LUXATIONS DU (X)UDE
II. — Parmi les luxations latérales, la plus étrange et peut-être la moins rare est la LuxA'noN complète en deucbs. Dans ce déplacement, la cavité sigmoïde embrasse le bord externe de l'humérus, an-dessus de l'épicondyle ou au niveau de cette apophyse. Le radius est porté en avant et sa tûte s'applique contre la face antérieure de l'humérus. Aussi l'attitude du blessé est caractéristique : Ce n'est pas seulement la pronation ordinaire, mais une torsion , un renversement tel, que la face postérieure de l'avant-bras devient externe, l'antérieure interne ; l'avant-bras est comme placé de champ. On devine les signes fournis par la saillie en dedans de l'humérus, en dehors du cubitus et du radius.
Pour la réduction, le délogement des deux os de l'avant-bras se fera surtout en joignant aux manœuvres ordinaires une supination forcée. On trouvera une excellente histoire de cette luxation dans la llièse de M. Denucé (8 avril 1854) : à cette époque, l'auteur en poU' vait citer et comparer neuf cas.
Laluxation incomplète en dehors se caractérise par ceci ciuel'échancrure sigmoïde, au lieu d'embrasser la trochlée, embrasse le condyle huméral. Dans la luxation incomplète en dedans, le radius s'applique à la trochlée. Mais delà première de ces luxations on ne connaît que deux pièces anatomiques ; de la deuxième, trois ou quatre faits. On s'étonne de l'inépuisable complaisance des auteurs de pathologie, qui se croient forcés de bâtir là-dessus leur édifice bien complet.
III. — Malgré l'autorité d'Hippocrate, on professait, à la suite d'un doute de J. L. Petit, que la llxation en avant de l'avant-bras est impossible sans fracture de l'olécrftne. Quand, en 1835, parut une thèse de M. Colson, qui démontra cette luxation d'une façon incontestable, et depuis, une dizaine d'exemples en ont été cités, si bien qu'au contraire la luxation du coude en avant est certainement moins rare sans fracture qu'avec fracture de l'olécrâne. On n'a jamais été arrêté par le diagnostic d'une pareille lésion, malgré sa rareté. Il suflit d'en connaître la possibilité. Mais pour avoir une idée de son allure habituelle, il faut lire les observations qui en ont été rapportées et qui forment deux groupes : 1" l'olécrâne arrêté sur la trochlée ; 2" l'olécrâne chevauchant en avant. Certainement, dans toute l'his-
FHACTUMES ET Ll'XATIDNS.
lûirc des luxations, il n'e.visle pas de déplacement plus extraordinaire que celui-là, et plus incompréhensible dans son mécanisme. — Pourtant l'explication à laquelle on semble s'arrêter de nos jours paraît fort plausible et cadre bien avec le récit de plusieurs blessés : — La luxation en avant serait toujours précédée d'une luxation en arrière. L'avant-bras, une fois désarçonné, serait violemment chassé en bas et en avant. La situation des parties dans la luxation complète en dehors viendrait à l'appui de cette théorie ; — nul doute en effet que cette luxation complète externe ne soit une luxation postérieure au moment de sa production, et rappelez-vous que, quand elle est accomplie, le radius est en avant et le cubitus tout près de l'être, puisqu'il embrasse le bord externe de l'humérus par son échancrure sigmoïde.