule vésico - vaginale.

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