‹ Pratique des accouchemens; ou, Mémoires, et observations choisies, sur les points les plus importans de l'artChapitre 8 sur 52 · N" IL · texte numérisé non relu

N" IL

Grossesse ejctra - utérine coexistant avec une grossesse ordinaire; rupture mortelle^

lettre de madame lachapelle a m. dubois (l).

Monsieur,

Je pense que vous recevrez avec plaisir des nou- "velles de l'hospice. Depuis votre départ j'ai eu deux fois l'occasion d'appliquer le forceps par rapport à la faiblesse des contractions de l'utérus. Deux enfans ont été extraits par les pieds v le premier

(i) Cette lettre totttenaïit quelques détails iutéressanssur rVautres sujets , j'at cru «le voir la conserser.en entier ; j'y ai joint quelques clcveloppemens relatifs ù l'ouverture du cada^Te, {Noie de l'Éditeur,)

HUITIÈME MÉMOIRE. l53

présentait Tépaule droite dans la troisième position; il était du terme de sept mois : une hémorrîiagie utérine, occasionée par le décollement du placenta, s'annonça avec le travail. La femme avait été amenée de Paris dans un état de fai])lesse trèsalarmant: je terminai raccoucliement , et elle est actuellement très-bien.

Dans le second cas , l'enfant présentait le siège : ce fut une élève qui opéra.

Un enfant a terme , du poids de sept livres , est né spontanément la face la première. L'accouchement fut prompt (c'était une deuxième grossesse ); la face n'était point tuméfiée ; le devant du cou l'était un peu, et la tête conservait, après la naissance , une tendance singulière a se renverser sur le dos ; du reste l'enfant jouit d'une santé parfaite.

J'aborde le fait le plus remarquable. Une femme grosse de six mois environ fui amenée a Thospice dans les premiers jours de janvier ( 1811 ). Elle «prouvait, depuis le troisième mois de sa grossesse, des douleurs extrêmement vives dans l'abdomen ; celui-ci était tendu, et l'on sentait, a droite, une tumeur dm'e et volumineuse , a gauche une autre tumeur aussi solide et plus grosse encore. Le col de l'utérus était fermé ; il conservait sa longueur , et le balottement du fœtus était manifeste. Dans la suite le col s'effaça, s'ouvrit, et en même temps la fièvre survint, le sommeil se perdit, les

douleurs se soutinrent , et la malade tomba dans le marasme.

l5z| PRATIQUE DES ACCOUCHEMENS.

Le 9.& février , vers le soir , un travail naturel se déclara et s'accompagna des dispositions les plus favorables : aussi à trois heures du matin raccouchement était terminé. Cependant l'abdomen restait développé surtout du côté droit, quoique la matrice ne contînt plus que le placenta , dont je fis moi-même l'extraction. Les douleurs , la fièvre , l'épuisement ne firent dès-lors que s'accroître , et les forces tombèrent si rapidement que cette femme expira quatre jours après son accouchement.

U' ouverture du c ad ai>re fut fn'iie le 2 mars. L'intérieur des veines caves était teint en rouge ; le péricarde renfermait beaucoup de sérosité rougeâtre; le diaphragme , refoulé en haut , était vivement injecté.

Dans l'abdomen , une fausse membrane épaisse et dense agglutinait tous les viscères ensemble et avec la paroi même de la cavité. L'utérus et la fosse iliaque droite en bas , le foie et le colon en haut , les intestins grêles a gauche et l'épiploon en avant , circonscrivaient un sac rompu a sa partie antérieure et supérieure. Par cette ouverture s'échappait du sang coagulé et demi-putréfié ; l'épaule d'un fœtus s'y présentait; ce fœtus putréfié pesait deux livres ; son placenta , également altéré, répondait a la partie antérieure et inférieure du kyste, a laquelle il n'adhérait plus. L'utérus était dé^ ié a gauche ; la trompe et l'ovaire avaient

HUITIÈME MÉMOIRE. l55

disparu. La symphyse des pubis était très-mobile.

Agréez, etc.

Le fœtus extra-utérin était évidemment plus jeune que l'autre d'environ trois mois; peut-on, en conséquence , regarder ce fait comme un exemple d'une sorte de superfœtation , en admettant que c'est la présence d'un premier fœtus dans l'utérus qui a empêché le second d'y descendre ? Questions oiseuses et d'ailleurs d'une solution peu facile.

N° IlL

Rupture spontanée de V utérus ; étroitesse du bassin ; version ; mort immédiate.

