‹ Pratique et doctrine de la dévotion au Sacré Cœur (volume 2)Chapitre 13 sur 102 · AET. VU. DE LA DÉVOTION AU SAINT-SACREMENT · texte numérisé non relu

AET. VU. DE LA DÉVOTION AU SAINT-SACREMENT

dévotion au Sacré Cœur honore une partie ; que, d’autre part, la présence réelle, l’immolation, la donation célébrées dans le culte du Saint-Sacrement constituent ensemble l’un des deux grands bienfaits que la dévotion au Sacré Cœur rapporte à l’amour de Jésus-Christ. Même l’autre bienfait, la Passion, n’est pas étranger à la dévotion au Saint-Sacrement ; car ce sacrement est le mémorial de la passion du Sauveur : l’heure de son institution la rappelle ; il se parfait au cours du sacrifice qui continue celui de la croix; il fut symbolisé par le sang qui s’échappa du côté ouvert de Notre-Seigneur ; et la séparation mystique du corps et du sang du Sauveur sur nos autels, représente la passion et la mort du Christ.

On comprend donc que l’on ait hésité et varié sur la question de savoir si l’objet des deux dévotions était assez distinct pour admettre la mémoire simultanée de l’une et de l’autre dans l’office et la messe. La solution négative a prévalu. Aux yeux de la Sacrée Congrégation des Rites, dans le Saint-Sacrement et dans le Sacré Cœur, non seulement nous honorons la même personne, mais encore nous célébrons le même mystère. Voilà pourquoi toute commémoraison du Saint-Sacrement est exclue de la messe du Sacré Cœur et inversement L

(1) Collectio Decretorum authenticorum^ n. 3924, décret du 3 juillet 1896, ad IV. Est-ce nous tromper que de voir les idées émises au cours de ce travail confirmées pur cette direction, qui contredit plusieurs auteurs et des avis précédents? La Congrégation des Rites, en tranchant de la sorte la question des commémoraisons, s’en tient à l’objet de la fête tel qu’il est décrit dans la vi® leçon de l’office; et nous n’avions pas tort de chercher là surtout la pensée actuelle du Saint-Siège. C’est à la condition de voir dans le culte du Sacré Cœur le culte de la charité du Christ souffrant et instituant la sainte Eucharistie en mémoire même de sa mort, que l’on peut considérer, comme quasi identiques d’objet, la fête du Cœur véritable, symbole de cette charité, et la fête du sacrement qui est le mémorial de la Passion.

Que si Ton demandait pourquoi, la veille de la fête du Sacré Cœur, les "vêpres sont de Toctave du Saint-Sacrement plutôt que de la fête du lendemain, la réponse la plus simple et la meilleure nous paraît être celle-ci : la fête du Saint-Sacrement est primaire et privilégiée, tandis que la fête du Sacré Cœur est une fête. secondaire de Notre-Seigmeur

Dès l’origine, du reste, la fête du Sacré Cœur a été regardée comme une prolongation de la Fête-Dieu ; et la date en est intentionnellement placée après l’octave de cette solennité, afin de porter notre attention sur les injures et les outrages que Notre-Seigneur souffre dans le sacrement de son amour. La fête du Sacré Cœur revêt un caractère expiatoire, qui en fait, notamment, une réparation publique des négligences commises au cours des solennités de la Fête-Dieu.

ARTICLE VIII

De la dévotion au Saint-Esprit comparée à la dévotion au Sacré Cœur de Jésus.

Une autre dévotion sublime s’inspire, elle aussi, d’un amour divin, la dévotion au Saint-Esprit. Efforçons-nous d’en proposer, en peu de mots, la notion précise.

La mission du Verbe auprès des hommes a donné naissance à la dévotion spéciale à Jésus-Christ. La mission du Saint-Esprit auprès des hommes fait éclore la dévotion au Saint-Esprit. Mais une différence est digne d’être relevée. Jésus-Christ se manifeste aimable, adorable, dans une humanité qui est vraiment sienne, hypostatiquement unie à sa personne; le Saint-Esprit apparaît aimable,

(1) L’avis raisonné reproduit au t. iv, p. 248, 249 de la Collectio, ajoute une seconde raison qui nous paraît plus subtile et moins claire.

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adorable, dans des bienfaits extérieurs à sa personne, communs aux trois personnes divines et simplement attribués à la troisième. La personne directement honorée dans la dévotion au Saint-Esprit est la troisième personne de la sainte Trinité, comme la personne du Verbe reçoit directement les honneurs que fait rendre la dévotion au Sacré Cœur; indirectement, c’est, dans un cas comme dans l’autre, la sainte Trinité tout entière. Mais, dans la dévotion au Saint-Esprit, les honneurs n’atteignent pas une nature ou une qualité propre au Saint-Esprit, comme dans la dévotion au Sacré Cœur les hommages s’adressent, en même temps qu’à la personne, au Cœur et à la charité propres du Verbe incarné. Tous les bienfaits de l’amour divin, c’est-à-dire tous les bienfaits divins : la création, la vocation surnaturelle, la sanctification, l’incarnation même, donnent à cette dévotion au Saint-Esprit sa raison d’être, comme l’action et la passion amoureuse du Verbe incarné motivent le culte du Sacré Cœur; mais nous considérons surtout cette mission du Saint-Esprit qui achève et couronne la mission du Verbe incarné, en nous octroyant, soit par une opération intérieure immédiate, soit par le canal des sacrements, la grâce et la gloire méritées par Jésus-Christ ; et de même, dans le culte du Sacré Cœur, bien que nous célébrions toute la rédemption, tout le Verbe incarné, nous honorons spécialement la Passion et l’Eucharistie.

