IDENTITÉ DU PUS ET DU PLASMA
et séreuses, sous l'influence d'une insignifiante irritation. Les globules purulents ne changent rien au fond du liquide dans lequel, en petite ou grande quantité, ils sont comme un accident. Ils représentent un organisme naissant, troublé, hâté. Il est tout naturel qu'ils aient été donnés comme l'expression la plus accentuée de cette activité exagérée du double mouvement nutritif qu'on a décorée du nom ^inflammation !
Il n'importe. Un abhue sépare les plaies ouvertes à l'extérieur des plaies sous-cutanées. Dans celles-ci le mouvement de formation nutritive fait tous les frais. Voyez une luxation de l'épaule : le désordre est énorme ; la capsule est déchirée, des muscles et des portions osseuses arrachées. Et pourtant, après réduction, la réparation marche si vite, que souvent, après quelques jours, le malade accomplit sans douleur les fonctions presque régidièrcs du membre blessé.
Au contraire, dans la moindre plaie extérieure, la réparation est tout d'abord étouffée par le mouvement nutritif inverse. Il faut que toute la surface cruentée disparaisse. Le contact de l'air l'a condamnée, et aussi une nouvelle couche doit se former plus ou moins semblable au derme, sur laquelle l'épithélium se puisse installer, puisque la guérison d'une plaie est la production de l'épiderme à sa surface. La plaie, comme on dit, se déterge. Pendant cinq ou six jours elle est sale, ternie, fétide, jusqu'au moment où se montrent les bourgeons charnus, et qu'ait disparu la couche cruentée, moitié par résorption, moitié par gangrène. Le plasma est incessamment souiUé par les petits îlots sphacéliques qui se détachent. C'est la période oîi existe la grande malignité de la plaie, et où éclatent ces accidents terribles qui mettent en question la vie des blessés : car une absorption exagérée s'opère au contact de produits putrides et de ferments empoisonnés.
Enfin, les bourgeons charnus paraissent, et l'observation de tous les temps les a salués comme la fin du péril et le début de la guérison. Leur aspect granuleux est tout naturel ; il vient peindre pour ainsi dire le système capillaire sous-jacent qui a été mis à nu et disséqué par la détersion du foyer, c'est-à-dire par la séparation de la couche exposée à l'air. Chaque anse ou groupement vascnlaire a été le siège dominant de la production plastique d'où
PLAIES ET ABCÈS
résulte la couche nouvelle que couvrira bientôt l'épiderme. Chaque saillie \'asculaire est aussi devenue le foyer de vaisseaux nouveaux incessamment voilés par des stratifications plastiques nouvelles.
Le pus est donc avant tout un liquide réparateur. Rapprochez les bords de cette plaie baignée de suppuration, et la réunion immédiate va s'en effectuer comme si elle était récente. C'est ce qu'on nomme réunion immédiate secondaire. C'est la vraie réunion chirurgicale ; c'est elle que Tart doit rechercher le plus souvent. Dans la majorité des cas, croyant à une adhésion immédiate de la plaie, le chirurgien n'obtient qu'une réunion immédiate secondaire, que l'agglutination de faces et de bords suppurants. Dans les amputations, dans les extirpations de tumeurs, dans toutes les grandes opérations sanglantes, la règle doit être ce mode de guérison des plaies. Le neuvième jour accompli commence la période qui lui est le plus propice, la couche dermique nouvelle est alors bien constituée, et tout le travail d'expulsion terminé. Mais comme dès le principe le plasma baigne la plaie, la réunion peut être à la rigueur obtenue à toutes les périodes. Seulement, elle est forcément incomplète, chanceuse et dangereuse du troisième au septième jour, car les bords, en s'unissant, emprisonnent les détritus putrides et sphacéliques qui souillent la surface traumatique exposée.
On se fait souvent une idée fausse de la malignité du pus, parce que l'on confond avec lui le liquide toxique des premiers jours. Un homme est amputé vers le tiers inférieur de l'avant-bras ou de la jambe. Dans les premiers jours, un gonflement considérable peut envahir le membre, des symptômes graves éclatent et des débridements étendus deviennent indispensables. On parle d'inflammation (!) résultant de la vaste plaie et de la suppuration qui l'envahit. Le pus en lui-même est étranger à toute cette scène. Mais le plasma est souillé d'éléments putrides qui filtrent mécaniquement dans les espaces intermusculaires et sollicitent le travail d'expulsion si marqué dans le phlegmon difi'us, par exemple. Plus tard, de nouveaux abcès peuvent survenir, étrangers encore à la suppuration elle-même et en rapport avec les eschares des tendons ou des os. — Évitons de mettre sur le compte du pus proprement dit les nombreuses substances dont il est comme le support ordinaire,