MYOPIE
l'accommodation. Pour un motif analogue l'hypermétropie se mesure par le verre concave le plus fort qui permet de voir au loin, et, chez les sujets jeunes, il faut se prémunir contre l'erreur qui tendrait, grâce à l'accommodation en jeu, à admettre une myopie plus forte que celle qui existe réellement, comme on est exposé à ne constater qu'une hypermétropie trop faible.
Nous avons montré quelle est l'infirmité de l'œil hypermétrope : le myope est-il préférable? A cet égard, il faut distinguer la myopie faible de la myopie forte. La myopie très-faible (inférieure à 5^5, par exemple), tout en ne permettant du lointain qu'une perception incomplète, offre de sérieux avantages, et tels qu'on peut dire que c'est l'œil désirable, de préférence à l'emmétrope luimême, pour les personnes dont la vie doit être consacrée aux travaux délicats et minutieux. Son avantage est d'épargner au sujet, pour la plus grande partie de sa vie, les ennuis et les exigences de la presbytie. — L'expression du grand Haller: «Je l'ai vu avec mes excellents yeux de myope », est vraie aussi sous certaines réserves. Le myope voit souvent de près mieux que les autres personnes, et voit à une lumière qui pour d'autres est insuffisante : c'est que le petit objet, par cela qu'il est plus rapproché de l'œil, donne des images plus grandes, et la pupille du myope, toujours dilatée, reçoit plus de lumière. — Et pourtant, dès que la myopie dépasse les degrés moyens, non-seulement l'appareil optique est fâcheusement construit, mais c'est de plus un organe malade, et il n'est pour
Fig. 175. CORRBCTION ET MESURE DE LK MYOPIE PAR LE VERRE CONCAVE. — Le VCfre
biconcave placé devant l'œil de ce myope imprime aux rayons parallèles l'exacte divergence qui leur permet de faire foyer sur la rétine, car l'œil myope ne peut réunir au pôle postérieur que dos rayons divergents. — Le foyer du verre est le point où aboutissent les lignes ponctués, c'est-à-dire où se rencontreraient les rayons divergents derrière le verre. Ce point est justement celui où le myope peut lire sans lunettes, puisque de là partent des rayons ayant la divergence que le verre imprime aux rayons parallèles.
Fig. 173.
MALADIES DES YEUX
ainsi dire caiicun de ces excellents yeux de myope (1) qui ne présente une diminution notable dans l'acuité de la vision. La myopie un peu forte, disons-nous, est une maladie. Bien qu'en effet elle soit comme innée et dépende de l'hérédité, elle ne se prononce qu'après la première enfance, et l'allongement du diamètre antéro-postérieur du globe est surtout dû h une distension, une ectasie de la membrane fibreuse vers son pôle postérieur, accompagnée d'un amincissement et d'une atrophie des membranes vasculaires: c'est le stdphylôme postérieiir que l'on trouve à des degrés variables dans tous les yeux myopes, et cela presque sans exception. Mais si la myopie est très-forte, supérieure à |-, par exemple, et que le sujet soit, par obligation ou par ignorance, condamné à des travaux soutenus et minutieux, il est exposé à devenir la proie d'une des plus tristes affections de l'appareil de la vision, la myopie progressive^ conduisant aux derniers dégâts de la choroïdite, au décollement de la rétine, et finalement à la cécité absolue.
Une des promesses de l'hygiène de l'avenir est de prévenir pour les générations futures un mal qu'une culture intelligente peut éteindre ou limiter. Mais bornons-nous en ce moment à l'individu lui-même, et voyons la façon dont il faut diriger les sujets myopes. Voilà un œil qui pèche par excès de réfraction : il semble qu'il va suffire de neutraliser cet excès de réfraction, chose si facile par le verre concave approprié, pour en faire un œil normal. Cela est vrai pour certains sujets. Si une myopie modérée (de | à ^) dans un œil sain est reconnue de bonne heure, et qu'on fasse constamment porter le verre correspondant, le sujet peut jouir de tous les avantages de la vue emmétrope, et éviter les dangers de la myopie progressive. A l'âge ordinaire de la presbytie, le verre concave sera légèrement diminué et servira souvent ainsi pour la vue à distance, car dans ces conditions la myopie peut légèrement diminuer avec l'âge. Pourquoi les myopies fortes ne peuvent-elles jouir du même bienfait ? C'est surtout à cause de la diminution de l'acuité visuelle: si à un myope
on faisait porter constamment le verre concave n" 4, comme il a toujours un degré plus ou moins prononcé d'amblyopie, pour augmenter les images il chercherait instinctivement à rapprocher les objets, et conséquemment a forcer l'accommodation exagérée parla convergence; ce serait le moyen le plus sûr d'augmenter la myopie