MOUVEMENTS DU PIED
Irisation curative réussit h restituer. Ce qu'une section maladroite et ignorante supprime à jamais.
L'histoire du pied bot, plus que toute îilfÇre, s'est transformée par les travaux de M. Duchenne, et l'on ne saurait faire le premier pas dans le diagnostic et le traitement de cette difformité qu'après avoir oublié toutes les notions anciennes, et s'être pénétré du mécanisme du pied, tel qu'il ressort de la série des découvertes de l'éminent observateur. Le sujet est un peu difficile et exige l'attention du lecteur, mais il en sera récompensé par l'importance, la précision et l'imprévu des résultats.
D'après une règle dont nous avons, par les exemples de l'épaule et de la main, entrevu la généralité, l'extension pas plus que la flexion du pied sur la jambe ne s'opère à l'aide d'un seul muscle : il faut l'association de plusieurs muscles qui, se corrigeant l'un par l'autre, arrivent à l'effet commun. Ainsi l'extension du pied est confiée : 1° aux jumeaux-soléaire; 2° au grand péronier latéral. Leur contraction synergique produit l'extension directe ; au contraire leur contraction individuelle , tout en étendant partiellement le pied , cause une attitude vicieuse qui est précisément celle de certains pieds bots, car le triceps du mollet (jumeaux-soléaire) est extenseur-adducteur, le grand péronier extenseur-abducteur. De même la flexion s'accomplit par la synergie du jambier antérieur et de l'extenseur commun des orteils , mais le premier est fléchisseur-adducteur , l'autre fléchisseur-abducteur. Enfin, pour les mouvements latéraux, le pied se trouve en équilibre entre le court péronier latéral (abducteur), et le jambier postérieur (adducteur).
Prenons chacun de ces six muscles à part. — Si l'on électrise le triceps sural, on voit s'étendre avec force l'arrière-pied et lè bord externe de l'avant-pied, car le calcanéum fait mouvoir l'astragale dans sa mortaise et entraîne avec lui le cuboïde et les deux derniers métatarsiens unis par le puissant ligament calcanéo-cuboïdien inférieur. Mais aucun lien pareil n'existe du calcanéum aux os internes du tarse, et l'on peut dire que le triceps sural est à peu près impuissant sur la partie interne de l'avant-pied. Lorsque l'extension est produite, si la contraction se continue, le pied se renverse par un double mouvement : la pointe du pied est portée en dedans, et la plante du pied devient interne. Cela dépend du glissement
TUMEUllS BLANCHES, Pllil) liOT.
du calcanéura sur l'astragale en raison de l'obliquité des surfaces articulaires calcanéo-astragaliennes, ainsi que Delpech l'a le premier démontré.
Si on localise l'excitation électrique dans le long péronier latéral, on voit le talon antérieur, ou saillie plantaire du gros métatarsien, s'abaisser avec force et se porter en dehors,— d'oii une sorte de torsion de la partie interne de l'avant-pied qui rend obliques les plis naturellement transversaux de la plante du pied ; — en même temps l'excavation plantaire se creuse d'une façon inaccoutumée, la pointe du pied se porte en dehors, découvrant la partie antérieure de la malléole interne, et, comme le bord interne du pied est abaissé et enroulé, la plante regarde légèrement en dehors. L'extension du pied ne devient manifeste par l'action du long péronier latéral que tout à fait à la fin et reste faible ; mais quelle puissance ce muscle ne doit-il pas développer dans l'abaissement du bord interne du pied et de la saillie sous-métatarsienne , puisque c'est grâce à lui que tout le poids du corps se trouve soutenu par cette saillie à un moment donné de la marche et du saut. Toutes les grandes actions du pied se résument en une sorte de balancement entre le talon et la saillie métatarsienne nommée justement talon antérieur : le grand péronier latéral est le muscle du talon antérieur , comme le triceps sural est celui du talon proprement dit ; la force développée au bout du tendon d'Achille pour étendre l'astragale, le grand péronier latéral doit la développer pour abaisser le bord interne du pied.
Lorsqu'on vient à exciter le muscle jambier antérieur, après avoir placé le pied dans l'extension, on constate les phénomènes suivants : Le bord interne du pied s'élève et se porte en dedans par une course précisément inverse de celle qu'imprimerait le long péronier latéral. Ce mouvement, qui se passe surtout entre le scaphoïde et l'astragale, tend à effacer, àcombler^ l'excavation plantaire; puis la flexion en masse du pied se produit avec une grande force en même temps que l'adduction se prononce et que la plante du pied regarde en dedans. L'extenseur commun des orteils, excité, produit aussi, mais faiblement, la flexion du pied ; au contraire, son abduction est trèspuissante, et, quand les deux fléchisseurs du pied (jambier antérieur et extenseur commun des orteils) agissent ensemble avec une force
PIED UOT.
