MÉDITATION
1er Prélude. Voyons Notre-Seigneur, au moment où II vient de confondre les accusateurs de la femme adultère ; où son pardon divin et son avertissement de ne plus pécher rendent Dieu à cette âme et cette âme à Dieu. « Femme, personne ne t’a condamnée? » « Personne, Seigneur. » « Je ne te condamnerai pas non plus. Va donc, mais cesse désormais de pécher. l *
2e Prélude. Demandons instamment la grande grâce de mieux comprendre l’affectueuse et généreuse bonté du Cœur de Jésus, dans sa médiation réconciliatrice, pour L’en aimer davantage, et aussi pour imiter sa magnanimité.
1er point. Notre- Seigneur, le Médiateur unique.
I. 1. « Il est un seul Dieu; il est aussi un seul médiateur entre Dieu et les hommes, cet homme qui est le Christ Jésus.2 » « Son ministère est d’autant plus élevé, qu’il est le Médiateur d’une alliance meilleure, établie sur de meilleures promesses3 4. *
Deux fois encore *, saint Paul atteste ce rôle médiateur du Christ, dont il a proclamé le caractère unique et l’excellence.
Bien plus, non content de réconcilier les hommes avec Dieu, Jésus-Christ rétablit la paix entre les habitants du ciel et ceux de la terre : « Il a plu à Dieu de tout réconcilier en Lui... ce qui est sur la terre et ce qui est dans les cieux5. »
Ce que la Foi nous apprend, tâchons de le saisir par la raison, autant que cela nous est possible.
(1) Év. S. Jean, 8, 10. (2) 1™ ép. à Tim., 2, 5.
(3) Ép. aux Hébreux, 8, 6.
(4) Ép. aux Hébreux, 9, 15 ; 12, 24.
(5) Ép. aux Col., i, 20.
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2. Le médiateur, c’est cet ami commun qui s’interpose entre deux parties adverses', nées pour s’entendre et que sépare une inimitié contre nature.
Étranger au conflit, et par conséquent distinct des deux parties, mais sympathique à chacune d’elles, cet ami profite de son crédit et de son ascendant pour disposer les cœurs au rapprochement, obtenir des conditions équitables, et, d’une partie à l’autre, présenter les offres de paix.
Combien Dieu et l’homme étaient faits pour s’entendre ! De quel élan l’homme, cette créature privilégiée, devait se porter vers son Auteur! Sans le Créateur, l’homme n’était rien. Brise-t-il avec Lui : le voilà semblable à un fragment détaché de l’astre dont il partageait l’éclat et la beauté ; il ne peut que graviter autour de lui, retenu dans son ^.rbite par la force qui, tout ensemble, l’attire et le repousse. D’autre part qu’est devenu le plan de Dieu, le Créateur? L’humanité n’est plus qu’un objet de colère : elle manifestera la justice divine, mais les anges seuls loueront sa Bonté.
Où trouver le réconciliateur? Dieu pouvait, sans attendre de médiation, accorder un pardon absolument gratuit : sa Bonté n’a pas de bornes. Mais, acquis sans mérite, le ciel devenait éternellement moins beau pour l’homme.
Une médiation se conçoit-elle cependant entre l’homme et Dieu? Fils dénaturé, offenseur criminel, créature en révolte, l’homme peut-il attendre autre chose qu’un arrêt de colère pour le perdre, ou le bienfait d’une clémence inouïe, pour le sauver? Réduit d’avance à merci, a-t-il des offres à envisager, à débattre des conditions d’alliance ? Cette hypothèse serait, en effet, impossible, inimaginable, sans le libre arbitre dont Dieu gratifia l’homme et dont il entend respecter les choix, et sans cette mystérieuse opposition qui met, comme l’expérience l’atteste, au cœur du
coupable lui-même un ressentiment contre celui qu’il a offensé.
Observez Satan : il est non seulement l’ange puni de Dieu, mais encore l’ange ennemi de Dieu ; et l’Écriture nous peint au vif ses ambitions de conquête, de règne, et de domination tyrannique. Mais cette aversion singulière complique la difficulté : pour réconcilier l’homme avec Dieu, il faudra donc apaiser la volonté de l’homme luimême, y produire le calme et des dispositions à la paix.
