LUXATIONS DU RADIUS
Elles ont Heu en avant, — en arrière, — en dehors.
Les phases par lesquelles ont passé nos idées sur les luxations du radius doivent être rappelées. L'Académie de chirurgie trouva installée l'opinion de Duverney : «La luxation du radius n'existe pas, » dit-il, c'est une élongation, c'est-à-dire que l'os s'éloigne de deux » ou trois lignes de l'humérus, suivant sa longueur. »
De cette donnée vague et, si on la fouille, peu compn'hensible, l'Académie de chirurgie devait être conduite à la négation absolue de tout déplacement du radius. Aussi un chirurgien d'Étampes en ayant communiqué un cas, la Société envoie Louis et Sabatier pour le vérifier, •— et il le fut, — et alors les faits se succèdent.
Mais jusqu'au traité de Boyer on ne l'apporte que des luxations en arrière, et Boyer n'admet que celles-là. Arrive alors la poussée des luxations en avant, et de nos jours on les regarde comme beaucoup plus fréquentes. Pour en tcnnincr, A. Cooper donioniro cette étonnante luxation en dehors, et enfin les travaux de M. Goy-
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rand tendraient à nous ramener aux idées .de Duverney sur les subliixations des jeunes enfants. Commençons par celles-ci.
I. — Ces accidents surviennent dans l'action de retenir par la main un enfant menacé de tomber, ou dans celle de le soulever par l'avant-bras pour lui faire franchir un obstacle. Dans ce cas, outre la traction, il se produit un mouvement forcé de pronation ou de supination, car l'enfant roule en avant ou en arrière autour de son avant-bras fixé. De plus, les muscles jouent leur rôle comme toujours.
Le petit blessé se présente à vous avec l'avant-bras fléchi à angle droit, en pronation forcée. Les parents ou la bonne ont entendu un craquement^ qui leur fait dire que le bras doit ôtre cassé, forcé, déboîté. Sent-on le déplacement? Non, pas réellement. Quoiqu'il en soit , on réduit et l'on fait cesser inimédiatement la douleur en tirant le membre et refoulant en arrière la tête radiale, et l'on efface ainsi une certaine saillie vague que l'on percevait en avant. Quelquefois la réduction se l'ait d'elle-même, après un petit claquement ; quelquefois aussi le déplacement se reproduit également de luimôme ; enfin, dans quelques cas, on a noté, en môme temps que les accidents du coude, une douleur vive du poignet, et môme un peu de gonflement dans les environs de la jointure radio-cubitale inférieure.
Quelle est la nature de ce singulier traumatisme? On a parh' d'accrochement de la tubérosité bicipitale sur le bord externe du cubitus par un effet forcé de pronation. Aussi incompréhensible que l'élongation de Duverney, qui conserve encore des partisans. Personnellement, mais sans avoir d'autopsie à rapporter, je suis certain qu'il s'agit d'un déplacement du ligament annulaire qui se laisse pincer entre la cupule et le condyle. Je pense qu'on trouvera une présomption de cette opinion dans l'observation suivante.
Une jeune fille âgée de seize ans se présente cette année à Beaujon, le 29 janvier. Pour la septième fois, elle vient, dit sa mère, de se démettre le coude, cette fois en attachant son tablier. Son premier accident date de l'âge de quatre ans : à cette é[)oqiie, elle se fit imo, inxation du radius en avant qui ne put être réduite. Mais elle
FKACTUUES ET LUXATIONS.
recouvra l'usage du membre, sauf qu'il lui fut impossible de fléchir au delà de l'angle droit. — Quoi qu'il en soit, elle s'offre à nous avec le membre absolument fixe, et, mal renseigné sur ses antécédents, nous croyons simplement à une luxation du radius en avant à l'état de récidive. — Le chloroforme étant administré, dès les premières manœuvres nous entendons un claquement, et dès lors l'extension, la pronation, la supination, deviennent faciles, d'absolument impossibles qu'elles étaient. La mère, qui est près du lit et fort habituée à ces accidents, nous dit que c'est réduit. — Et cependant la tête radiale se sent encore luxée en avant, et, dès qu'on veut fléchir au delà de l'angle droit, vient choquer contre l'humérus. C'est alors que la mère nous éclaire sur les précédents. A dater du premier accident, l'enfant a toujours été privée de la flexion complète, mais elle se servait de ce membre comme de l'autre. Seulement, à propos d'un mouvement inattentif ou un peu forcé, elle se déboîtait, et alors le bras ne pouvait plus bouger en aucun sens. — Or, qu'avions-nous fait dans la réduction que nous venions d'opérer? Aucune réduction proprement dite, puisque les os avaient les mômes rapports qu'auparavant. Évidemment nous avions remis en place une portion ligamenteuse, et l'on ne peut songer qu'au ligament annulaire.
