‹ Pratique journaliere de la chirurgieChapitre 104 sur 125 · iV · texte numérisé non relu

iV

Ainsi jusqu'à cinquante-six ans, le presbyte se trouve bien déplacer l'objet h l/i pouces de son œil au Heu de 8 pouces, et les verres augmentés de ^ ûîr l"'- suffisent. Du reste, l'homme qui commence ù porter lunettes pour suppléer à l'accommodation en défaut, doit d'abord s'en servir le soir seulement, et, quand il est contraint d'en

MALADIES DES YEUX

user dans la journée, il réserve pour l'occupation du soir le numéro immédiatement supérieur.

Fig. illi.

D'oîi peut venir le préjugé, si général en France surtout, contre les lunettes et les verres, qui, dit-on, usent la vue parce qu'ils sont trop forts? De deux circonstances principales : D'abord de ce qu'une foule de personnes atteintes d'affections fort variées de la vue prennent des verres : l'affection continue ou augmente, et les verres sont accusés de ce qui advient par l'aggravation. — En second lieu, lorsque la presbytie se complique d'une diminution plus ou moins marquée de l'acuité visuelle, le sujet choisit naturellement un verre bien supérieur à celui de sa presbytie, pour pouvoir rapprocher l'objet et avoir plus de lumière ; mais ce n'est pas en vain qu'il abuse ainsi de la convergence, et il éprouve toutes les suites de l'asthénopie par fatigue outrée et bientôt insuffisance des muscles droits internes. C'est pourquoi, dans ces conditions, il faut chercher à grossir, non les images, mais les objets, et si l'on est condamné, malgré tout, à un verre puissant, à une sorte de loupe, n'en user que d'un œil.

II. —L'œil HYPERMÉTROPE cst celui qui, dans le repos de l'accommodation, ne réunit sur la rétine que des rayons convergents, — ou dont le point le plus éloigné de vision est au delà de l'infini, —

Fig. 174. Correction de la. presbytie par le verre convexe. — Supposons un presbyte pour lequel le point le plus rapproché de vision distincte soit en b, par exemple à une distance de 24 pouces de son œil. En plaçant l'objet en a, c'est-à-dire à 8 pouces, il le voit distinctement avec le verre convexe qui imprime aux rayons émanés de a une réfraction telle, qu'ils se confondent avec ceux que porterait naturellement vers l'œil l'objet placé en b ; f est le foyer du verre : il est toujours intermédiaire entre 8 pouces et la distance presby tique, c'est-à-dire que, l'œil étant normal, le presbyte n'a jamais besoin que d'un verre inférieur à même à l'âge le plus avancé.

Telle est la théorie de la correction de la presbytie. — La table de Donders montre qii'on ne doit pas la suivre rigoureusement, et qu'il y a avantage à laisser l'objet plus loin que 8 pouces, usant ainsi de verres inférieurs à ce qu'indiquerait la règle stricte.

HYPERMÉTROPIE.

ou qui, même pour les rayons parallèles, ne peut jamais détendre l'accommodation, — ou enfin qui, seul de tous les yeux, peut voir au loin avec des verres convexes. Paralysé de l'accommodation, il n'aperçoit plus même au loin qu'avec confusion. C'est l'œil trop faible de réfraction, comme le myope est trop fort. — C'est l'œil trop court, l'œil myope étant trop long.

Gomme la myopie se mesure par le verre concave le plus faible avec lequel le myope voit distinctement au loin, l'hypermétropie se mesure par le verre convexe le plus fort qui laisse voir très-bien les objets distants.

