‹ Pratique journaliere de la chirurgieChapitre 118 sur 125 · TRAVAUX DE M. DUGHENNE (DE BOULOGNE · texte numérisé non relu

TRAVAUX DE M. DUGHENNE (DE BOULOGNE

biologique que par la contraction simultanée et associée du deltoïde et du grand dentelé. Si l'un des muscles associés fait défaut, il naît une défoimation caractéristique de la lésion. Ainsi, en appliquant les rhéophores et sur le deltoïde et sur le dentelé, on produit le mouvement naturel. L'interrogation par l'électricité de tous les systèmes musculaires est d'accord avec cette grande loi, qui se vérifie d'autre part par l'étude des déformations.

La rigueur de la méthode fondée par M. Duclienne et contrôlant l'application localisée de la puissance électrique par les faits cliniques et l'étude des paralysies partielles, éclata surtout dans son analyse des mouvements de la main. Jamais conclusions plus imprévues, et pourtant plus incontestables et plus fécondes en pratique, ne couronnèrent les efforts d'un physiologiste. — Parmi les muscles moteurs des doigts, les uns sontàl'avant-bras, extenseur commun, extenseurs propres de l'index et du petit doigt, fléchisseurs sublime et profond ; les autres sont à la main, muscles interosseux. Si l'on excite les extenseurs, on est surpris de voir qu'ils n'agissent guère que sur la troisième phalange, la phalange métacarpienne : les deux dernières phalanges commencent en effet à s'étendre, puis les troisièmes sur les métacarpiens ; mais dès que le poignet luimême se redresse , les deux dernières phalanges se crispent pour ainsi dire, et la main prend la figure d'une griffe. Aussi, quand on électrise l'extenseur avec la précaution de redresser au préalable le poignet, jamais on n'arrive à voir s'étendre les deux dernières phalanges qui obéissent àl'action toniquedes fléchisseurs. On se demande dès lors : Quel peut donc être l'agent de l'extension des deux dernières phalanges? — Un contraste inverse s'observe pour les fléchisseurs siégeant à l'avant-bras : le fléchisseur sublime fléchit la deuxième phalange sur la première, le profond fléchit les deux dernières phalanges, mais la flexion de la première phalange sur le métacarpien ne se produit efficacement par aucun d'eux, et elle est nulle quand la main est tenue dans un haut degré de flexion. Ainsi , de ce côté, les vrais fléchisseurs de la première phalange font presque défaut, comme du côté dorsal de l'avant-bras font défaut les extenseurs des deux dernières. — Eh bien, cette lacune est comblée par les muscles propres de la main ; l'électrisation des interosseux, outre un écartement ou un rapprochement du doigt, produit : 1° l'extension

TUMEURS BLANCHES, PIED BOT

des deux dernières phalanges sur la première; 2" la flexion de la première sur le métacarpien. Par conséquent, le système des muscles interosseux, auxquels il faut joindre les petits lombricaux, rétablit l'équilibre entre les actions antagonistes des extenseurs et fléchisseurs siégeant à l'avant-bras. Certes, l'anatomie pure n'aurait jamais conduit à soupçonner que les interosseux ne pouvaient étendre les deux dernières phalanges sans fléchir les premières. C'est une nécessité pourtant qui découle du fonctionnement habituel des doigts. Voyez l'homme qui écrit, qui dessine, qui coud même: au moment oîi les deux dernières phalanges se fléchissent , la première s'étend, et c'est le mouvement auquel les maîtres d'écriture habituent les enfants dans les premiers exercices de la tenue de la plume. Les faits morbides répondent à ces données : il est une paralysie spéciale oii l'extenseur commun est seul pris, la paralysie saturnine : M. Duchenne a démontré que dans ces cas l'électrisation des interosseux redresse énergiquement les deux dernières phalanges. Aussi l'atrophie ou la paralysie des muscles interosseux amène des déformations considérables de .la main. Car le système de ces petits muscles est le modérateur tonique de l'extenseur commun pour les premières phalanges, des fléchisseurs sublime et profond pour les deux dernières , et c'est le plus frappant exemple de ces associations, de ces synergies musculaires qui président partout aux mouvements normaux. Il y a partout pour chaque mouvement physiologique, quelque limité qu'il soit, le concert de plusieurs ressorts; si l'un d'eux se casse ou se détend, la déformation apparaît dans l'attitude statique et plus encore dans l'action. Dès que les muscles interosseux commencent à s'atrophier, les phalanges se dévient: les premières s'étendent, les deux dernières se crispent, et la main prend de plus en plus la forme d'une griffe. C'est ce que les chirurgiens ont appris à bien connaître de M. Duchenne à la suite des lésions du nerf cubital , et ce n'est pas seulement comme diagnostic que cette découverte est importante, c'est aussi pour éviter des opérations désastreuses ; car la cicatrice située alors à la face palmaire de l'avant-bras, et tenant plus ou moins aux tendons, est accusée d'être la cause de la flexion des deux dernières phalanges, et l'idée de la ténotomie en ce lieu se peut présenter et s'est présentée en effet, au grand détriment du malade. Au contraire, l'élec-

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