‹ Pratique et doctrine de la dévotion au Sacré Cœur (volume 2)Chapitre 11 sur 102 · Questions subsidiaires · texte numérisé non relu

Questions subsidiaires

1. Quelle place notre dévotion au Sacré Cœur réserve-telle à Vamour de Notre-Seigneur pour son Père?

Les révélations de sainte Marguerite -Marie qui ont amené l’institution de la fête ne parlent pas de l’amour de Notre-Seigneur pour son Père. Dans les documents du Saint-Siège, cités plus haut, seuls les évêques de Pologne y font une discrète allusion. Nous ne ferons donc pas de cet amour Vobjet direct de la dévotion au Sacré Cœur. Jésus veut nous toucher par l’amour qu’il a pour nous. Mais en répondant aux avances de notre doux Sauveur, en accomplissant ses désirs, nous nous trouverons engagés à l’imitation de ses vertus. Et aussitôt nous apparaîtra, brillant du plus vif éclat, cette charité envers son Père, qui était la vtrtu principale de son Cœur. « Que le monde,

(1) La Dévotion au Sacré Cœur, p. 163.

disait-Il, connaisse que j’aime mon Père^. » Comment les amis de son Cœur n’en seraient-ils pas frappés?

2. Y a t-il un hommage, forme de service que nous devions regarder comme propres à la dévotion au Sacré Cœur?

L’unité d’une dévotion se déduit de son objet formel. L’amour du Cœur de Jésus envers les hommes peut être ainsi un principe d’unité. Mais cet amour n’est pas nécessairement une dernière note spécifique ; il peut caractériser un genre, sous lequel plusieurs dévotions au Cœur de Jésus viennent se ranger comme autant d’espèces.

Il y a place pour un culte d’adoration ; pour un culte d’imitation ; pour un culte de filiale et joyeuse reconnaissance ; pour un culte de généreuse réparation.

La dévotion au Sacré Cœur que nous a léguée la Sainte est-elle indifférente à ces diverses directions?

La réponse doit être négative. Nous devons reconnaître une tendance immédiate et première, une idée dominante, que les révélations de la Sainte, la Messe Miserebitur et l’Office du Sacré Cœur s’accordent à mettre en relief : c’est la compassion et la réparation.

Notre dévotion au Sacré Cœur est un appel constant à l’expiation réparatrice. Mgr d’Hulst la définissait fort bien : la perpétuité de Vheure sainte^.

Cette conclusion n’est guère contestée. Déjà le P. de Gallifet traitait de point essentiel, que l’amour dont le divin Cœur est embrasé soit considéré « comme un amour méprisé et offensé par l’ingratitude des hommes ». De là, ajoute-t-il, naissent en nous « deux sentiments également essentiels à la dévotion, savoir : un amour qui répond au sien, et une douleur qui nous porte à réparer les injures qu’il souffre de la dureté des hommes ^ *.

(1) Év. S. Jean, 14, 33.

(2) Lettres de direction, 11° part., p. 74, lettre 50.

(3) L. 1, c. IV, p. 43.

Les postulateurs de 1765 ne parlent pas autrement. « Il faut remarquer que le Sacré Cœur doit être regardé ici sous deux aspects : d’abord comme débordant d’amour pour les hommes..., puis, comme cruellement blessé par l’ingratitude des hommes, accablé d’outrages, et par là digne, non seulement de notre amour, mais aussi de notre compassion L »

Les deux principaux bienfaits dont nous rendons grâces au Sacré Cœur corroborent cet enseignement. La passion et l’eucharistie ne nous apparaissent- elles pas comme les deux mystères, où, d’une part, éclate davantage l’excès d’amour de Jésus-Christ, et où, d’autre part, l’affreuse ingratitude des hommes trouve plus d’occasions de se manifester?

3. Pouvons-nous, sans fiction, honorer l’amour de Jésus comme un amour souffrant‘^

Nous le pouvons, en transportant dans le présent ses souffrances passées. Et ce transport lui-même est légitime. Si nous ne sommes pas contemporains des peines du Cœur de Jésus, nous sommes témoins, hélas! peut-être même auteurs des forfaits qui les ont causées ; et nous ne disposons que du moment présent pour accomplir le devoir que nous imposent ces douleurs rapprochées de leur cause. De même que toute la tradition chrétienne appelle tour à tour les générations humaines au Calvaire afin d’y pleurer sur une Passion, une mort et une compassion dont les fruits sont actuels pour chacune d’elles, de même la dévotion au Sacré Cœur nous convie à ressentir dans notre cœur les outrages actuels qui ont affligé le Cœur de Jésus. En passant sur la terre, les hommes ont à prendre attitude vis-à-vis d’un Christ perpétuel dans ses effets et son action sur notre monde visible. Ses mérites et ses douleurs dominent l’espace et le temps. Il convient de les honorer

(1) Memoriale, n. 34, 38. Nilles, 1. 1, p. 117*. 120.

non seulement à Jérusalem et du vivant d’Auguste Tibère, mais partout et dans tous les temps.