L'infériorité de l'œil hypermétrope est évidente, puisque, comme appareil de réfraction, c'est un instrument imparfait et insuffisant, ne pouvant fournir qu'une image confuse même d'un objet distant, et n'arrivant à être utile au sujet qui le porte que par une contraction incessante du muscle ciliaire. Aussi une portion de l'hypermétropie peut rester latente par l'habitude qu'a le sujet de tendre constamment l'accommodation, et l'on n'est certain du degré d'hypermétropie qu'après avoir paralysé l'action du muscle ciliaire à l'aide de l'atropine. — On devine, et nous le connaîtrons bientôt, ce qui menace sans cesse l'hypermétrope : il ne peut voir même au loin qu'à l'aide de son muscle ciliaire, donc il est obligé, pour le travail de près, de faire des efforts d'accommodation bien plus grands que les sujets mieux doués ; si l'application est trop soutenue ou trop minutieuse, la douleur vient, l'accommodation est obligée de s'avouer vaincue, et la forme la plus ordinaire d'asthénopie se révèle. Voilà pour les sujets jeunes ; mais à mesure que les années arrivent, c'est-à-dire que de jour en jour, pour ainsi dire, décline la puissance accommodatiice, la presbytie devient extrême, et dans la vieillesse l'hypermétrope sans verre n'est plus vraiment clairvoyant. — Quel service a donc été rendu par M. Donders, dont l'admirable sagacité nous a dévoilé sous toutes ses faces l'hypermétropie, aussi fréquente au moins que la myopie, et donnant encore lieu chaque jour aux erreurs les plus grossières et les plus funestes I

L'œil hypermétrope qui voit bien au loin avec le verre convexe 20 doit être désigné par la formule — moins un vingtième; ce signe indique que cet œil diffère de l'œil normal parle défaut d'une

MALADIES DES YEUX

force réfringente = y^. Le sujet doit arriver à porter constamment le verre convexe n" 20, s'il veut échapper aux inconvénients de son infirmité. Mais, surtout s'il a de l'hypermétropie latente, c'est-à-dire s'il est encore très-jeune, il n'atteindra à ce numéro que graduellement, car l'habitude de contracter le muscle ciliaire pourrait lui imposer une grande fatigue s'il passait au vrai numéro d'emblée. Il portera d'abord 36, 30 et 2Zi, et ne réussira que peu h peu à relâcher son accommodation. — Il faut beaucoup de patience et un grand tact pour conduire l'hypermétrope à son exact numéro.

III. — La MYOPIE est l'inverse de l'hypermétropie. C'est l'œil trop fort, trop réfringent parce qu'il est trop long, l'œil dont la rétine est en arrière des rayons parallèles. Le vice physiologique du myope se résume en ceci, que l'infini et l'horizon lui sont comme interdits. Un sujet de myopie même moyenne, dépourvu jusqu'ici de verre, n'a jamais vu nettement un paysage. — Aussi, ce qui n'a pas lieu pour l'hypermétrope, le premier mot du malade vous met sur la voie : « Je ne vois pas au loin », ou « Je ne vois au loin que confusément. » Le diagnostic est posé dès qu'un verre concave fait mieux voir au loin. Quant au degré exact de la myopie, il se mesure par le verre concave le plus faible qui rend distinct un objet éloigné. — Un sujet voit très-bien au loin avec le verre concave | : nous disons qu'il a une myopie -|- |, c'est-à-dire que son œil diffère de l'œil normal par l'excès d'une force réfringentes |. Ce verre, ainsi que l'indique la figure 175, donne aux rayons parallèles la divergence qui leur permet de faire foyer sur la rétine, car l'œil myope est celui qui ne peut réunir à la tache jaune que des rayons divergents. — Le numéro du verre indique en pouces le POINT LE PLUS ÉLOIGNÉ DE LA VISION DISTINCTE daus le champ limité de l'accommodation du myope. Donc il suffît, pour mesurer approximativement la myopie, de voir à quelle distance la plus éloignée le suje peut lire les plus fins caractères. Le point le plus éloigné du sujet que nous avons pris comme exemple est 8 pouces, puisque les rayons émis à cette distance ont précisément la divergence imprimée aux rayons parallèles par le verre concave

Pourquoi dit-on le verre concave le plus faible avec lequel le myope voit au loin? C'est pour éloigner le surcroît que peut donner

Page 1