Et la question revient plus ardue, plus angoissante : où trouver le réconciliateur? En dehors de Dieu et du pécheur, le monde angélique ne peut que prendre parti pour le Créateur, contre l’ingrate créature. Et tout ce qu’il prétendrait offrir revient de droit à Dieu. Ces purs esprits n’ont rien non plus qui émeuve la nature sensible de l’homme. Eussent-ils désiré le rôle sublime de médiateur, tout leur manquait pour le remplir. Seul un Homme- Dieu peut, dans sa nature humaine, pratiquer une justice qui plaise à Dieu ; puis, à cause de son humanité, s’éprendre, sans imperfection aucune, de pitié pour les hommes. A la condition pourtant, que cette humanité même ne soit pas prise en dehors de la nôtre, mais se rattache à nous par son origine même. Par cette même nature humaine, l’Homme-Dieu est également en état de se faire aimer des hommes et de pouvoir les gagner à Dieu. En tant qu’il est Dieu, Notre-Seigneur a décrété cette médiation ; 11 en a assumé la charge, en tant qu’il est homme. Admirons avec quelle perfection II a satisfait aux conditions requises.
La nature humaine à laquelle II s’unit n’est pas, comme celle d’Adam, l’œuvre immédiate de Dieu : elle est puisée dans le sein très pur de la Vierge. Le voilà bien de notre race, cet homme parfait.
Dans cette nature humaine, le Christ n’est ni l’offensé ni l’offenseur : sa sainteté substantielle l’éloigne infiniment de tout péché.
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Il porte à Dieu l’amour d’un fils unique ; semblable à nous. Il conçoit pour nous l’amour d’un frère, l’amour de compassion que nous méritent nos malheurs.
L’inépuisable valeur de ses actions Lui permet de les offrir à un double titre : elles seront d’abord l’hommage nécessaire de toute créature, mais elles seront aussi la rançon de nos péchés. Sa dévotion parfaite Le rend cher à Dieu ; et sa bienveillante affabilité Lui attire les coeurs des hommes. N’est-Il pas le bien-aimé que chante le Cantique des cantiques?
Aux hommes II apporte les dons divins, une nouvelle adoption, l’héritage céleste : tels sont les gages et propositions de paix. Hélas! les hommes n’offrent rien à Dieu; mais II fait valoir, à leur place, sa vertu, ses larmes, son sang. Et puisqu’il a emprunté à Adam cette nature humaine dans laquelle II a pu souffrir, pleurer, mériter, Il est en droit de présenter son offrande magnanime comme venant aussi de nous.
La Foi nous apprend ensuite qu’il a trouvé grâce pour nous auprès de Dieu ; et depuis sa venue, touchées de ses prévenances ineffables, des âmes innombrables ont chanté : Hosannah au Fils de David, béni Celui qui nous vient au nom du Seigneur !
A cause de tout cela, Il a pu dire les paroles dont les hommes avaient le plus besoin sur la terre : « Je vous donne la paix ».
II. 1. Notre-Seigneur fut médiateur dans sa nature humaine. Mais à quel prix le fut-il et grâce à quel amour?
Réfléchissons-y, pour chérir en retour le Cœur qui nous a tant aimés.
2. Admirons la merveilleuse économie de notre salut. En un sens très vrai, c’est Dieu qui fait tout, comme dans la nature extérieure II est cause première de tout. Cependant, de même que, dans la nature, Il laisse aux causes
secondes, leur activité, de même, dans l’ordre surnaturel, Il nous laisse la liberté et le mérite d’agir. Cet harmonieux accord entre le plan imposé à la nature et celui qui est tracé à la surnature témoigne qu’un même Dieu est l’auteur de l’un et de l’autre, et, en confirmant notre foi, vient également nous ravir. A Dieu, la gloire de toutes choses ; nous, ses créatures, acceptons l’honneur qu’il nous fait de coopérer à la grâce et de valoir quelque chose en Lui.
3. Considérons encore, pour approfondir le sentiment de la reconnaissance, que Notre-Seigneur ne cesse, à chaque instant, de nous réconcilier avec Dieu. A chaque instant nous trébuchons. A chaque instant, un médiateur nous est nécessaire ; mais sa main secourable est prête toujours à nous relever. Comme le prêtre le fait à l’autel, offrons chaque jour les mérites et la passion du Sauveur pour nos manquements innombrables. Offrons-les avec confiance. Mais portons gravée dans notre cœur l’immense dette contractée envers Lui.
2e point. Les hommes , médiateurs à la suite de Jésus -Christ.
I. Non contente d’agréer la médiation du Fils de Dieu fait homme, la Bonté divine nous appelle à l’insigne honneur d’être médiateurs à notre tour.
Le peuple chrétien salue dans la très sainte Vierge, la médiatrice de grâce et d’intercession.
Dans les saintes Lettres, nous voyons Moïse, Aaron, s’interposer efficacement entre Jahvéh et son peuple. L’histoire ecclésiastique dans ses plus belles pages, abonde en traits admirables, émouvants, de la médiation des saints.
La médiation spéciale de la sainte Vierge est due, nous le comprenons, à sa dignité de Mère de Dieu et des hommes; elle est due à cette prédestination privilégiée qui la sépare du monde pécheur, sans nous l’enlever à nous-mêmes.
