ARTICLE II. INVOCAT. 24. BRISÉ DE DOULEUR
I. Cette invocation est empruntée à l’une des plus mag'nifiques prophéties messianiques, à ce tableau pathétique où Isaïe nous montre le Christ négligé, méconnu sous les humbles livrées qui cachent sa grandeur, chargé de toutes les iniquités, acceptant de payer par sa mort douloureuse l’immense dette du genre humain, et devenant ainsi le chef et le Roi d’un peuple nouveau par Liii racheté et justifié. « Il a été, s’écrie le Prophète î, couvert de plaies à cause de nos iniquités, brisé à cause de nos crimes. *
Le centre de nos affections est aussi celui de nos peines. C’est au cœur que nous frappe une douleur intense; c’est donc là que les Litanies font justement aboutir les maux qui fondirent sur Jésus.
IL Lui-même d’ailleurs, expressément, nous révèle une tristesse mortelle. « Mon âme est triste jusqu’à la mort 2. » L’Evangile y ajoute un profond dégoût avec une crainte extrême-L Puis, ce Cœur endurera tout ce qu’une âme parfaitement consciente ressent au sein d’indescriptibles tourments du corps.
L’ingratitude, la lâcheté, l’avarice, l’égoïsme, la haine, l’envie, viendront, tour à tour, puis tous ensemble. Lui donner toutes ces impressions pénibles dont nous sentons, mieux que nous ne pouvons le dire, les amertumes infiniment variées.
Le passé évoque les tristes souvenirs de l’homme tombé; le présent réunit tous les maux de la méchanceté humaine ; l’avenir laisse de si sombres perspectives sur l’oubli dédaigneux des oflres du salut!
Ainsi, c’est un accablement universel et comme une montagne de douleurs qui pèsent sur ce Cœur au point de le faire éclater.
(1) Isaïe, 53, 5.
(2) Évangf. selon saint Matîhieu, 26, 38.
(3) Évang. selon saint Marc, 14, 33.
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III. Tout cela, à cause de nos crimes, atteints ici dans leur source la plus féconde : la séduciion du plaisir. Au grand ennemi de Dieu et des hommes, à la fascination d'une voix enchanteresse, Notre-Seigneur oppose ses douleurs, supportées par amour pour Dieu et les hommes, et leurs irrésistibles attraits.
IV. En s'abreuvant ainsi d’humiliations et de peines, le Cœur de Jésus épuisait vraiment le calice de toutes les amertumes de l'âme. Le cœur ne peut être qu’humilié et affligé.
V. Ayez pitié de nous! Préservez-nous des entraînements funestes du plaisir, pardonnez nos ingratitudes ; que votre amour généreux nous captive à tout jamais !
25. ^ Cor Jesu, iisqtie ad mortem ohoediens factum j miserere nobis!
Cœur de Jésus, devenu obéissant jusqu'à la mort, ayez pitié de nous! (Épître aux Philippiens, 2, 8.)
I. Après la partie douloureuse du rôle propitiatoire, la partie amoureuse, qui donne à la première son explication et sa valeur. Et, avant tout, l’amour envers le Père céleste, manifesté par cette parfaite obéissance, dont saint Paul! a consacré la formule, inscrite à cet endroit des Litanies.
Nos intérêts eux-mêmes étaient rattachés à cet amour, à cette obéissance. Les humiliations et l'aifliction du Cœur de Jésus ne nous eussent profité en rien sans l’hommage filial qui les fit monter vers Dieu.
D’autre part, le Dieu qui demande ces souffrances à son Fils fait homme, se montre déjà disposé à les accepter en expiation, à se réconcilier avec nous.
IL 1. Oflerte à Dieu, agréée de Lui, la moindre prière de l’Homme-Dieu suffisait au rachat de mille mondes.
(1) Èpître aux Philippiens, 2, 8.
ARTICLE ri. INVOCAT. 26. PERCÉ DE LA LANCE 247
Pourquoi donc tant de douleurs? Notre-Seigneur en voulut Tétreinte afin de se conformer au bon plaisir divin. Voilà, dit-11 équivalemment, le prix que j’attache à un désir de mon Père. Le mal des tourments les plus extrêmes n’é^ale pas, à mes yeux, le bien de faire cette volonté ! Quelle gloire rendue au Cœur de Dieu, trouvé digne de tant d’amour ; quelle gloire méritée par le Cœur du Christ, capable d’une aussi héroïque charité !
2. Alors que nos démérites personnels iustifîeraient de grandes rigueurs, la moindre épreuve qui fond sur nous est en état de nous étonner, de nous troubler, et presque de nous scandaliser. Ces questions viennent sur nos lèvres : Pourquoi cette souffrance? Pourquoi moi? Comprenons désormais l’explication, plus que suffisante, qui se trouve dans l’honneur et les avantages d’accepter et d’accomplir, avec quelque peine, la volonté divine. Le problème du mal cessera de nous déconcerter si nous le résolvons par l’amour.
III. Ayez pitié de nous! Communiquez nous ces sentiments qui remplissent votre Cœur, ce respect infini de - notre souverain Seigneur et la glorieuse passion de nous conformer, coûte que coûte, à toutes ses volontés !