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Les révoltes, les murmures dans les revers et les

(1) Pensée de S. François dr Sales.

souffrances, les moindres oppositions à la volonté divine, enlèvent à nos adorations une partie de leur vérité.

Propos, offrande, et prière.

ARTICLE IV

L’ Office d’amour

En union avec le chœur des Séraphins.

Ordre des méditations consacrées à cet office.

De quel amour divin Jésus-Christ est le don; avec quel amour Jésüs-christ se donne Lui-même à nous; par quel amour réciproque nous avons à payer l’un et l’autre amour : tel est le thème du premier exercice. Dans le second, nous méditerons les conditions de l’amitié et leur réalisation, surprenante et parfaite en Jésus-Christ, d’abord; puis, en nous, naturelle et défectueuse. Le troisième exercice nous met en face de l’Eucharistie comme sacrement d’amour. Les deux affections du Christ, les deux grands désirs de son Cœur et leur symbole commun, l’Eucharistie, remplissent le quatrième exercice, et nous animeront à pratiquer les deux principaux commandements : la charité envers' Dieu et la charité envers le prochain.

Note préliminaire. Nous pouvons rapporter à cet Office l’exercice que la Sainte proposait en ces termes à une jeune religieuse du Noviciat : Vous serez la Sulamite , l’épouse bien-aimée, qui honorerez la vie d’amour de Jésus-Christ au Saint-Sacrement. C’est pourquoi vous devez faire attention à vous rendre toute pure et innocente pour plaire à ce divin Époux, n’ayant d’autre but ni vue

ART. IV. L’OFFICE D'AMOUR, lre MED.

en tout ce que vous ferez. Lui donnant tout sans réserve. Si vous voulez qu’il se donne à vous, et si vous désirez goûter la douceur de ses amoureux entretiens, il faut bannir toute réflexion d’amour-propre, tout respect humain. — Et toutes les fois que vous visiterez le Saint-Sacrement, vous Lui en offrirez cinq pratiques1. »

Le MÉDITATION

1er Prélude. Serrons-nous tout près du Sauveur, au moment où, le Cœur débordant de charité, Il révèle à Nicodème l’excès de l’amour divin : « Dieu a aimé le monde jusqu’à lui donner son Fils unique2. »

2e Prélude. Implorons Notre-Seigneur pour obtenir l’immense grâce de mieux comprendre combien nous sommes aimés de Dieu et de Lui, afin de répondre par un amour sans cesse grandissant à cet incompréhensible amour.

1er point. L’amour divin qui nous donne Jésus-Christ.

I. 1. Analysons d’abord, autant que nous le pouvons, l’amour mystérieux dont Dieu nous gratifie. De toute éternité, il existe un Dieu. Plénitude de l’Être, Lui seul est. Un acte éternel d’amour, identique à cet Être infini, L’embrasse tout entier. La perfection de Dieu exige son existence ; elle n’exige pas moins l’amour dont II s’aime, et l’impossibilité d’aimer et de désirer rien en dehors de Lui, puisque, en dehors de Lui, il n’y a rien. Dieu est parfait, également parfait, en étant, en s’aimant, en n’aimant que Lui.

Avant d’aimer une autre chose, Dieu doit la rendre

(1) Vie et Œuvres , H, 468.

(2) Év. S Jean, 3, 16.

aimable en la créant, en l’ornant de qualités. L’amour qu’ ensuite II lui porte ne Le change pas Lui-même ; il n’y a qu’un terme nouveau sur le prolongement, extérieur à Lui, de l’acte immuable d’amour dont II s’aime. La réalité propre de cet amour réside tout entière dans le bienfait même, extérieur à Dieu, qui affecte la créature.

Cet amour est absolument gratuit II n’est pas dû : Dieu est l’auteur du titre qui en rend digne ; et il ne vaut à Dieu ni utilité, ni bonheur, ni avantage quelconque, ni perfection nouvelle. Dieu n’en est pas meilleur parce qu’il nous aime. Il manifeste seulement une Bonté toujours infinie. Cette manifestation Lui est glorieuse, sans doute. Mais cette glorification extérieure, que Dieu veut parce que c’est l’ordre, n’ajoute rien non plus ni à la perfection ni au bonheur de Dieu.

Etre aimé de cet amour trois fois saint que le Bien porte à Lui-même surpasse tout honneur concevable ; et quand le terme sur lequel s’arrête cette ineffable bienveillance et tendresse est notre action libre, pouvonsnous imaginer pour nous gloire plus grande et résultat meilleur?

Néanmoins cet amour de Dieu, qui demeure le même que nous soyons ou que nous ne soyons pas, que nous agissions bien ou que nous péchions, est pour nous si intangible, si incompréhensible, qu’il parle peu à notre cœur, bien qu’il ait pu transporter les saints.

Adorons en silence le mystère de cet amour, pour nous impénétrable; trop haut, dans sa sainteté, pour nous toucher en Lui-même, trop gratuit, pour être imité.

2. Nous comprenons mieux cet amour dans ses effets. Du reste, l’éclat de la gloire extérieure de Dieu, la valeur de la manifestation divine se mesure sur la grandeur du bienfait.

Écoutons Notre-Seigneur célébrer l’immensité de l’amour que Dieu nous porte. « Dieu a tant aimé le monde, qu’il

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lui a donné son Fils unique 1. » N’est-ee pas là, pour Dieu, porter au comble son amour? Tout infini qu’il est, a-t-Il mieux à donner que son Fils?

