Quelle incomparable victime fut et continue d’être
Jésus-Christ!
Incomparable comme sainteté. Quoi de plus sacré qu’une
(1) F. Delitzsch, à propos d’Isaïe, cité par Condamin, Le livre d’Isaïe, p. 340, note. Le passage est exactement 52, 13-53, 12. Nous reproduisons la traduction du P. Condamin, p. 318. « Yoici que mon serviteur prospérera; il montera, grandira, s’élèvera bien haut; et si des multitudes l’ont vu avec horreur, par Lui des multitudes seront comblées de joie. — Et Lui, dont le visage était défiguré, et ne ressemblait plus à une face humaine, la multitude des nations l’admirera, et les rois fermeront la bouche devant Lui. — Car ils voient ce qu’on ne leur avait pas annoncé ; ils comprennent ce qu’ils n’avaient pas entendu. Qui croira ce que nous avons entendu? Et le bras de Jahvô, à qui sera-t-il révélé? — Il a grandi devant Lui comme un rejeton, comme le jet d’une racine sur un sol aride. Sans grâce, sans éclat pour attirer les regards, et sans beauté pour plaire. — Méprisé, rebut de l’humanité, homme de douleurs et familier de la souffrance, Devant qui on se voile -la face, méprisé et, à nos yeux, néant! — Mais il a pris sûr Lui nos souffrances, et de nos douleurs il s’est chargé ; Et il paraissait à nos yeux châtié, frappé de Dieu et humilié. — Il a été transpercé pour nos péchés, broyé pour nos iniquités ; Le châtiment qui nous sauve a pesé sur Lui, et par ses plaies nous sommes guéris. — Tous nous étions errants comme des brebis ; chacun suivait sa propre voie ; Et Jahvé a fait tomber sur Lui l’iniquité de nous tous ! — Il était maltraité, et Lui se résignait, il n’ouvrait pas la bouche; Comme un agneau qu’on porte à la boucherie, comme la brebis muette aux mains du tondeur (Il n’ouvrait pas la bouche). — Par un jugement il est emporté, et qui songe à (défendre) sa cause, Lorsqu’il est arraché de la terre des vivants, et pour le péché de mon peuple, mis à mort? — On Lui prépare une tombe avec les impies, il meurt avec les malfaiteurs ; Pourtant il n’y eut pas d’injustice en ses œuvres, et point de mensonge en sa bouche ; mais il plut à Jahvé de le broyer par la souffrance. S’il offre sa vie en sacrifice pour le péché, il aura une postérité, il multi-
humanité substantiellement unie à une Personne divine?
Incomparable comme souffrance. Que notre souvenir ému nous donne à lire dans les plaies saignantes de son corps les péchés de tout le genre humain ; qu’il nous dévoile la honte de son gibet, et nous fasse assister surtout au martyre intérieur de son âme, de son cœur !
Incomparable comme offrande. Celui qui s’offre est une Personne divine ; l’offrande s’inspire de l’amour le plus pur, le plus désintéressé : déjà bienheureux avant de rien souffrir, le CnRisT-Homme souffre pour nous racheter et pour donner à son Père ce témoignage de suprême amour, qui consiste à accomplir, au prix des plus atroces douleurs, non pas un ordre rigoureux, mais un simple désir ! Et cette offrande ne sera plus interrompue. Elle se renouvelle constamment sur la terre, durant la sainte messe, dans le tabernacle ; elle ne cesse pas un instant au ciel : elle s’y perpétuera durant tous les siècles à venir. Toute l’éternité verra le Fils de Dieu humiliant son Humanité sous la Majesté divine, L’offrant à Dieu en hommage seul digne de Dieu.
II. 1. Sur le calvaire, à côté de Marie, contemplons en silence cette immolation de Jésus-Christ et remplissons notre cœur des sentiments qu’elle évoque.
pliera ses jours, en ses mains, l’œuvre de Jahvé prospérera. Délivré des tourments de son âme il le verra; ce qu’il en connaîtra comblera ses désirs. — Le Juste, mon Serviteur, justifiera des multitudes, il se chargera de leurs iniquités ; C’est pourquoi je lui donnerai, pour sa part, des multitudes ; il recevra des foules pour sa part de butin. — Parce qu’il s’est livré à la mort, et qu’il fut compté parmi les pécheurs, Tandis qu'il portait les fautes d’une multitude et qu’il intercédait pour les pécheurs. »
Le psaume 21, qui débute par les paroles que Jésus dit sur la croix : « Mon Dieu, mon Dieu pourquoi m’avez-vous abandonné » forme un récit plus expressif, plus détaillé encore de la passion et du crucifiement de Notre-Seigneur. Fait plusieurs siècles à l’avance, il confirme notre foi aussi bien qu'il se prête à nos pieuses méditations.