4. La portée du culte du Sacré Cœur, A première vue, l’objet de la dévotion semble s’étendre dans da pratique. De toute part, remarque le P. Bainvel, l’idée vivante de la dévotion déborde la formule ; elle va chercher dans le Cœur de Jésus toute la vie intime du Dieu fait homme, tout l’intérieur de Jésus l.

Ceux-là même qui bornent expressément à l’amour du Christ envers les hommes l’objet propre de la dévotion au Sacré Cœur, s’attachent également en pratique, à l’amour du Christ envers son Père. Leur piété s’étend à toutes les vertus et excellences du Cœur de Jésus.

Au culte de réparation^ que nous disions essentiel, se joint bientôt, de notre côté, le culte de l’admiration et de l’imitation.

Du culte plus attaché au cœur, on passe également à la considération plus directe de la personne de Jésus, du moins de Jésus aimant, dont toute la vie morale est imprégnée d’amour.

L’usage a de la sorte prévalu de s’adresser au Cœur de Jésus comme à sa personne elle-même.

Usage légitime, disent déjà les évêques de Pologne, parce que tout ce qui se termine au cœur se termine à la personne 2.

Faut-il, par conséquent, admettre de véritables extensions d’objet?

Il le faudrait, si ces autres points de vue étaient immédiats et comme parallèles. Il ne le faut pas, s’ils

(1) La Dévotion au Sacré Coeur ^ p. 112.

(2) Il importe cependant d’interpréter exactement cette manière de s’énoncer. Ainsi, dans les litanies, nous comprendrons les invocations adressées au Cœur de Jésus, comme si l’on disait : Jésus qui avez un Cœur. Et ce Cœur doit être pris au sens propre, comme le cœur véritable qui est en même temps symbole de la charité.

demeurent tributaires du premier^ qui garde son rang principal et se trouve régulièrement rappelé.

Les choses se passent-elles différemment dans nos affections humaines? Est-il si rare de voir sur un premier sentiment de reconnaissance ou de commisération, se greffer toute espèce de démonstrations d’estime, d’admiration, d’amitié? Toutes pouvaient naître indépendamment de la gratitude et de la compassion primitive ; toutes sont en réalité provoquées, renforcées par celles-ci, rendues par elles plus touchantes ; et elles continuent toutes de subir son influence.

De même le saint et noble sentiment de la pitié nous ouvre le Cœur de Jésus ; mais cette porte d’entrée nous livre passage dans tout son intérieur.

Cependant, des exercices appropriés, tels que les actes d’amende honorable, les communions réparatrices, nous font constamment ressouvenir de l’idée dominante qui « informe » la dévotion au Sacré Cœur.

L’objet ne change pas non plus, parce que l’attention semble plus directement attirée par la personne même de Jésus. N e l’écrivions-nous pas au début de cette dissertation : nous disons indifféremment que nous honorons spécialement un roi à cause de son cœur, et que nous célébrons la bonté, le cœur de ce roi?

Que le cœur lui-même paraisse peu à peu comme se fondre dans la personne, il n’y a là rien qui doive nous surprendre ou nous déconcerter. Accoutumés à suivre un chemin qui mène à un but, celui-ci retient seul notre attention ; on dirait que nous perdons de vue la voie que néanmoins nous continuons à parcourir.

L’objet spécial de la dévotion demeure donc identique, il ne s’étend pas; mais il laisse voir plus en entier son champ d’influence ; il ne s’affaiblit pas, mais la facilité de son action nous rend celle-ci moins sensible.

Tout en précisant l’objet propre de la dévotion, nous

pouvons^ dans les exercices pratiques, mettre en relief l’amour du Christ pour son Père, pour sa Mère, pour l’Église ; et l’amour qu’excite la dévotion au Sacré Cœur, loin d’être un simple amour d’espérance, devient bien vite la charité la plus pure et la plus élevée.

Écoutons là-dessus le P. de Franciosi : « C’est par son Cœur et par l’amour humain de son Cœtir, que Jésus remplit de la manière la plus parfaite les trois fonctions de nous révéler l’amour infini de Dieu pour les hommes, de nous apprendre toutes les vertus qui se résument dans cet amour, et de nous communiquer la vie divine ; c’est par là surtout qu’il est pour nous, la voie, la vérité et la vie. De la sorte, le culte de l’amour humain dont II brûle, aura pour conséquence infaillible la possession plus parfaite du divin amour. Et de même, si son amour pour nous est l’objet spécial du culte qu’il désire voir rendre à son Cœur, la communication de son amour pour son Père est le fruit principal que ce culte doit produire dans nos cœurs. »

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