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Mais comment expliquer notre rôle médiateur? Personnellement coupables, sur quelle amitié nous appuieronsnous, pour réconcilier d’autres pécheurs?
Assurément, héritiers du péché d’Adam, couverts de nos propres iniquités, nous ne saurions prétendre à une part dans la médiation qui a restauré l’ordre de la grâce et nous a obtenu notre propre pardon.
Mais réconciliés avec Dieu par Jésus-Christ, nous pouvons, comme justes, être aimés de Dieu ; et comme membres de la famille humaine, nous concilier l’amitié des autres hommes. Ceux-ci commettent des fautes personnelles auxquelles nous demeurons étrangers. Pour expier ces fautes et ramener les pécheurs à leur Dieu, le Christ nous permet de puiser dans ses mérites une valeur d’intercession et d'expiation dont la richesse rehausse nos prières, nos sacrifices et nos actions. Grâce au Christ, nous sommes à même d’offrir, au nom des pécheurs, des dons agréables à Dieu. Et ces hommes sont accessibles à notre influence, nous pouvons les persuader de revenir à leur Seigneur et Père.
Chacun de nous, dans ses relations particulières, se voit convié de la sorte à se rendre, par Jésus-Christ, médiateur entre Dieu et les hommes, en priant, en agissant, en conseillant, en souffrant, en se faisant aimer de Dieu et des hommes.
Les prêtres ont un pouvoir plus étendu par le saint sacrifice de la messe, qu’ils font monter vers le trône de Dieu comme un don de la sainte Église et d’eux-mêmes ; puis, par la dispensation des sacrements, qui contiennent les dons de Dieu à l’homme ; puis encore, par la prière publique et privée, qui plaide auprès de Dieu toutes les causes humaines; enfin par la prédication et les conseils autorisés, par lesquels ils agissent sur les cœurs des hommes.
Ceux-là qui ont charge d’âmes : les parents, les pasteurs ; ceux qu’un zèle volontaire dévoue aux âmes : les
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missionnaires, les religieux engagés dans le saint ministère, sont spécialement destinés à opérer des réconciliations entre le Dieu du ciel et les habitants de la terre.
II. Prenons conscience d’un rôle aussi magnifique : nous nous préparerons une action plus féconde ; et nous en aimerons davantage la religion qui nous appelle à réaliser tant de bien.
Laissons parler notre cœur. Bénissons le Christ de ce que nous puissions continuer son incomparable mission de réconciliateur.
Empressons-nous d’accepter ce rôle, qui assigne à notre vie le but le plus enviable : de toutes les œuvres n’est-ce pas la plus divine, que de contribuer avec le Christ à sauver des âmes?
3e point. Comment serons-nous médiateurs ?
I. Pour être médiateurs en réalité, remplissons les conditions auxquelles ce rôle est subordonné.
Le médiateur ne s’engage pas dans le conflit : le conflit naît ici du péché. Il faut donc, avant tout, nous tenir à distance de tout péché.
Le médiateur se distingue lui-même des deux parties. Infiniment distincts de Dieu par notre origine et le néant que nous sommes toujours, notre souci doit être de nous distinguer suffisamment du pécheur.
Le médiateur puise sa force dans la faveur des deux parties. Il faut donc nous rendre chers à Dieu etvertueusement sympathiques aux hommes.
Le médiateur présente les offres réciproques des deux parties. Nous avons donc à nous enrichir des dons de Dieu; et, pour tant d’hommes qui ne s’inquiètent pas de leurs dettes, offrir, à l’exemple de saint Paul1 et des saints, les
(1) Èp. aux Col., i, 24.
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labeurs, les sacrifices volontaires réclamés par l’apostolat. Le Christ a tant souffert dans son corps' physique : il faut aussi dans son corps mystique des traces de souffrances. Il a tout réconcilié en Lui par le sang de sa croix1; c’est par la croix qu’à notre tour nous devons travailler à la paix du monde.
Nous serons donc médiateurs véritables dans la mesure de notre pureté, de notre justice, de notre amour pour Dieu ; dans la mesure aussi de nos efforts pour nous rendre agréables aux hommes, de notre générosité à intercéder, à souffrir, à expier pour eux : cette générosité est ellemême un fruit de l’amour.
IL De quel cœur Notre-Seigneur accepta, remplit toutes ces conditions ! Avec quelle libéralité y souscrirons-nous à notre tour, par gratitude et par amour pour son divin Cœur? Car gagner les hommes à Dieu c’est, dans* l’ordre présent, leur faire aimer Jésus-Christ.
colloque
Gratitude; Offrande; Prière.