Cor JesUj saturatum opprobriis, miserere nobia
Cœur de Jésus, rassasié d'o-^probres, ayez pitié de nous! (Jérémie, Lamentations, 3, 30.)
I. Le Cœur de Jésus fut propitiation pour nos péchés ; nous venons de le reconnaître dans l’invocation précédente. Comment le fut-il? Quatre invocations successives, dont la première est celle-ci, vont nous détailler la manière. Le Cœur de Jésus a été la propitiation pour nos
(1) A Vheure de Noue. Traduction du R. P. Dkbuchy.
ARTICLE II. INVOCAT. 23. RASSASIÉ d’oPPROBRES 243
péchés par ses souffrances, l'holocauste de son anéantissement devant Dieu et l'effusion de ses mérites sur le genre humain. Ces invocations exposent en même temps la part qui revient au Cœur dans la douloureuse passion de Jésus-Christ.
II. Jérémie, en traçant ce portrait du juste que Notre- Seigneur vérifie excellemment, le dépeint tendant la joue à qui le frappe et se repaissant d’opprobres. « Il se rassasiera d’opprobres > dit-il. Le rassasiement ajoute à l’idée d’abondance celle d’un désir satisfait. Une multitude d’opprobres volontairement acceptés constitueront cette satiété dont parle le Prophète. Appliquée à Notre Sauveur dans l’Office du Vendredi-Saint, l’expression a passé naturellement dans les Litanies du Sacré Cœur.
lit. L’opprobre est la honte extérieure d’un désavœu publie infligé par la conviction de la culpabilité, de l’indignité, de la vileté. Plein de noblesse et de gloire, le Cœur de Jésus ne pouvait ressentir que la honte des affronts humains. Dans son dessein arrêté de montrer en Lui-même une opposition radicale au péché et à ses sources, Il a voulu contredire notre orgueil en passant par toutes les avanies.
Quelles humiliations Lui sont épargnées? Tous s’accordent pour Le négliger et Le vilipender. Il se voit renié de son peuple, de la foule et des magistrats, des ignorants et des docteurs, des laïques et des prêtres, de ses disciples, de ses apôtres; Il paraît comme délaissé par Dieu même dans le déluge des maux où II est submergé !
Et quels démentis ne Lui sont pas infligés ! Se proclame-t-Il Dieu : on Le traite de blasphémateur. Se dit-il roi : on Lui met la couronne d’épines sur la tête, le roseau dans les mains, et on affiche sa prétention au haut de son gibet. Sagesse incarnée, Il revêt la robe d’un insensé.
(1) Lamentations, 3, 30.
Judas Le proclame indigne d’être aimé, et il Le vend; Pierre Le proclame indigne d’être reconnu, et il Le renie; en fuyant, les apôtres semblent Le dire indigne d’être défendu. Jugé indigne de tout égard. Il est lié ainsi qu’un malfaiteur, traîné de tribunal en tribunal, et deux fois livré aux valets. Comme indigne d’obtenir justice, on suborne des témoins, on croit faire beaucoup en essayant d’acheter, au prix de ses tortures, quelque pitié de ses accusateurs; et, tout innocent qu’il soit, on Le condamne au dernier supplice. Comme indigne*de commisération, on Le raille, on Le tourne en dérision sur la croix. Le siège de l’honneur est le visage? Voyez la chose informe qu’est devenu le visage de Jésus sous les soufflets, les crachats!
Voilà ce dont le Cœur de Jésus se rassasie pour être notre propitiation, pour guérir nos orgueilleuses folies.
IV. Hélas! n’avons-nous pas nous-mêmes infligé au Cœur de Jésus de cruels démentis, capables d’humiiier sa cause dans le monde? N’avons-nous pas rougi de Lui pour satisfaire notre amour-propre? Quel fut notre respect envers sa divinité; notre docilité envers son autorité royale, soit qu’elle commande, soit qu’elle conseille; notre délicatesse envers son humanité?
Désormais, apportons tous nos soins à honorer Jésus-Christ.
V. Ayez pitié de nous! Agréez ce pauvre échange : faites que tout ce qui nous humilie contribue à Vous faire honorer; guérissez notre orgueil ; remplissez-nous, envers Vous, de sentiments délicats; inspirez-nous assez de générosité pour oublier notre propre considération en vue de votre gloire.
24. Cor Jesu atlritum propter scelera nostra, miserere nobisf
Cœur de Jésus, brisé de douleur à cause de nos crimes, ayez pitié de nous! (Isaïe, 53, 5).