‹ Pratique journaliere de la chirurgieChapitre 14 sur 125 · LUXATIONS Y)V POUCE · texte numérisé non relu

LUXATIONS Y)V POUCE

Elles sont le type des luxations qu'on observe aux doigts et môme aux orteils.

Il y a les luxations proprement dites du pouce, entre le pouce et son métacarpien, et les luxations de la phalange du pouce : les premières un peu plus fréquentes ; toutes deux repoussant le pouce ou sa phalange sur la région dorsale et survenant à la suite d'une chute sur le pouce étendu. Elles se présentent l'une et l'autre sous deux aspects : 1° l'extrémité luxée à angle droit sur le dos du métacarpien ou de la phalange ; 2° ou bien, au contraire, courbée parallèlement à l'os abandonné. La première position est celle de l'accident récent ; la seconde résulte des tentatives infructueuses de réduction.

La difficulté extrême de la réduction, tel est, en effet, le caractère commun des luxations du pouce, et il est peu de chirurgiens qui ne soient, comme on dit, demeurés en affront devant elles.

C'est ù ce point de vue surtout que je tiens à envisager ensemble la luxation du pouce et celle de sa phalange ; car la cause qui fixe le déplacement doit être, avec des nuances, la même dans les deux régions.

Parmi les causes invoquées, queUes sont celles dont il est encore question ?

1° La brièveté de la partie luxée et le peu de prise qu'elle laisse aux manœuvres,

2° L'étranglement de la tête métacarpienne dans la boutonnière du court fléchisseur.

3» Le changement de direction des ligaments latéraux.

/("L'engagement duligament antérieur entre les surfaces à réduire.

Laissons les deux premières causes. Les instruments de préhension imaginés par Charrière et plusieurs de nos fabricants nous ont offert une précieuse ressource, mais sans toucher au principal obstacle.

Quant à la boutonnière musculaire, le chloroforme, pousséjusqu'à résolution, aurait dû en avoir justice, et il n'en est rien. De plus, cette boutonnière n'existe qu'à l'articulation supérieure.

FRACTUllES ET LUXATIONS.

Or, je répète qu'il est impossible que le mécanisme des difficultés de réduction soit différent dans ces deux luxations. Et il faut se retourner du côté des ligaments latéraux ou antérieur des deux jointures métacarpo-phalangienne et interphalangienne du pouce, dont la structure, on le sait, est identique. C'est de part et d'autre une tête aplatie latéralement, oblongue d'avant en arrière, et répondant à une cavité glénoïde oblongue au contraire dans le sens transversal. Cette inégalité entre la tête et la cavité est comblée par le ligament antérieur ; épais et résistant comme un cartilage, en avant il reçoit le tendon fléchisseur, en arrière il se moule sur la tête, en bas il adhère au bord antérieur de la petite cavité glénoïde, en haut il tient lâchement à l'os supérieur, et enfin reçoit sur ses côtés les ligaments latéraux. On voit sur les figures empruntées à l'excellent mémoire de M. Jarjavay [Archives^ 18/19) les deux faisceaux de ces ligaments latéraux ; l'un gagne les bords du ligament antérieur, l'autre va à l'os inférieur. Sur la pièce que M. Jarjavay a fait représenter et qui a trait à une luxation phalangienne du pouce, l'obstacle à la réduction dépend de la torsion du faisceau inférieur des ligaments latéraux. Il est probable que cette torsion joue aussi son rôle dans les luxations proprement dites du pouce, et aussi l'engagement du ligament antérieur détaché du métacarpien et qui suit la phalange.

Je crois donc que nous pouvons certainement accuser l'appareil ligamenteux des articulations du pouce de produire l'irréductibilité trop commune de leurs déplacements. Mais nous sommes cependant assez peu fixés à cet égard pour qu'il soit impossible de préciser, par exemple, en quel point devrait porter une ténotomie pour lever l'obstacle. Heureusement, on peut recommander une méthode de réduction comme très-supérieure aux autres : c'est celle qui consiste à repousser directement en avant la base de la phalange déplacée, en même temps qu'on la renverse en arrière, exagérant ainsi l'effet de la luxation. La pince de Charrière peut être utilisée pour cette manœuvre, au lieu de servir, comme on le fait trop souvent, à la détestable méthode des tractions. J'ai eu le bonheur de toujours réussir ainsi. On joint au double mouvement qui, d'une part, renverse la phalange, et de l'autre repousse en avant sa base, quelques manœuvres de rotation et d'inclinaison auxquelles il semble quelquefois qu'on doive surtout la réduction (fig. 29 et .'iO).

LUXATIONS DU POUCR.

La luxation de la phalange du pouce est d'habitude moins difficile à réduire que celle du pouce entier ; mais elle a le fâcheux privilège (le pouvoir s'accompagner de plaie. La plaie siège à la face palmaire, ordinairement transversale. Si l'on arrive dans les premiers moments, la réduction, suivie du pansement par occlusion et d'un petit bandage amidonné, prévient tout accident. L'ankylose est la conséquence ordinaire, mais non forcée, de cette complication. Les choses sont bien moins simples, si l'on est mandé plus de vingtquatre heures après la blessure. La réduction est chanceuse ; il faut néanmoins toujours la tenter , même après plusieurs jours, et par des moyens doux ; mais attendez-vous à des accidents. Si vous ne pouvez réduire et que des abcès soient imminents, ne réséquez ni n'amputez ; occupez-vous de conjurer les symptômes inflammatoires.

Au pied on ne voit guère de luxation de phalange; mais la luxa-

Fig. 29.

Fig. ,30.

l'^HACTUHES F/r LUXATIONS.

lion du gros orteil s'observe quelquefois, avec les mêmes caractères qu'à la main et les mômes difficultés pour le traitement. C'est la luxation du gros orteil qui se complique de plaie. M. Laugier, qui a bien étudié ce point de pratique et signalé les dangers de cet accident, les prévient par une incision en dehors du métatarsien. Gela répond à une loi très-générale et très-vraie posée par M. Laugier pour les abcès qui surviennent à la suite des déplacements étendus des os fracturés ou luxés: C'est du côté opposé au déplacement qu'il faut les prévoir, c'est-à-dire au lieu abandonné par les parties déplacées et à l'espèce de vide qu'elles ont laissé.

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