N° XX
Rétrécissement considét^able ; première position du vertex ^ version j perforation du crâne; crochets.
La nommée Veb... , âgée de trente ans, ayant la physionomie rachitique (menton avancé), pâle , maigre et haute de moins de quatre pieds , quoique le rachis soit droit et les membres inférieurs peu contournés, était accouchée déjà pour la première lois à l'hospice le 26 mai 18 18, d'une fille née morte; elle parle de crâne brisé , et nos registres portent en effet qu'elle a été accouchée par la version du lœtus , suivie de la crâniotomie et de l'application d'un crochet aigu.
Trois ans après, le 22 mai 1821 , enceinte ponr la deuxième fois et a terme , elle arriva à l'hospice, soufflant depuis trois jom's , et rendant depuis quatre des glaires sanguinolentes. Les membranes étaient entières , les douleurs faibles y et la dilatation ne fut complète que le 23 au matin, La mesure du bassin, prise à la manière ordinaire, indiquait trois pouces un quart au détroit supérieur : cependant l'angle sacro-vertébral était singulièrement accessible, et l'on ven^ plus loin que cette mesure était inexacte , sans doute parce que le bord inférieur des pubis , inclinés en bas et en avant , donnait entre son éloignement de l'angle sacro-vertébral et celui du bord supérieur, une différence bien plus considérable que les six lignes qu'on lui assigne d'ordinaire.
Le 23 mai, a dix heures un quart, après avoii' pris l'avis du professeur Dubois , je me décide à retourner le fœtus. La main droite introduite me fait soupçonner la première position du vertex r je la retire, et je porte la gauche dans l'utérus, en ouvrant les membranes. Ce viscère contient peu d'eau \ la main pénètre difiicileraent , sent un pied vers le côté gauche du fond de la matrice. Celte disposition me fît penser que de la main droite j^attcindrais plus aisément le pied droit, qui fut effcclivement bientôt amené. L'enfant descendit offrant directement le sternum en avant. Le cordon puisait,'et le thorax faisait des efforts d'inspiration. Le* Lras furent très-difficilement dégagés j je n*y parvins
qu'en abaissant fortement chaque épaule l'une après l'autre, en commençant par la droite, et poussant les coudes en arrière et en bas ; ils sortirent ainsi sur les côte's du thorax en passant derrière la tête. Cela fait, je portai la main gauche dans la concavité du sacrum ; je glissai mes doigts vers la gauche du bassin et de la tête , les enfonçai dans la bouche de l'enfant, et dirigeai la face a gauche sans pouvoir engager dans le détroit supérieur autre chose que la mâchoire inférieure.
Après plusieurs tractions qui furent suivies de la disparition des signes de vie qu'avait donné l'enfant, on s'assura que le détroit supérieur ne pouvait aisément contenir d'avant en arrière trois doigts accolés , ce qui indiquait un diamètre de deux pouces tout au plus. L'orbite gauche du fœtus étaii seul accessible ; l'autre était, ainsi que la joue , au-dessus du pubis gauche. Plusieurs assistans essayèrent en vain leurs forces successivement et simultanément 3 leurs efforts n'aboutirent qu'à achever de faire périr l'enfant, en séparant les vertèbres du cou. Il fallut se décider alors à perforer le crâne ; mais on ne sentait qu'une des fontanelles mastoïdiennes , qui, fort élevée et dans un plan fort oblique, ne pouvait être atteinte par la pointe des ciseaux de Smellie que parallèlement à sa surface. Déjà un des assistans avait déclaré la cràniotomie impossible , lorsqu'on parvint à percer l'occipital même au coté gauche de sa protubérance : pour cela Tinstrument fut glissé sous le cou de l'en-
fant , ses anneaux portés fortement en aiTÎère , et sa pointe poussée avec vigueur (i) selon l'axe du détroit abdominal. L'instrument , fiché dans l'os, ne put être ouvert qu'avec beaucoup de peine , et les branches se faussèrent ; mais l'ouverture fut suffisante pour le passage d'un doigt, puis d'un petit crochet destiné à broyer l'encéphale , et d'une canule propre a faire passer dans le crâne les injections qui devaient en délayer et en expulser le détritus cérébral.