La subluxation radiale des petits enfants est une affection pour laquelle nous sommes très-souvent consultés. Dès quele petit blessé vous est présenté avec son membre immobile, en pronation forcée, et douloureux au moindre mouvement, vous le faites déshabiller, puis empoignant le bras avec force, vous tirez vigoureusement le bas de l'avant-bras et le remettez de force en supination. Une bande roulée est appliquée, puis dans la saignée une petite attelle de carton mouillé et couverte d'ouate, et enfin de nouveaux tours de bande pour fixer le tôut. — Tout cela dure trois minutes, et l'enfant ne se plaint plus ; — vous faites lever l'appareil le sixième jour. On réussit constamment ainsi.
II. — yVla suite des mômes causes, traction ou chutes, les enfants, et quelquefois les grandes personnes, présentent la vraie luxation du radius en avant. Ici nous sommes bien fixés sur la nature de la lésion. Il y a plusieurs autopsies oii les deux ligaments externe et
LUXATlOiNS DU IJAUiUS.
aiiuulaii'O sont rompus ; mais plus souvent encore, et cela ressort de la concordance de cinq dissections, le ligament externe seul est déchiré, l'annulaire intact embrasse le col radial (fig. !i8).
Le bras est demi-fléchi, en demi-pronation ou en pronation exagérée. La flexion ne saurait aller au delà de l'angle droit; car alors la tète radiale rencontre la face antérieure de l'iiiiraérus, et donne, à ce contact, un choc caractéristique. Tumeur en avant, qui est la tête du radius ; dépression en arrière, où l'on devine à nu le condyle huméral. Le côté radial de l'avant-bras est raccourci, ce qui porte la main et l'avant-bras en abduction. Cette attitude est pathognomonique du déplacement. On peut sentir la cupule à nu, — eUe est en
l'ig. /is.
Fig. /i8. Luxation du kauius kn avant. — La position nouvelle prise p;ir la tôle radiale ra perlé en dedans, en avant et un peu en haut. On voit que si l'avant-bras est fléchi, la collerette postérieure de la cuuulo glisse et frotte sur le condyle et la partie voisine de la trochlée. Mais quand la llexion va approcher de l'angle droit, cette cupule va choquer l'humérusau-dessus de sa surface cartilagineuse eti'on nepourra aller plus loin. Ce choc et cette fixité dans la seconde moitié de la llexion sont palhognomoniqnes. Vous voyez conirne la tète du radius s'est éloignée de l'épicondylc, et la rupture du ligament externe paraît obligée. On comprend très-bien iiussi, par la vue du dessin, que le ligament annulaire doit être le plus souvent intact, une fois détaché de sa dépendance humérale, qui est le ligament externe du coude.
RICHARII.
FRACTURES ET LUXATIONS
effet sous la peau, — au défaut des deux grosses masses charnues du haut de l'avant-bras, soulevant les vaisseaux; et bien que, sans doute, il existe plusieurs degrés de déplacement, on peut dire que la tête du radius est portée en avant, en dedans et en haut.
La luxation du radius en avant est un accident fâcheux, parce qu'il a été très-fréquemment méconnu, qu'il est quelquefois difficile à ' réduire, et qu'enfin il est sujet à se reproduire.
Heureusement, ces luxations non réduites peuvent, si le membre est exercé, laisser revenir l'intégrité presque absolue des fonctions. C'est un privilège des luxations radiales, fort rare dans l'histoire des déplacements articulaires, et dont on signale un grand nombre d'exemples. Enfin, dans plus de la moitié des cas, la réduction est facile. Les manœuvres propres à l'obtenir se peuvent résumer ainsi : supination et pression directe ; si la récidive est à craindre, l'immobilisation et la compression.
IIL — Depuis le premier fait de luxation du radius en arrière, couronne par l'Académie de chirurgie, il s'en est offert un très-petit nombre ; ordinairement chez des enfants qu'on soulève, ou à la suite d'une chute sur la main. On n'a qu'une seule pièce d'A. Cooper: le ligament annulaire était déchiré. Même position que dans le déplacement en avant; pronation et demi-flexion. En avant, enfoncement sous la corde tendue du biceps; en arrière, tous les détails de la cupule très-faciles à apprécier.
Même pronostic ; mêmes manœuvres pour la réduction: supination, traction et pression en arrière. Mêmes difficultés de réduction, souvent plus grandes ; mêmes récidives. Pour éviter la récidive, comment tenir le membre? DmisV extension.