Cor Jesuj Majestatis iniiniiat^ miserere nobis
Cœur de Jésus , dont la Majesté est infinie^ ayez pitié de nous! (Évang. selon saint Matthieu, 25, 31).
I. La majesté, c’est la grandeur en tant qu’elle inspire le respect.
Nous pourrions donc traduire la quatrième invocation sous cette forme : Cœur de Jésus, digne d’un respect infini. Expression littéralement vraie. Sans être ou pouvoir devenir infini par nature, le Cœur de Jésus tire de son union substantielle avec le Verbe une valeur morale, une dignité strictement infinies. Il serait faux d’invoquer le Cœur de Jésus comme éternel, comme immense : il est juste de Lui rendre les honneurs que mérite de recevoir une nature infinie, parce qu’il est le Cœur d’une Personne infinie, parce que, à ce titre, il est réellement infini dans sa Majesté.
IL A leur réveil sur le Thabor, dit l’Évangile t, Pierre et ses compagnons furent éblouis par la Majesté de Jésus. Vision dont le souvenir fut ineffaçable ! Saint Pierre la rappelle avec émotion dans sa seconde épître^, et saint Jean semble y faire allusion, lorsque, dans le lyrisme inspiré des débuts de son Évangile, il s’écrie avec transport : « Nous avons vu sa gloire J. »
Quelle majesté du Sauveur nous annonce l’Apôtre dans la grande scène où il nous montre tout genou fléchissant au nom de Jésus, et toute langue confessant que Jésus- Christ est dans la gloire du Père^! Il y a plus. Notre- Seigneur met Lui-même une insistance singulière à
(1) Évang. selon saint Luc, 9, 32.
(3; Évang, selon saint Jean, 1, 14. (4) Épître aux Philippiens, 2, 10. 11.
rappeler sa propre Majesté. Nous tenons de sa bouche, que sa Majesté couvrira de confusion ceux qui, sur la terre, auront rougi du Fils de Fhomme ou de ses enseignements i; qu’au jugement dernier, elle arrachera des pleurs désespérés à ceux qui n’aurqnt vécu que pour la terre2; que l’éclat de cette Majesté rejaillira sur les trônes où II prétend asseoir ceux qui auront tout quitté pour le servir 3; que, lors des solennelles assises de la fin du monde, elle fera goûter une consolation pleine d’ineffable surprise aux bons, vers lesquels elle se penchera, pour les approuver, les bénir, les introduire dans son royaume 4 !
Oh ! les salutaires impressions de pareilles attentes !
III. Cette infinie Majesté, le Cœur de Jésus la possède au ciel, où l’Agneau immolé resplendit sur le trône et reçoit les adorations des anges et des saints ; Il la possédait tandis qu’il était honni et vilipendé aux jours douloureux de sa Passion ; Il la possède dans le plus humble de nos tabernacles, au milieu même des dénégations, des railleries et de toutes les manifestations blasphématoires de l’impiété ; Ilia possède dans mon cœur, lorsqu’il daigne unir ses battements aux miens. Oh ! quel devoir m’incombe alors de Le vénérer et de veiller à ce que mes sentiments soient à l’unisson avec les siens ! Comme je devrais me disposer à m’écrier avec saint François de Sales : « Si je savais une fibre de mon cœur qui ne fût pas pour Dieu, je l’arracherais aussitôt^ ».
IV. Ayez pitié de nous! Fragiles, oublieux et distraits, faites que nous mettions tous nos soins à Vous honorer;
(1) Évang. selon saint Luc, 9, 26.
(2) Évang. selon saint Mathieu, 24, 30.
(3) Évang. selon saint Mathieu, 19, 28.
(4) Évang. selon saint Matthieu, 25, 31.
(5) Hamon, Vie, 1. 7, c. 5, init.