Oh! que cet amour de Dieu est derechef inconcevable! Mais cette fois, il nous touche ; il nous touche d’autant plus que nous le voyons s’adresser à un monde infirme et pécheur.

3. Cet amour est commun à la Sainte Trinité. Notre- Seigneur le rapporte à son Père. Mais nous pouvons aussi le rapporter au Fils unique de son Père. Le Fils unique de Dieu a pris la nature humaine en vue de se donner; et s’est empressé, dans cette nature, d’accepter, de ratifier la mission dont Dieu L’investissait. Et depuis lors, symbolisé par le cœur humain de Jésus-Christ, cet amour rentre dans l’objet de la dévotion à son Sacré Cœur.

Prenons-le comme approprié aux deux premières Personnes divines, et nous adressant au Père, puis au Fils, rendons grâces de cet amour comme d’un bienfait infini.

II. Que pouvons-nous offrir en retour? Même le don entier de notre personne, qu’est-il auprès du Fils unique de Dieu?

Avouons nous vaincus, défaits par l’amour de Dieu! Puis, à tout le moins, ne cessons plus d’avoir foi dans cet amour. Croyons-y également dans l’abondance et dans la disette, dans la consolation et dans l’épreuve, dans le succès et dans le malheur. « Eh ! quoi, s’écriait saint Paul, Celui qui n’a pas épargné son propre Fils mais L’a livré pour nous tous, comment ne nous donnera-t-Il pas toutes choses avec Lui?1 2 »

Que l’action de Dieu sur nous est tout entière bienfai-

(1) Év. S. Jean, 3, 16.

(2) Ép. aux Rom., 8, 32. Tel est le sens du texte grec. La Vulgate latine, porte : « Comment ne nous a-t-Il pas tout donné. »

104 SECTION II. MEDITATIONS j CH. I. OFFICES

santé ; que tous ses effets, si nous le voulons, nous sont salutaires ; et qu’au ciel, nous qui, maintenant, murmurons ou doutons, nous entonnerons un hymne éternel de reconnaissance pour tout ce que la Providence a voulu ou permis : c’est l’exacte vérité.

2e point. L’amour dont nous aime Jésus qui nous est donné.

1. 1. Vraiment homme, Jésus Christ aime ceux pour lesquels II est descendu du ciel. Il les aime de son coeur d’homme, à la façon dont les hommes s’aiment. Cela veut dire, qu’il éprouve un sentiment qui Le modifie réellement ; qu’il nous aime avec émotion ; qu’il ressent de la joie, de la consolation lorsque nous L’aimons en retour; que notre froideur, notre ingratitude L’ont affligé aux jours de sa vie mortelle, et L’affligeraient encore si son état de béatitude comportait un chagrin .

Tandis que, dans sa nature divine, sa sainteté ne saurait aimer, d’un amour actuel, le pécheur, le révolté, Il peut, dans sa nature humaine, nourrir envers l’homme coupable, un amour de pitié, et verser des larmes sur son sort. Il s’est représenté Luijnême sous les traits du bon Pasteur, qui, sur ses épaules, reporte au bercail la brebis perdue.

2. D’autres exercices nous permettront d’insister sur les biens qui nous proviennent de cet amour. Considérons-le ici en lui-même, pour le graver après en avoir médité l’excellence. Il faut que désormais, tout regard sur le Christ nous rappelle qu’il nous a aimés et nous aime comme aucun homme ne saurait aimer. En effet :

a) Même dans son affection la plus pure, l’homme, être inachevé, agit toujours pour son propre bien. Naturellement parlant, il ne peut que rapprocher autrui de luimême, et reporter eilsuite, sur son semblable, l’amour dont il s’est d’abord aimé. Son acte d’amour, d’intensité finie, se

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trouve ordinairement affaibli par cette division : l'homme ici-bas ne saurait aimer totalement .

Mais Notre-Seigneur unit sa nature humaine à une personne divine, infinie, bienheureuse. Or, la personne est le sujet qui agit et auquel tous les actes se rapportent. En Notre-Seigneur pas de moi humain. Il peut donc aimer sans mélange de recherche propre, avec un désintéressement parfait. Il nous aime d’un amour pur et total comme Dieu nous aime. Il nous aime divinement dans une nature humaine !

Contemplons la gratuité, les magnificences de cet amour dans la sainte Eucharistie !

b) Nouvel Adam, Notre-Seigneur nous a spirituellement engendrés ; Il a voulu former avec nous un seul corps mystique. Combien nous sommes de la sorte unifiés avec Lui ! Notre-Seigneur a rendu Lui-même témoignage à cette unité. Sur la route de Damas, Saul (saint Paul) était acharné à la poursuite de ses disciples. « Saul, lui reproche Jésus, pourquoi me persécutes-tu > i >

Son amour revêt donc un caractère à! intimité dont n’approche aucun autre amour. Nous sommes moins unis à nos parents qu’à Jésus-Christ.

c) Comme chef et rédempteur du genre humain, à raison de cette dignité même, Notre-Seigneur nous connaît tous, et chacun de nous en particulier. Il nous aime d’un amour à la fois universel et personnel à chacun de nous. « Dilexit me1 2 » & dit saint Paul : Il m’a aimé. Dans quelles bornes étroites, au contraire, notre capacité d’aimer se trouve enserrée! Et les limites de nos connaissances ne nous permettent d’aimer personnellement qu’un petit nombre de parents ou d’amis.

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