BOUTON SYPHILITIQUE INITIAL
toujours ulcéré, cette ulcération est souvent légère : une squame d'abord, puis une croûte cache l'ulcération, c'est-à-dire la surface dépouillée d'épiderrae, et, après très-peu de temps, dans un grand nombre de cas, le caractère ulcéreux n'est plus signalé que par l'aspect vernissé de la surface. Le bouton d'invasion de la syphilis est très-ordinairement une simple érosion phis ou moins dure. On a pris pour type le chancre induré, chez l'homme, de la base du gland et du reflet du prépuce, oii le caractère chancreux et induré est souvent très-prononcé; c'est une affaire de région, et les choses apparaissent toutes différentes à la lèvre, par exemple, où l'on a si souvent pris le bouton syphilitique pour une tumeur cancéreuse.
Pourquoi, du reste, donnera la première apparition delà syphilis un nom spécial? Ce bouton, c'est le premier des accidents secondaires, distinct parmi ceux-là parce qu'il est le premier, qu'il siège au point contaminé, et qu'il devient le foyer d'une propagation spécifique dont l'adénopathie voisine est le témoignage. Mais il est, comme ceux qui vont suivre, un accident secondaire, car il est le produit d'une incubation, et, de lui aux accidents secondaires proprement dits, à la roséole qui va couvrir le ventre et la poitrine, la chaîne n'est pas interrompue, et les quatre semaines qui les séparent ne sont pas silencieuses. C'est d'abord la confirmation du bouton ; il s'étend, s'agrandit, s'ulcère ; les ganglions se prennent du huitième au douzième jour; bientôt un malaise inconnu se déclare, en lequel domine la faiblesse, et souvent un peu de fièvre; puis la céphalée, les douleurs rhumatoïdes voisines des articulations, l'alopécie même, — et enfin la roséole, qui, plusieurs jours avant son apparition, est comme en puissance, car un excès de table, un bain chaud, un bain de vapeur, un brusque changement de température peut en provoquer la manifestation précoce.
En donnant au bouton syphilitique son vrai nom, c'est-à-dire, celui de premier des accidents secondaires, il n'y a plus à discuter maintenant sur cette question : Les accidents secondaires sont-ils contagieux? On doit répondre : Il n'y a de contagieux que les accidents SECONDAIRES, ct ccla mcmc dans un sens plus absolu que ne le comporte cette phrase; car, par contact direct, il n'y a d'infectant que les accidents secondaires, et, d'une autre part, l'infection par le sang aussi bien]que l'infection héréditaire ne peut se produire que
SYPHILIS
si le sujet qui donne est en puissance de vérole secondaire. La syphilis tertiaire n'est contagieuse ni par contact ni par génération.
Pour celui qui reçoit, la condition de la contagion est une effraction quelconque du tégument. La seule barrière contre la vérole, c'est l'épiderrae, l'épiderme intact. La condition pour celui qui donne est une certaine humidité de l'accident secondaire. Il suffit, pour inoculer la vérole, d'un contact même passager, même intermédiaire entre une petite plaie d'une part et la moindre parcelle du liquide sécrété par un accident syphilitique secondaire. La contagion par les organes génitaux reste toujours la source ordinaire, mais nous apprécions maintenant une foule d'autres origines. Après les organes génitaux, c'est la bouche qui sert le plus souvent de départ et d'arrivée à la syphilis. C'est que la muqueuse buccale, en tousses points, est le siège de prédilection des éruptions secondaires, des plaques muqueuses, et que, par le baiser, le contact des ustensiles de ménage, verres, cuillers, par la lactation du nourrisson à la nourrice, par certaines pratiques professionnelles, comme celles des verriers si bien étudiées à Lyon, rien n'est plus commun que le contact buccal. La propagation par la bouche du nourrisson, par celle du verrier, a cela de cruel que la maladie est ignorée et qu'elle se propage souvent à une foule de personnes, enfants, mari, voisins, prenant les caractères d'une forte épidémie. De la même manière ont éclaté dans des familles, dans des localités tout entières, des épidémies de syphiUs communiquées par la vaccine.
L'accident initial se dénote par son aspect, sa forme, sa saillie, sa couleur, son développement ; par son accompagnement obligé, l'adénite au point ganglionnaire correspondant. Cette adénite, dont Ricord nous a montré toute l'importance, il l'a mal signalée. Envisageant celle qui émane des organes génitaux, il disait : adénite multiple, indolente, bi-inguinale. — Non, elle n'est souvent dans les deux aines qu'à cause du siège du chancre induré sur la ligne médiane, affectant le frein. Elle est souvent multiple à l'aine, à cause de la position des ganglions ; elle est fréquemment, mais non toujours indolente, et la gêne notable qu'elle cause sous la mâchoire, dans l'accident labial, est quelquefois le symptôme qui porte le malade îi consulter. Le témoignage de l'adénite infectieuse est supérieur à tous les signes qui peuvent éclairer le praticien. 11 n'y a pas d'accident
CHANCRE MTXTE.
initial sans retentissement ganglionnaire, au moins si l'on attend la fin de la semaine, et le ganglion reste là pour indiquer l'entrée du poison, à l'aine, sous la mâchoire, au-dessus de l'cpitrochlée, à l'aisselle, môme quand la cicatrice de l'érosion du début est à peine visible.
