Je tâcherai de me rendre compte de cette vérité
a) Donner, faire le bien, c’est plus noble, plus grand. Quelle satisfaction intime l’on goûte en étant généreux!
b) Qui ne songe qu’à donner ne connaît pas les attentes inquiètes; ne dépend ni des richesses ni des honneurs, dont la poursuite anxieuse cause tant de chagrin.
c) Dieu a ainsi disposé les choses, qu’il nous est impossible de donner sans acquérir le droit à un bien meilleur. Qui donne toute sa vie présente possède déjà la vie éternelle. «Bienheureux les pauvres d’esprit. . . bienheureux ceux qui souffrent persécution pour la justice : le royaume des cieux leur appartient1. »
d) Donner sans recevoir, c’est imiter Dieu, la bonté infinie, l’auteur de tout bien, à la perfectionnai! bonheur duquel nous ne pouvons rien ajouter.
3e point. La pratique de cet enseignement.
1° Les raisons, a) Donner sans recevoir est le propre de la vraie charité. La charité n’a pas de vues intéressées2.
b) Il en est si peu qui fassent le plaisir à Notre-Seigneur d’écouter ses sublimes conseils. Saint Paul s’en plaignait tristement : « Tous sont à !a recherche de leurs propres avantages3. »
c) Cette générosité convient tant à ma vocation de chrétien et de prêtre. C’est aux prêtres que saint Paul disait : « Souvenez-vous de la parole de Notre-Seigneur qu’il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir. * Et le
(1) Év. S. Matth., 5, 3. 10.
(2) Ire Êp. aux Corinth., 13, 5.
(3) Épit. aux Philipp., 2, 21.
156 SECT. n. MÉDITATIONS, CH. I. OFFICES
fidèle apôtre insiste sur la gratuité des vues qui l’ont animé dans le ministère apostolique. Si le calcul doit être banni de quelque part, c’est avant tout des fonctions sacrées. J’en ai été moi-même si libéralement investi. « Dispensez gratuitement, ce que vous avez reçu gratuitement1. »
2° Les moyens, a) Ma vie consacrée à Notre -Seigneur.
b) Une profession d’entier dévouement, sans acception de personnes.
c) Dans les petites comme dans les grandes occasions, la recherche du bien d’autrui substituée à tout souci d’amour-propre.
d) One serviabilité qui n’attend rien en retour.
e) Une certaine joie d’être ignoré ou méconnu, tout en faisant le bien.
COLLOQUE
Reconnaissance. Prière pour être généreux.
IVe MÉDITATION
1er Prélude. Je considérerai Notre-Seigneur tel qu’il apnaraît sur l’autel, sous les apparences du pain et du vin qui symbolisent son état d’immolation.
2e Prélude. Je supplierai Dieu de m’accorder, avec l’in telligence pratique du rôle de victime, une grâce abondante qui me le fasse généreusement accepter par amour pour son divin Fils.
1er point. Jésus est ma victime.
Jésus est ma victime :
1° Car je suis homme. Et c’est pour permettre à l’homme d’offrir à Dieu un sacrifice digne de cette Majesté infinie, que Notre-Seigneur a voulu être victime. Je L’en bénirai avec effusion.
(1) Év. S.Matth., 10, 8,
ART. VI. L’OFFICE DE VICTIME, 4e MED.
2° Car je suis pécheur. Et c’est pour les péchés des hommes que Notre-Seigneur s’est fait victime sanglante. « Il m’a aimé et II s’est livré Lui-même pour moi1. »
3° Car je suis chrétien. Et c’est en faveur de son Église qu’il s’est fait hostie au Très Saint Sacrement.
4° Car je suis prêtre. Et c’est par mes mains que Lui, prêtre principal, s’offre à son Père.
5° Et, ne puis-je pas l’ajouter, mes résistances à la grâce, ma tiédeur à Le servir dans l’état de perfection, Le rendent encore une fois et toujours ma victime ! Oh ! combien ces pensées devraient m’arracher de regrets et de pleurs.
2e point. A quel prix est-il ma victime ?
Pour me faire quelque idée de ce qu’il en a coûté à Jésus d’être ma victime, je n’ai qu’à me rappeler les privations de sa vie, les douleurs de sa Passion, les injures auxquelles II est en butte dans l’Eucharistie.
3e point. Je veux être sa victime.
1. La Foi, la raison, mon cœur, tout m’engage à vouloir être à mon tour la victime de Notre-Seigneur.