Le Saint-Esprit est non seulement un avec le Père et le Fils, mais de plus II procède du Père et du Fils ; nous saisissons donc aisément comment le culte et la gloire rendus au Saint-Esprit sont rendus à la fois au Père, au Fils, et au Saint-Esprit. L’attribution de l’amour divin et de ses œuvres à une personne, si elle convient parfaitement à notre nature, ne détourne en rien nos hommages du terme où ils doivent tous aboutir, qui est la divinité tout entière, principe et fin de toutes choses.

122 PARTIE DOCTiaNALE. CH. I. OBJET DE LA DÉVOTION

ARTICLE IX

De la dévotion au Cœur eucharistique de Jésus.

Prise en elle-même, Pexpression Cœur eucharistique de Jésus est susceptible d’une double interprétation.

Elle peut signifier Cœur de Jésus^ présent dans la sainte Eucharistiej comme le Cœur agonisant de Jésus s’entend du Cœur que je considère à ce moment de la passion amoureuse; et elle peut signifier également : Cœur de Jésus, à qui nous sommes redevables de l’Eucharistie.

L’une et l’autre acception ont été en usage ; ni l’une ni l’autre n’ont été rejetées de cette dévotion assez récemment approuvée et fort encouragée depuis l’établissement, dans l’église de Saint-Joachim, à Rome, de l’archiconfrérie du Cœur eucharistique 2. A la première se rapporte notamment cette invocation indulgenciée : « Loué, adoré, aimé et remercié soit à tous les moments le Cœur eucharistique de Jésus, dans tous les tabernacles du monde, jusqu’à la consommation des siècles 3. » C’est cette acception 4 encore que semble avoir en vue le décret du Saint-Office, du 3 juin 1891 : « Le culte du Cœur eucharistique de Jésus n’est pas plus parfait que le culte envers l’Eucharistie elle-même, et ne diôère pas du culte envers le Sacré Cœur de Jésus. »

En effet, puisqu’il n’y a qu’un seul Cœur de Jésus, glorieux dans le ciel, glorieux, bien que caché, dans le

(1) La dévotion estnée en France, vers le*milieu du siècle dernier.

(2) Cette église est dessei-vie par les Révérends Pères Rédeœptoristes.

(3) 100 jours d’indulgence, une fois le jour.

(4) Voir, sur la dévotion au Cœur eucharistique, entendue dans cé^sens, Blot, Le Cœur eucharistique ou le Cœur de Jésus dans le Saint- Sacrement. 2 vol. Paris, Poussielgue, 1872.

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tabernacle; puisque, dans rEucliaristie, le Cœur ne possède aucun sentiment, aucune action propres à l’état spécial qu’il y conserve pour nous, il est clair que cette dévotion ne se distingue pas effectivement de la dévotion au Sacré Cœur. Elle cherclie le Cœur là où il est réellement, dans la sainte Eucharistie, en portant plus particulièrement le regard sur cet immense bienfait du don permanent de lui-même, que nous y fait Jésus-Christ.

Actuellement, la dévotion au Cœur eucharistique de Jésus s’entend plutôt d’une spéciale vénération rendue à cet acte de suprême dilection par lequel le Cœur très aimant de Jésus institua V adorable sacrement de V Eucharistie. Les mots soulignés sont empruntés au bref pontifical du 16 février 1903, qui a érigé l’archiconfrérie du Cœur eucharistique. La dévotion est expliquée de la même manière dans une plaquette publiée à Rome en italien et en français L Elle honore, y lisons-nous, « V amour de Jésus-Christ désirant instituer V Eucharistie pour rester avec nous, nous donner son corps en nourriture et son sang en breuvage, s’immoler sur l’autel d’une manière non sanglante, et fonder ainsi l’unité de l’Église. »

Nos préférences vont à cette explication facile à saisir et éloignée de tout raffinement. Le tout consiste alors à considérer plus particulièrement l’une des deux grandes preuves d’amour que le culte du Sacré Cœur s’attache à mettre en relief. Nous nous sentirons portés de la sorte à nous rendre plus souvent et avec plus de ferveur vers le tabernacle, où sainte Marguerite -Marie se plaisait à adorer le divin Cœur.

Le 9 novembre 1921, Benoît XV institua la fête du Cœur eucharistique de Jésus, et approuva une Messe

(1) Explication dogmatique sur lecidte au Cœur eucharistique de Jésus. Rome, Propagande, 1905.

propre, qui honore dans la sainte Eucharistie une invention ineffable du Cœur de Jésus. Cette fête, fixée au jeudi après Foctave de la Fête-Dieu, a pour but également, d’augmenter, dans les fidèles, l’ardeur pour la sainte communion et la participation à la charité du Christ. (V. Acta Ap. Sedis, 1921, p. 545.)

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