On avait déjà tenté sans succès l'application du crochet mousse dans la bouche ; on y revint encore, et l'on y joignit celle d'un deuxième dans l'ouverture de l'occipital. La résistance était telle que rien n'avançait malgré les tractions de deux personnes robustes. La base du crâne ne pouvait franchir le détroit; elle avançait quelquefois un peu , puis remontait quand on cessait les tractions : d'ailleurs , l'occipital finit par se déchirer.
Enfin on parvient a porter la main droite jusque vers la racine du nez ; un crochet à courbure trèscourte est enfoncé sur le sourcil gauche , et il produit un peu d'abaissement dont on profite pour avancer la main jusque sur la tempe et empêcher la rétrogradation. Le même crochet ( ou un autre formant une anse un peu plus large ) est fixé alors
(i) Cette manœuvre fut exécutée par l'Éditeur sous les yeux de madame Lachapelle , ainsi que celle dont l'exposé va suivre.
sur la tempe gauche et produit un nouveau degré d'abaissement , dont on profite pour porter les doigts jusque rei^ la voûte du crâne. Ces doigts guident ensuite le crochet aigu a large courbure qui termine les branches du forceps de M. Dubois. Ce crochet , introduit à plat , puis i^tourné la pointe en devant, peut ainsi être enfoncé au-dessus de la tempe de manière à agir sur la partie la plus élevée du crâne , et non plus sur un de ses côtés , mais sur son milieu. Les efforts exercés après son implantation furent très-doulourerux, parce que la convexité du crochet appuyait fortement sur Tangle sacro-vertébral (i); mais il avait une prise si sûre que , protégé par la main , qui n'a cessé de rester en place , il fît franchir a la base du crâne le détroit supérieur; la main , en appuyant sur la voûte, facilita cet heureux succès. Le détroit franchi , l'extraction fut en un instant complète , et la délivrance eut lieu une demiJieure après.
L'enfant était fort gros ; les humérus et les clavicules étaient intacts. Quant au crâne , outre la perforation dont nous avons parlé , il offrait encore deux déformations très-remarquables : la première était une forte inclinaison de la base , dont le côté gauche se rapprochait beaucoup de l'é-
(i) La largeur de l'anse de ce crochet était cependant dirigée un peu^diagonalement , car il n'aurait probablement pas pu traverser le détroit si cette largeur était restée en rapport direct avec le diamètre sacro-pubien.
paule , tandis que l'autre s'en éloignait dans la même proportion : cette inclinaison indiquait que le côté gauche était descendu le premier, et qu'ainsi la base du crâne avait traversé le détroit , pour ainsi dire , de champ, et en lui présentant, autant que possible , non sa largeur , mais son épaisseur. La seconde déformation accommodant les os de la voûte a l'inclinaison de la base , avait de plus aplati cette voûte transversalement , au point de ne lui laisser qu'un pouce et demi d'un côté à l'autre ; en outre , le crâne , aplati , était fortement concave , et comme ployé du côté gauche , qui avait glissé sm* l'angle sacro-vertébral.
L'accouchement ne fut terminé qu'a midi • les manœuvres avaient donc duré sept quarts d'heure. Cependant cette femme eut à peine un peu de fièvre ; la sécrétion du lait eut lieu au terme ordinaire. L'utérus resta long-temps au-dessus du détroit supérieur , qui semblait ne pouvoir pas le contenir. La ligne blanche était si mince qu'on distinguait aisément au toucher ce viscère , et même une tumeur fibreuse d'un pouce de diamètre, adhérente à la partie postérieure de son fond.