ART. VI. L’OFFICE DE VICTIME, lre MED.
2. Apprenons, sous cette croix, à mieux comprendre la valeur infinie de la messe que nous avons le bonheur de célébrer ou, du moins, d’offrir avec le prêtre. Cette messe n’est pas la simple représentation d’un sacrifice passé : elle est, avec le sacrifice de la croix qu’elle renouvelle d’une manière non sanglante, le sacrifice présent et permanent de la Nouvelle Alliance, de l’Alliance scellée par le sang de Jésus-Christ, entre les hommes et Dieu.
Sans doute, grâce aux paroles qui n’appellent directement que le corps du Christ sous l’espèce du pain {Ceci est mon corps ) et que le sang du Christ sous l’espèce du vin {Ceci est le calice de mon sang), la messe figure à nos yeux une séparation qui fut effective sous la croix L Elle représente de la sorte l’immolation sanglante, exécutée par les bourreaux, offerte en sacrifice par Jésus- Christ. La sachant agréée de Dieu son Père, cet incomparable Grand-Prêtre la ratifia pour en faire l’oblation qui consomma notre salut. Mais la messe est un sacrifice actuel, parce que, sôus l’hostie que tiennent les doigts du prêtre et dans le calice que ses mains enserrent, Jésus-Christ 'garde les mêmes sentiments et la même volonté que sur la croix : son acte d’oblation persévère moralement sur nos autels, et le prêtre est député par Lui pour faire, en son nom, l’offrande actuelle de sa volonté et de ses sentiments de victime.
Offerte ainsi par le Christ, comme prêtre principal, la messe Pest aussi par l’Église, qui ratifie l’immolation de son chef, et délègue, elle aussi, le prêtre pour l’offrir en son nom à elle. Le prêtre lui-même l’offre encore en son nom particulier, et les fidèles l’offrent à leur tour, lorsqu’ils s’unissent d’intention aux messes qui se célèbrent,
(1) On sait que l’état glorieux du Christ s’oppose à une séparation véritable, et que Notre-Seigneur est tout entier, avec sa divinité et son humanité, présent sous chacune des deux espèces.
soit en les sollicitant, soit en les servant, soit en y assistant.
En un mot, la sainte messe est l’œuvre du Christ personnel et aussi l’œuvre du Christ mystique tout entier.
Comment avons-nous célébré, entendu la sainte messe? Quels projets de réforme offrirons-nous à la grande victime?
2e point. L’efficacité de son sacrifice.
1. 1. Infiniment heureux, infiniment bon, Dieu ne se complaît dans aucune souffrance. Des tourments ne sauraient comme tels donner lieu à un sacrifice agréable au Très-Haut. Et la souffrance d’un innocent appellerait plutôt l’intervention de sa main libératrice.
La peine ne peut être agréée de Dieu que comme juste, utile, et Lui rendant gloire.
2. Voyez maintenant la merveille opérée par la charité du Christ pour réaliser, en sa personne, à ses dépens et à notre avantage, les conditions d’une souffrance expiatoire.
Un péché, le péché originel, vicie, non pas tel ou tel homme, mais l’humanité elle-même, toute la nature humaine. Le Verbe prend cette nature, la prend comme un nouvel Adam, résolu d’en devenir le père responsable. Dès lors, bien que demeurant sans péché, Il se fait ce qu’un séraphin ne pourrait devenir, le représentant authentique de notre humanité, ayant qualité pour souffrir avec elle et à sa place. Dans les souffrances de Jésus- Christ apparaît et brille l’ordre de la justice : l’homme a péché, un homme expiera le péché. L’innocent qui les endure par amour et sans faiblir, dont la vertu passe ainsi triomphante à travers tous les maux, à travers la mort elle-même, se couvre d’une gloire incomparable. Et quel service ces souffrances rendent aux hommes incorporés à cet Innocent : elles leur valent la pureté, une justice nouvelle; et toutes leurs aspirations s’en trouvent surélevées. Au ciel, de dignes couronnes sont prépa-
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rées pour les exploits du chef et ceux de ses membres associés à la campagne rédemptrice. Et quelle gloire en rejaillit jusqu’à Dieu! Pour jouir, le premier Adam avait méconnu la volonté de Dieu; le second Adam immole toute jouissance au simple bon plaisir divin, trouvé plus aimable, plus captivant, que tous les supplices n’inspirent d’effroi et ne provoquent d’horreur.
3. Les conditions sont remplies : la souffrance apparaît juste, utile, glorieuse à Dieu. Et Dieu accepte l’acte libre d’amour par lequel le Verbe incarné s’offre sur la croix à son Père. L’humanité est sauvée; et elle possède son sacrifice perpétuel, infiniment digne de Dieu, infiniment efficace pour elle-même.