ART. III. LE CŒUR EN RELATION AVEC LA CHARITÉ
La dévotion au Sacré Cœur honore le Cœur véritable de Jésus. Mais sous quel aspect? Nous allons le voir dans le troisième article.
ARTICLE III
Le Cœur vivant du Rédempteur est considéré en relation avec la charité.
Se demander comment, dans la pratique de la dévotion, Ton considère le Cœur vivant de Jésus-Christ, c’est s’enquérir de la note ou de la qualité qui fait du cœur l’objet propre de cette dévotion, c’est rechercher l’élément formel de cet objet, l’aspect spécial sous lequel on l’envisage ; à peu près comme la couleur est l’élément formel de la vue, et le son, l’élément formel de l’ouïe, parce que l’œil perçoit l’objet en tant que coloré, et l’oreille en tant que sonore.
Le Cœur vivant fait partie du corps de Notre-Seigneur; il est adorable à ce titre. Est-il pourtant choisi comme tel pour objet d’une dévotion spéciale? En ce cas, on pourrait glorifier aussi bien toute autre partie du corps du Christ, privée de sentiment, de connaissance et d’affection ; et, comme l’objectait le promoteur de la foi, l’on en viendrait à autant de fêtes que ce corps compte de membres ou de parties. En réalité, cette raison commune d’honneurs n’a motivé aucune instance ni aucune concession L
Mais le cœur est choisi, comme débordant d’amour pour les hommes et comme affligé de leur ingratitude. Il se trouve proposé de la sorte dans les révélations de sainte Marguerite-Marie : « Voilà ce Cœur qui a tant aimé les hommes... et pour reconnaissance, je ne
(1) Réponse des postulateurs aux objections du promoteur de la foi. (Nilles, De Rationihus... t. i, n. 17, 18, p. 145.)
reçois de la plupart que des ingratitudes. * C’est ainsi, encore que, après le P. de GallifetI, s’exprime le Mémorial offert sous Clément XIII à la Congrégation des Rites2. '
10 Débordant d’amour, disons-nous, non pas qu’il faille nécessairement considérer le cœur comme le siège des affections sensibles : la sacrée Congrégation a voulu formellement éviter de trancher une controverse philosophique, de prime abord objectée par le promoteur de la foi, le futur pape Benoît XI V l’amour d’ailleurs n’est pas un sens qui requiert un organe de perception ; mais parce qu’il’ y a une correspondance intime, indéniable, entre tous les mouvements du cœur et nos affections, tant sensibles que spirituelles, voire surnaturelles; parce que le cœur éprouve les impressions ou les répercussions de nos amours 4; ou plus exactement encore, parce que nous aimons aussi avec notre cœur.
Ce Cœur porte, en outre, dans la blessure qui l’a ' ouvert, la marque d’un amour extrême, qui ne recule pas devant le sacrifice de la vie. Cette même pensée s’exprime en disant que le cœur est pris pour objet en tant qu’il est le symbole universellement accepté de Vamour du Christ. Mais nous touchons ici à la matière de la section suivante. N’anticipons pas.
2o Le cœur, ajoutions-nous, est considéré comme affligé par nos ingratitudes. Ce point se démontre par les paroles déjà citées de la révélation : « Pour reconnaissance, je ne reçois de la plupart des hommes que des ingratitudes... Mais, ce qui m’est encore plus rebutant.
(1) De cuUu..., liv. I, chap. iv.
(2) Cor... ut est amore hominum succensum et ah ipsis tamen kominibus impie ingratis crudelissime offensttm. (Cf. Xilles, op. c. t. 1. p. 116.)
(3) De Beatificatione, liv. FS", chap. xxxi, n. 25.
(4) Xilles, De Bationihus...^, p. 332 note.