L'induration si évidente dans la plaque comme cartilagineuse qui entoure la base du prépuce, est un caractère à peine appréciable en d'autres régions. Sans doute, l'homme habitué reconnaît à la lèvre inférieure, aux parties externes de la femme, au mamelon, la résistance élastique propre à l'accident initial, mais ce n'est pas là une induration, et le diagnostic ne peut s'établir sur une pareille sensation.
Le bouton syphilitique est généralement unique, solitaire. Gela tient à la loi posée par M. Ricord, qu'on n'a qu'une fois la vérole, et que le sujet infecté est réfractaire à une nouvelle infection ; — loi singulièrement exagérée, car on ne compte plus les faits de syphilis doublée, et, chez un sujet en pleine diathèse, l'inoculation du chancre induré, pour ne parler que de celle-là, ou bien reste négative — c'estl'ordinaire, — ou produit, après l'incubation normale, une papule ulcérée ou non qui avorte bientôt, ou enfin donne un véritable chancre induré type, accompagné ou non d'adénopathie, suivi ou non d'accidents secondaires. La loi de Ricord, dépouillée de son caractère absolu, demeure pourtant très-générale et décèle bien la profondeur de l'empoisonnement syphilitique : elle explique l'unité habituelle du bouton initial. Mais dans un quart ou un cinquième des cas, les chancres indurés sont multiples, et nous sommes ainsi amené au chancre mixte.
Le chancre mixte est la coexistence, sur la même papule, du chancre simple ou chancre mou, du vrai chancre, avec ce qu'on nomme le chancre induré : deux virus absolument dissemblables par leur origine, leur marche, leurs conséquences, ont été puisés au même instant et à la même source, de la même façon qu'une lancette chargée de vaccin et souillée de sang syphilitique donne à la fois la vaccine et la syphilis. Il peut se faire aussi que le chancre mixte soit né à deux époques différentes. L'observation a encore démontré que le chancre mou d'un sujet syphilitique peut donner un chancre mixte. Dans la pratique, un sujet vous montre des chancres multiples qui paraissent simples, les ganglions sont
SYPHILIS
normaux; puis, au quinzième, -vingtième jour, les boutons paraissent, durcissent, l'adénopathie se manifeste et l'infection se décèle. On voit là une cause commune d'hésitation et d'erreur pour le pronostic et le traitement, et, ce qui est plus grave, un encouragement à une doctrine erronée, à la confusion des deux virus. Ainsi, disent justement certains observateurs, j'ai vu des chancres qui ont infecté se montrer sans incubation, s'indurer très-tard, etc. ; mais de plus, pendant vingt à vingt-cinq jours, le médecin a sous les yeux des chancres simples, l'induration peut lui échapper, et il proclame justement qu'il a vu des chancres simples multiples, suivis de syphilis constitutionnelle. Quelquefois vous ne reconnaîtrez la nature mixte d'un chancre que consécutivement : un chancre que vous avez baptisé du nom d'induré partons ses caractères, mais qui suppure plus abondamment que de coutume, se voit tout d'un coup entouré d'un semis de petits chancres ; c'est la preuve qu'il s'agissait d'un chancre mixte. Dans cette affection singulière, chacun des deux virus obéit à son impulsion spéciale.
Le siège de l'accident syphilitique initial influe notablement sur sa physionomie. Le chancre induré, type, du reflet balano-préputial, donnerait une idée très-erronée des caractères ordinaires qu'on observe en d'autres régions : la femme en est un exemple. On dit que le chancre induré est rare chez elle. Qu'est-ce à dire, sinon qu'on cherche des caractères exagérés? A Lourcine, les femmes infectées nous arrivent avec deux groupes symétriques de plaques muqueuses sur les scrotums et les nymphes, et la pléiade inguinale ganghonnaire. Parmi ces plaques, ou toutes ont le môme aspect, ou, si l'infection est plus récente, on reconnaît parmi elles une ou plusieurs qui, plus dures, plus saillantes, ont dû servir de porte d'entrée au poison. Chez la femme que nous pouvons suivre jour par jour, la syphilis, après son incubation ordinaire, commence par une plaque papuleuse, tuberculeuse, érodée; chez l'homme, sur le prépuce cutané, le fourreau de la verge, pareille chose peut être observée, et en quelques jours l'accident primitivement observé passe à l'état connu de plaque muqueuse : vous voyez cela chez les jeunes gens roux, très-blonds et lymphatiques, à chairs féminines. Le cachet le plus spécial du chancre induré, réserve faite de l'expression, est attaché h ceux du visage, de la joue, du front, du sourcil.