La nommée M.-F.-R. Bert..., femme sanguine et de petite taille , enceinte pour la deuxième fois , était à terme et en travail quand elle arriva k l'hospice , le 6 fructidor an 8 , vers le soir. Son premier enfant avait été fort gros ; il était né mort après un travail long et pénible.

A son arrivée , les douleurs étaient faibles , les membranes venaient de se rompre ; l'orifice commençait a s'ouvrir , et l'on sentait vaguement la tête du fœtus au détroit supérieur. Ce détroit ne me parut avoir que trois pouces d'avant en arrière. Pendant la nuit, les douleurs s'accrurent sans que la tête descendît ; elles redoublèrent vers une

l56 PRATIQUE DES ACCOUCHEMENS.

heure du matin, et la tête s'avança présentant le sommet dans la deuxième position. Bientôt elle s'arrêta malgré la violence des douleurs, auxquelles s'ajouta une ^e/z^-Z^zï/ïe excessive *de l'abdomen , qu'un clenii-baiii d'une heure ne put dissiper. La peau du crâne s'était tellement tuméfiée ou du moins allongée , qu'on pouvait la voir eu écartant les gi'audes lèvres , bien qu'il fût possible de s'assurer que la majeure partie du crâne était retenue encore par le détroit supérieur du bassin , et qu'il n'était qu'engagé dans cette ouverture. Eu outre , la femme se trouvait sin£;ulièrement fatiguée 5 elle vomissait toutes les boissons au moyen desquelles on cherchait a soutenir ses forces ou à étancher sa soif.

Les douleurs étaient devenues continuelles ; dans la matinée , je fis administrer un bain général : la malade y était depuis une demi-heure quand je m'aperçus que le visage, jusque la fort coloré , pâlissait de plus en plus , et que le pouls, auparavant fébrile , était singulièrement affaibli. Cependant la douleur avait diminué ; mais il n'y avait plus de contractions ; l'utérus était tombé dans l'inertie.

On transporta la femme dans son lit : pendant ce mouvement , elle se plaignit d'une oppression considérable et d'un setitiment de déchirure dans l'abdomen. Je voulais appliquer le forceps ; mais je ne fus pas peu surprise en reconnaissant , par le loucher , que la tête n'était plus dans le bassin : cet événement annonçait clairement la rupture uté-j

J[1UIT1È1VIE MÉMOIRE. iS-y

rÎTie , que les autres phénomènes auraient pu déjà faire soupçonner : c'était la première fois que je rencontrais cet accident.

La douleur devenait de plus en plus insupportable , et la dyspnée était telle qu'il fallut placer la malade dans un fauteuil. Quelques efforts de vomissement firent sortir de la vulve le placenta et une petite partie des membranes. Au premier abord , ces parties m'avaient paru être une- portion d'intestin arrivée jusque dans le vagin à travers une déchirure de la matrice.

Je ne voulus point abandonner sans secours cette malheureuse a la mort inévitable qui l'attendait ainsi que son enfant : les pieds de celui-ci étaient encore contenus dans la matrice , sans doute avec la majeure partie du tronc : je les amenai successivement a la vulve , et alors seulement je reconnus que le fœUis était mort depuis longtemps : en effet , l'épiderme se détachait de toute part ; et cependant la mère n'avait cessé de répéter jusqu'aux derniers momens qu'elle en sentait les mouvemens d'une manière distincte.

Le tronc suivit aisément les pieds , et la têle , tirée suivant les règles de l'art, descendit avec d'autant plus de facilité que la putréfacion l'avait rendu très-llexibie et très-molle.

L'enfant sorti, une membrane flottait a l'orifiçe : je l'attirai a l'extérieur , et je reconnus l'épiploon, que je rae hâtai de réduire au moins jusque dans l'utérus.

l58 PRATIQUE DES ACCOUCHEMENS.

Une potion ionique administrée h la malade ne l'empêcha pas d'expirer au milieu du jour.

Examen du cadavre.

Sérosité sanguinolente dans l'abdomen ; epi-^ ploon encore engagé dans la crevasse de l'utérus ; péritoine rouge , intestins météorisés , utérus retiré dans riiypogastre, offrant une déchirure longue de deux pouces, obliquement dirigée en avant et en bas , en partant de l'insertion du cordon suspubien droit. Les bords de cette déchirure étaient durs et comme squirrheux , d'où l'on peut conclure qu'une dégénérescence quelconque , et peutêtre une cicatrice , suite d'une lésion opérée pendant le travail du premier accouchement , avait facilité et causé la rupture. En effet , les obstacles qu'on pouvait soupçonner comme cause de cet événement fâcheux étaient évidemment insulfisans , puisque le fœtus était putréfié et par conséquent très-mou et très-flexible..

Page 1