‹ Pratique et doctrine de la dévotion au Sacré CœurChapitre 53 sur 334 · ID MÉDITATION · texte numérisé non relu

ID MÉDITATION

1er Prélude. Figurons-nous Notre-Seigneur présenté au temple, s’offrant à son Père pour être victime.

2e Prélude. Demandons instamment cette grande grâce de comprendre quelque peu l’immolation de Notre- Seigneur, pour L’en aimer davantage et avoir le courage de L’imiter.

1er point. Notre-Seigneur victime.

1. Jusqu’à quel point Notre-Seigneur n’est-Il pas victime ! Que nous L’envisagions dans sa vie mortelle, sur la croix, au Très Saint Sacrement, Il nous apparaît constamment comme victime à la fois de Dieu et des hommes.

Il est toujours ce propre Fils, que le Père, dans son amour pour nous, n’a pas épargné, mais qu’il a livré à la mort pour nous tous2 ; et toujours les hommes Le sacrifient à leurs faiblesses, à leurs vices, à leur méchanceté.

(1) Réflexions sur , la Passion, u. 2. Nous avons inutilement cherché le passage dans saint Augustin.

(2) Ép. aux Rom. , 8, 32.

148 SECT. n. MÉDITATIONS, CH. I. OFFICES

a) Durant sa vie mortelle, a) Dès son entrée dans le monde, Il dit à son Père : « Vous n’avez pas agréé l’hostie et l’oblation, mais vous m’avez façonné un corps ; Vous avez rejeté les holocaustes qu’on vous offrait pour le péché. Alors j’ai dit ; me voici1. »

Considérons les biens divers que l’on peut poursuivre dans la vie : le plaisir, l’opulence, la gloire. Les hommes aspirent à se distinguer dans les sciences, les lettres, les arts, la guerre. Notre-Seigneur aurait pu illustrer sa carrière humaine par les plus vastes entreprises, les exploits les plus fameux. Il a dédaigné tout cela. Une seule chose a pu Le tenter, le sacrifice. Il a choisi l’état de victime. L’insuffisance des holocaustes anciens, le désir d’y suppléer, voilà ce qui L’a attiré sur la terre.

Dès lors, cette pensée ne Le quitte plus. Son immolation future, dont chaque instant Le rapproche, pour laquelle il accepte de grandir et de se développer, est gravée en traits douloureux dans son cœur. « Il ne fut pas une heure, dit l’Imitation2, sans ressentir les douleurs de sa passion. *

(3) Et en attendant qu’il soit, suivant son expression, baptisé de ce baptême sanglant qu’il se sentait pressé de recevoir pour les hommes, à toutes les étapes de sa carrière, nous Le voyons victime : victime de l’ambition d’Hérode, de l’envie des pharisiens, de l’avarice de Judas, de la faiblesse des apôtres, de la lâcheté de Pilate, de l’ingratitude de ceux qu’il avait comblés de bienfaits. Bethléem, l’Egypte, Nazareth, pendant sa vie cachée ; puis le Jourdain, le désert, la Galilée, la Judée, la Samarie : tous ces lieux que rappellent-ils, sinon des persécutions, des souffrances, des privations et des labeurs?

b) Sur la croix, a) Victime volontaire, — Il a été offert parce qu’il l’a voulu3, — prêtre et hostie tout ensemble.

(i; Ép. aux Hébr., 10, 5-7.

(3) Isaïe, 53, 7.

ART. VI. L'OFFICE DE VICTIME, 2e MED.

Il offre à son Père le sacrifice sanglant d'expiation : ce sacrifice auquel tous les précédents ont emprunté ce qu’ils avaient de vertu, ce sacrifice offert une seule fois, après lequel tout autre est superflu. Car le sacrifice de l’autel ne se distingue pas de celui de la croix. Il ne fait que le renouveler d’une façon mystique, pour nous appliquer la rédemption éternelle que nous a value le sang de notre Pontife suprême entré Lui-même à ce prix dans le saint des saints du ciel1.

Et n’oublions pas ici de nous représenter tous les tourments du corps et de l’âme, au milieu desquels ce sacrifice fut offert.

(3 En même temps, — faut-il dire comment? — Il fut, sur la croix, victime des hommes. Juifs et Romains ont conspiré sa perte. Ils triomphent de ses souffrances ou les regardent d’un œil indifférent. Il n’y a pas jusqu’au malfaiteur crucifié à sa gauche qui ne mêle sa voix à celle des insulteurs.

c) Ce rôle de victime est encore la raison principale pour laquelle II demeure dans V Eucharistie.

a) Il y séjourne avant tout pour continuer d’y être immolé, pour perpétuer le sacrifice de la croix, afin qu’en tout lieu, suivant la prophétie de Malachie 2, une oblation toute pure soit offerte à Dieu. — Considérons combien cette immolation est constante.

p) Et dans cette vie sacramentelle, n’est-Il pas derechef la victime des hommes, qui L’y dédaignent, qui L’y maltraitent?

2. Pourquoi veut-il être victime ? La raison de son immolation, c’est l’amour; l’amour qu’il porte à Dieu, l’amour qu’il daigne avoir pour nous. « Pour que le monde sache que j’aime mon Père, partons d’ici3. » Cela

(1) Ép. aux Hébr., 9, 11. 12.

Page 1