égale, le pied se porte en abduction : et c'est en effet cette attitude qu'affecte le pied dans la marche au moment où il quitte le sol pour se porter en avant.
Les mouvements de latéralité exercés par les quatre muscles dont il vient d'être question sont inséparables de l'extension ou de la flexion. Au contraire, le court péronier latéral et le jambier postérieur sont purement abducteur et adducteur ; dans la station debout, ils fixent le pied et préviennent son renversement, rôle considérable et tutelle incessante contre les entorses et les fractures. Les deux articulation s 'sous-astragaliennes et médio-tarsiennes sont le siège exclusif des mouvements de latéralité.
Depuis les travaux de M. Duchenne (de Boulogne) , justice est faite des classifications classiques du pied bot. Les attitudes vicieuses qui peuvent défigurer le pied sont innombrables : elles sont à la merci de tous les degrés de faiblesse , de paralysie , d'atrophie , de contracture dont peuvent souffrir les muscles de la jambe, et, pour les six muscles, la combinaison de tous ces éléments est indéfinie. Pour la commodité du langage, il est bon de conserver les quatre types :
Le varus, inclinaison et renversement du pied en dedans;
Le valgus, inclinaison et renversement en dehors.
L'équin , attitude du pied dans l'extension forcée , comme si le membre ne pouvait porter que sur les orteils.
Enfin le talus, inverse de l'équin, dans lequel le pied, en flexion forcée, semble ne pouvoir toucher le sol que par le talon.
Delà découlent les expressions composées : varus équin, valgus talus, etc., qui ne fourniraient qu'une notion vague et souvent erronée, si la rigueur des notions physiologiques actuelles n'était venue, grâce à M. Duchenne, nous apporter, à la place- de ces termes surannés, la réalité elle-même.
Tâchons de bien établir les règles de la conduite du chirurgien dans les trois cas principaux de la pratique ordinaire :
L Un nouveau-né, ou au moins un enfant à la mamelle vous est présenté avec un varus équin par exemple, de beaucoup' la forme la plus commune du pied bot congénital.-
La difformité du varas équin est analysée dans ses détails les plus minutieux. Quel est l'angle de l'avant-pied avec l'axe normal du pied? Le degré d'élévation du talon, de rotation du calcanéum en dedans , autour de son axe antéro-postérieur , son pivotement sur l'axe vertical? Quelle est l'étendue de la subluxation médio-tarsienne? La nouvelle forme du scaphoïde, de transversal devenu antéro-postérieur dans son grand diamètre? La saillie et comme la dénudation de la tête astragalienne plus ou moins déformée , l'entraînement du cuboïde et des os voisins, le déplacement enfin se propageant môme à l'articulation tibio-tarsienne dans les cas extrêmes? Pour ce qui est de l'état des muscles, vous trouverez les uns rétractés et raccourcis, les autres allongés et affaiblis; mais, et c'est la condition dominante du pied bot congénital, ils sont, quelle qu'en soit l'atrophie, toujours vivants, excitables parle courant électrique, et capables d'être plus ou moins ressuscités par l'électrisation. On ne peut douter pourtant que le pied bot ne soit le résultat d'une affection cérébrale du fœtus : à sa suite, les muscles d'une jambe sont frappés de paralysie; la réparation inégalement rapide qui se produit, l'attitude du membre, certaines localisations privilégiées font que certains groupes de muscles — ce sont plus souvent les extenseurs — se contracturent, entraînant et allongeant les antagonistes.
II. Les choses changent bien si c'est un. jeune enfant qui vous est présenté, chez lequel la déformation du pied s'est produite après la naissance. Il s'agit alors d'une affection incurable, et l'antagoniste du muscle qui tire de son côté est affecté, non de faiblesse ou de paralysie partielle, mais d'une désorganisation absolue, d'une ad'ophie graisseuse; il n'est plus excitable, il ne vit plus dynamiquement, il n'existe plus pour nous. C'est qu'ici le point de départ de la lésion n'est pas au cerveau, mais à la moelle : les nerfs vaso-moteurs sont interrompus, la nutrition a cessé et ne saurait être rappelée par aucun moyen. Alors l'infirmité est incurable et irréparable. Mieux vaut, dit M. Duchenne, un membre privé de tous ses muscles que celui qui en a perdu un ou deux, car ceux qui restent conspirent à entretenir la déviation, et l'on peut être obligé, pour faire porter un appareil utile, de couper les tendons des muscles sains.