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II. La juste réparation

I. Au sombre jour de la passion, depuis les dernières heures du jeudi jusqu’au milieu du Vendredi-Saint, Jésus fut conduit, fut traîné du jardin des Oliviers à la demeure des Pontifes, de cette demeure au prétoire, du prétoire au palais d’Hérode, de ce palais une seconde fois au prétoire, du prétoire au Calvaire... En quel état de souffrance! Au milieu de quelles insultes ! Dans quelle compagnie ! Tâchons de nous représenter vivement ce lamentable

(1) Beati qui non vider unt et crediderunt. Bienheureux ceux qui ont cru, sans avoir vu (Év. S. Jean, 80, 89.)

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spectacle : les injures, les outrages, les moqueries dont Notre-Seigneur fut alors l’objet.

Les processions catholiques invitent le même Roi à quitter la retraite silencieuse où, comme à Gethsémani, Il intercède pour nous1. Le véritable Israël, dont II parcourt les cités, est désireux de réparer par des honneurs et des hommages ces indignités passées.

II. Que ne pouvons-nous dire, passées à tout jamais! Hélas, combien d’outrages contemporains, même publics, même commis à l’occasion des processions, ne réclament que trop le faible dédommagement que constituent ces honneurs ! Dans un siècle de foi, Bourdaloue osait dire2 : « C’est pour nous-mêmes que l’Église a établi cette fête, en forme d’amende honorable ; c’est pour toutes nos profanations, c'est pour toutes nos irrévérences devant les autels de Jésus-Christ, et dans son sanctuaire ; c’est pour tous les scandales que nous y donnons, pour toutes les communions indignes de tant de pécheurs hypocrites ; pour toutes nos froideurs en approchant de la sainte table, pour toutes les négligences mêmes qu’y apportent les âmes justes; c’est pour les vôtres, chrétiens, et pour les miennes, depuis tant d’années que nous fréquentons ce mystère d’amour; c’est pour vous et pour moi que ces processions sont ordonnées, afin que l’honneur qui y est rendu à la chair de notre Dieu la dédommage en quelque sorte de toutes les insultes qu’elle a reçues jusqu’à présent de nous, et qu’elle en reçoit tous les jours. * Quelles couleurs viendraient aujourd’hui assombrir le tableau et renforcer les arguments, aujourd’hui que l’impiété, que l’athéisme affiche une ignoble audace dans des cortèges blasphématoires !

(1) En effet, S. Paul nous dit qu’au ciel Jésus est vivant afin d’intercéder pour nous. Or, dans l'Eucharistie, le Christ n’a pas d’action distincte de celle qu’il accomplit au ciel.

(2) Sermon sur le Saint- Sacrement, Ire partie.

220 SECT. II. MÉDITATIONS j CH. II. TÊTE ET NE D VAINE

Raison de plus pour tenir à nos cortèges saints, pour les embellir, en relever l’éclat et la splendeur. Tenons à affirmer notre respect par une participation aussi empressée que recueillie. Veillons, si nous avons quelque pouvoir, à la dignité, à la pompe de ces cérémonies. Déplorons tous les outrages auxquels Notre-Seigneur est en butte. Vivons dans un esprit d’expiation. Qu’une pensée de réparation, la pensée propre du culte du Sacré Cœur, anime nos honneurs eux -mêmes !

III. Raison d’exalter et de glorifier le Dieu gui habite parmi nous.

I. Ainsi que l’indique la Bulle même d’institution, la fête du Saint-Sacrement est, tout entière, une affirmation triomphale de la possession du corps du Christ par son Église. Les dénégations des hérétiques tendaient à dépouiller celle-ci de son plus précieux trésor : l’humanité de son Sauveur. L’exaltation de cette humanité, les honneurs publics rendus à l’humble hostie achèvent de les confondre. Et cette exaltation n’a-t-elle pas dans nos processions sa démonstration la plus expressive V Les maisons décorées, les rues jonchées de fleurs, les foules accourues et priant, les fronts qui se découvrent, les genoux qui se ploient; oh! jamais la présence du Christ dans son Église n’est rendue plus sensible, plus triomphale, ne parle plus aux regards et aux cœurs.

Comparons aux honneurs que Pharaon fit rendre à Joseph, le Sauveur de l’Égypte, ces hommages de tout le peuple chrétien acclamant le vrai Sauveur du monde. Joseph avait pourvu l’Égypte d’un pain matériel ; Jésus nous a donné le pain céleste, qui rassasie la faim de nos âmes.

Les hosannah! retentissent mieux, plus conscients et plus durables, que dans le cortège improvisé qui, peu avant la Passion, mena Jésus de Béthanie au temple.

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Nos processions ne sont pas le prélude de jours d’ignominie et de douleur ; elles nous préparent aux fêtes éternelles que le ciel dédie à l’Agneau immolé.

II. Une joyeuse émotion peut et doit donc nous remplir en ces touchantes solennités. Les progrès dé l’impiété y mêlent pourtant quelque amertume. Dans plus d’un pays, les processions sont interdites ou rendues impossibles. Mettons tout en œuvre pour les maintenir en honneur, et assurer le triomphe eucharistique de Jésus-Christ. Aimons aussi à Lui soumettre nos facultés, à Lui offrir des victoires intérieures sur les ennemis de nos âmes.

COLLOQUE

1. Prêtres, nous portons souvent dans nos mains le corps de Jésus-Christ. Pensons à l’instant sublime de la dernière Cène, où le Fils de Dieu se porta Lui-même sous les espèces eucharistiques. Jamais II ne fut porté plus dignement ni plus triomphalement. Rendons grâces, dans le colloque, au Cœur Sacré de Jésus, qui nous réserve de pareils honneurs. Humilions-nous dans notre dignité; rivalisons de sainteté et de respect avec les prêtres les plus vertueux.

2. L’épouse des Cantiques s’en allait par la ville, cherchant son bien-aimé; elle le trouva hors de chez lui. « Cette épouse est l’âme fidèle. Elle cherche aujourd’hui le Sauveur du monde dans le sanctuaire de l’Eucharistie qui est comme son lit mystérieux, et elle ne L’y trouve pas ; elle s’en va donc par les rues, et dans les places publiques, pour voir s’il y sera. C’est là, en effet, qu’elle Le rencontre, environné de gardes, entouré de ses ministres, qui Le portent avec honneur, et de tout le peuple, qui Lui fait une cour nombreuse ; elle se jette à ses pieds, elle L’adore, elle Le suit des yeux, et elle ne L’abandonne point qu’il ne soit rentré dans le temple d’où il est parti, et qui est proprement la maison de notre

mère* 1. » Imaginons faire tout cela dans le colloque; démontrons notre affection à Celui qui nous aime; et si l'occasion nous en est offerte, prenons le propos de nous associer effectivement, avec toute la piété possible, à son escorte d'honneur. Pange lingua , ou Gloria Patri.

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