‹ Pratique et doctrine de la dévotion au Sacré Cœur (volume 2)Chapitre 71 sur 102 · ARTICLE II. INVOCAT. 19. PATIENT, MISÉRICORDIEUX · texte numérisé non relu

ARTICLE II. INVOCAT. 19. PATIENT, MISÉRICORDIEUX

dans l’Écriture sainte, louée en même temps que l’abondance de sa miséricorde ^ .

La miséricorde est une pitié qui secourt la misère. Elle atteint son comble en Dieu, lorsque cette suprême Majesté soulage, par le pardon, l’extrême misère qui est son offense, le péché.

Et patience divine est cette sublime expectative^, qui diffère de frapper pour laisser le temps au repentir. Elle s’appelle longanimité^ quand les délais se prolongent ou que la fréquence des rechutes paraît la lasser; et elle éclate surtout vis-à-vis des attitudes orgueilleuses qui, soit dans l’acte du péché, soit après, rendent certains pécheurs insupportables et paraissent comme défier la colère divine 3.

La patience divine prépare les voies à la miséricorde, lui fournit les occasions, et se trouve être ainsi une miséricorde commencée. Il dépend du pécheur, qui peut ou non correspondre à la grâce, de la faire avorter ou de lui permettre d'aboutir à la plus heureuse réconciliation.

2. Pourquoi les Litanies louent elles la patience et la miséricorde du Cœur de Jésus dans les termes dont se servent nos livres saints pour louer celles de la divinité? Nous pouvons en donner deux raisons.

Les sentiments du Cœur de Jésus sont modelés sur la volonté divine. La patience et la miséricorde de ce Cœur seront donc l’image la plus exacte de la patience et de la miséricorde de Dieu. Et, d’autre part, cette même correspondance des sentiments nous fait voir, dans les preuves si touchantes que le Cœur de Jésus nous donne de sa patience et de sa miséricorde, la manifestation la

(1) Voy., par ex. : Exode, 34, 6; Nombres, 14, 18; Psaumes 85, 15 ; 144, 8 ; Sagesse, 15, 1 ; Joël, 2, 13 ; Jouas, 4, 2.

(2) Saint Augustin, De Falienlia. (M. P. L., t. XL, col. 116.)

(3) Voy. saint Thomas. Somme théol., 2. 2, q. 136, art. 5, ad 3.

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plus sensible, la plus convaincante, d’attributs cachés en Dieu et les mieux faits pour entretenir en nous le courage et l’espérance.

3. La patience et la miséricorde du Cœur de Jésus nous apparaissent dans les paraboles émouvantes de TEnfant prodigue, de la Brebis perdue; sa miséricorde s’est démontrée par l’indulgente pitié témoignée à la femme surprise en adultère, l’accueil réconfortant ménagé à la pécheresse au festin de Simon, le pardon magnanime accordé à l’apôtre saint Pierre ; la longanimité de sa patience éclate surtout dans la manière dont fut reçu le baiser de Judas.

II. La notion plus générale de patience dit une souffrance endurée sans l’emportement de la colère, comme sans l’abattement de la tristesse. Dieu étant hors d’état de souffrir dans sa nature divine, sa patience se confond avec sa miséricorde. Et cette miséricorde, si magnifique dans ses effets, ne saurait non plus être reliée à une réelle impression de compatissance. L’homme sait proprement compatir, mais n’a pas toujours à être miséricordieux dans sa patience; car les maux qu’il supporte sont loin d’être toujours des offenses qui lui donneraient un certain droit de vengeance.

La patience du Cœur de Jésus est une immense souffrance qui donne lieu à une immense miséricorde ; et cette miséricorde est l’écho d’une immense compassion. Témoin la pitié qui lui arrache des larmes sur Jérusalem, la prière qui sort de son Cœur pour ses bourreaux.

Rien ne manque donc, sous aucun rapport, à la réalité de la patience et de la miséricorde du Dieu fait homme.

III. Nous n’avons pas fini de contempler la patience et la riche miséricorde du Cœur de Jésus. Il nous reste à considérer une admirable propriété de ce Cœur : la patience y est le fondement d’une inépuisable miséricorde. Nul homme ne trouve dans les souffrances qu’on

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