I. La gloire du sacrement
1 . Mea caro vere est cibus 1 . « Ma chair est vraiment une nourriture. » Ces paroles, qui semblent réduire le corps du Christ à une condition inférieure à toute vie, — l'aliment cesse de vivre en soutenant une vie étrangère, — l’élèvent glorieusement, en réalité, au-dessus même des esprits créés. C’est qu'il devient une nourriture spirituelle, un gage d’immortalité. Recourons à deux comparaisons pour mieux faire ressortir cette gloire.
a) L’esprit, s’il vit d’une vie supérieure à la matière, se trouve cependant, dans sa grandeur, frappé d’une stérilité essentielle. Il garde pour lui seul la vie qu’il possède, sans pouvoir la transmettre ou la communiquer.
Or, voici que par une chair, qui d’elle-même est moins que l’esprit, Notre-Seigneur communique bien mieux qu’une vie spirituelle, Il communique une vie divine.
b) Dans l’ordre naturel lui-même, la matière emprunte toute sa dignité à la forme qui en détermine l'espèce : le corps doit tout à l’âme; c’est celle-ci qui l’ennoblit, le fait vivre, le garde. Quelle pauvre chose que le corps, après que l'âme l’a quitté! Voici un corps qui garde l’âme : « Que le corps de Notre-Seigneur, dit le prêtre en distribuant la sainte communion, que le corps de Notre-Seigneur Jésus-Christ garde ton âme ; » voici un corps qui nourrit
(1) Év. S. Jean, 6, 56.
un esprit : c’est de notre âme que le corps du Christ est vraiment la nourriture, « vere est cibus * ; voici un corps1 enfin qui confère l’immortalité, « Qui munducat hune panem vivet in aeternum. * Celui qui mange ce pain vivra éternellement2.
II. Tâchons de bien nous rendre compte de cette mission réservée au corps divin qui fut livré pour nous, au sang qui nous a rachetés. Il faut nous en souvenir lorsque nous nous approchons de la sainte table. Soyons heureux, en ces moments solennels, d’offrir à la chair du Christ notre esprit à entretenir, notre âme à fortifier, et de procurer à cette chair la gloire de triompher de nos défaillances et de notre langueur spirituelle. Pleins de cette pensée, nous adorerons plus volontiers cette chair dans le sacrement où « Dieu la fait toute-puissante, pour nous animer de la vie de grâce et nous vivifier selon l’esprit3. »