II. Dieu revêt Lui-même cet aspect de victime dans les
(1) Jérémie, 16, 14.
(2) Isaïe, 48, 22.
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passages de rAncienne Loi qui Le représentent sous les traits d’un époux dédaigné de la race qu’il s’était alliée, et nous Le dépeignent se plaignant de l’ingratitude de son peuple!.
Des plaintes formelles se trouvent sur les lèvres de Jésus tandis qu’il pleure sur la ville sainte 2. « Jérusalem, Jérusalem, que de fois j’ai voulu rassembler tes enfants, comme la poule étend ses ailes sur sa couvée 3 > ; et lorsqu’il accueille Judas : * Ami, pourquoi es-tu venu? Tu livres le Fils de l’homme par un baiser^. »
L’Office du Vendredi-Saint contient l’expression touchante de ses plaintes ; et sainte Marguerite-Marie les a traduites en termes pleins d’énergie dans le récit de ses révélations. Notre invocation est l’écho de ces accents.
Seule, notre sainte religion ose faire d’un Dieu la victime des hommes. Seuls, ses enseignements peuvent prêter à Dieu semblable attitude. Pour être victime, il faut que Dieu nous aime, qu’il cherche notre amour et qu’il respecte notre liberté. A ces conditions seulement, Celui devant lequel tout plie peut éprouver une déception.
III. La déception n’est pourtant qu’une métaphore, tant qu’il s’agit de Dieu subsistant dans sa nature incréée ; elle devient une affligeante réalité dans le Dieu fait homme, aux jours de sa vie mortelle et surtout pendant sa passion : à l’heure où II endure tant d’outrages dans son amour, où II en prévoit tant d’autres qui vont sans cesse être commis jusqu’à la fin du monde. La tristesse mortelle de Jésus agonisant nous dit combien nous avons de raisons d’honorer le Cœur de Jésus comme la victime des pécheurs.
(1) Jérémie, 2 et 8 ; Isaïe, 5.
(2) Évang. selon saint Luc, 19, 41.
(3) Évang. selon saint Matthieu, 23, 37 ; S. Tmc, ta. 24.
; ! É'. .-ing. seîoii sai; î 26, 50.
ARTICLE ir, INVOCAT. 30. VICTIME DES PÉCHEURS 257
Observons à quels pauvres, à quels vils intérêts, Il t‘i:t alors et II est maintenant sacrifié ! Il fut sacrifié alors à Tavarice de Judas, à la lâcheté de Pierre, à rambition de Pilate, à la vanité froissée d’HÉRODE, à Tenvie jalouse des sanhédrites, à la légèreté du peuple, à Tinsouciante inso- "lence des soldats. Maintenant, Il est sacrifié à Torgueil qui veut dominer, à la cupidité qui veut s’enrichir, au respect humain qui veut plaire, aux passions qui veulent jouir. Toutes ces attaques, dont le Christ fut ou est l’objet dans son corps visible, dans son sacrement, dans son Église, révèlent des mobiles, des intérêts auxquels Jésus est sacrifié et qui garnissent les rangs de ccs pécheurs dont II est la victime.
Nous aussi, sans sacrifier Jésus Lui-même, n’avonsnous pas quelquefois préféré un intérêt personnel à ceux de sa cause? Les intérêts de notre paresse, de notre amour-propre, de notre vanité, de notre popularité, n’expliquent-ils pas des négligences, des péchés, ne nous font-ils pas rougir ou hésiter devant une bonne action?
IV. Dans le langage ordinaire, l’homme se dit encore victime lorsque ses efforts sont demeurés sans résultat. On peut être, de la sorte, victime de sa témérité, de son imprudence, de sa confiance. L’invocation, qui fait de Jésus la victime des pécheurs, nous Le montre ainsi victime de son amour. Que n’a-t-Il pas fait et enduré pour amasser des trésors de miséricordes et de grâces! Or, tandis que, dans cette dernière série d’invocations, nous admirons les effets de sa propitiation, voici une invocation qui arrête notre enthousiasme : il se trouve, hélas ! des pécheurs qui rendent inutiles toutes les peines de Jésus. Notre-Seigneur semble en vain les avoir aimés, son amour n’est pour eux qu’une occasion de ruine plus profonde i.
(1) Év. selon saint Luc, 2, 34; épître aux Romains, 2, 4. 5 ; Épître aux Hébreux, 2, 3. 6. 8.
s. C. DE JÉSUS. II.
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V. Même comme victime des pécheurs, Jésus est notre exemple. Il nous apprend à ne pas trop nous plaindre, ni nous décourager, si nous voyuns échouer des entreprises tentées pour le bien.
VI. Agez pitié de nous! Vous qui recélez des grâces toute-puissantes, prêtes à descendre à notre appel suppliant, triomphez des cœurs rebelles, et surtout ne permettez pas que vos douleurs nous soient jamais inutiles. C’est assez d’être victime pour nous ; ne soyez plus victime des hommes que Vous avez tant aimés.