‹ Pratique journaliere de la chirurgieChapitre 4 sur 125 · COMPARAISON DE LA PLAIE ET DE L'ABCÈS · texte numérisé non relu

COMPARAISON DE LA PLAIE ET DE L'ABCÈS

poison des plaies récentes exposées, virus de toute nature, corps étrangers, etc.

Le travail de I'abcès aigu est identique avec celui de la plaie suppurante. Opposée à une plaie sous-cutanée, une plaie extérieure ne suppure que parce que toute sa surface doit être expulsée, et la suppuration cesse si, comme dans la réunion immédiate, soit primitive, soit secondaire très-précoce, la couche cruentée peut être conservée. De même, dans un abcès aigu le pus ne s'est formé que parce que le foyer de cet abcès renfermait quelque corps qui devait être chassé au dehors. L'existence du pus décèle toujours un corps étranger, souvent une eschare. Dans le cloii, l'anthrax, les abcès des doigts et de la paume de la main, l'eschare est une portion du derme et du tissu cellulaire sous-culané. Dans certains abcès de la mamelle, du testicule , de la parotide , des glandes sudoripares, c'est une partie limitée des tubes glandulaires ; ici, abcès strumeux, ce peut être une masse tuberculeuse des ganglions lymphatiques ; d'autres fois, une nécrose d'un os ou d'un tendon; là un amas de sang dont la résorption ne peut s'effectuer. Car le corps étranger est souvent liquide. Vous ne pouvez le voir et son existence n'en est pas moins évidente. C'est ainsi que les vaisseaux et les ganglions lymphatiques ne se prennent jamais de suppuration qu'après avoir transporté un liquide toxique puisé sur un point contaminé du réseau superficiel du derme. Dans le phlegmon diffus, le travail de suppuration n'est que la conséquence de la gangrène du tissu cellulaire. Et à suivre la propagation de cette gangrène qui irradie d'un foyer, nul doute qu'elle n'accompagne la migration d'un liquide toxique. Ce liquide, vous ne le voyez pas, vous le suivez au contraire dans l'infiltration d'urine, dont la marche est celle du phlegmon diffus. Ces deux exemples vous montrent qu'il suffit que le sphacèle soit en puissance. Chassez le corps étranger visible ou invisible par les grandes incisions du phlegmon diffus et de l'infiltration d'urine, vous suspendez le sphacèle et la suppuration.

La suppuration commence donc toujours autour soit d'un corps étranger, soit d'un point de l'organisme où la vie est éteinte ou menacée. Le corps étranger peut ù la rigueur être résorbé et le pus lui-

PLAIES ET ABCÈS

même disparaître. C'est ce qu'on voit d'une façon évidente dans certains bubons môme spécifiques, c'est-à-dire dans lesquels le liquide virulent, le virus cliancreux a été charrié par les lymphatiques et s'est arrêté aux ganglions. La vie peut reparaître dans certaines parties oh le sphacèle imminent a pu être conjuré ; que le pus se résorb i ou se fasse jour au dehors , rien n'est expulsé. C'est ce qu'on voit dans plusieurs affections osseuses, et ainsi on tend à penser que dans ces cas qui semblent exceptionnels la règle encore de la production du pus a été un travail avorté d'expulsion.

Tel est donc le foyer, le centre oîi débute la suppuration. Autour de ce point, le premier phénomène est l'exsudation du plasma, bientôt chargé de globules purulents. En même temps, l'activité du double mouvement nutritif s'exagère comme à la surface de la plaie. L'organisation plus ou moins complète d'une couche nouvelle autour du foyer purulent s'accompagne d'une résorption qui s'exerce dans tous les sens. Comme la plupart des foyers sont entre les téguments et l'aponévrose d'enveloppe, celle-ci résiste à la résorption en sa qualité de tissu fibreux et peu vasculaire , et le derme cède le premier. Mais si l'abcès est sous-aponévrotique dans un membre, ou profond dans une grande cavité splanchnique, il peut se déverser loin des téguments.

Le pus peut s'agglomérer en foyer partout. Faire du tissu cellulaire le siège des abcès est un non-sens, et je pense que justice est présentement faite du phlegmon, simple création de l'esprit.

Le foyer de la plaie découverte et celui de l'abcès aigu se sont organisés de la même manière. Aussi leur faut-il le même temps à peu près pour être l'un et l'autre détergés et à maturité. Les choses vont pourtant un peu plus vite pour l'abcès ; pour lui l'exagération du double mouvement nutritif légitime le mot d'inflammation, à la condition qu'on ne voie dans cette expression, dont on a tant abusé, que l'excès accidentel d'une activité normale.

La guérison de l'abcès et de la plaie s'opère de même façon. La règle est toujours la réunion immédiate secondaire. L'abcès s'ouvre ou est ouvert, et les parois s'agglutinent. Car l'intrus chassé, le plasma ou le pus reprend toute sa force réparatrice.

Beaucoup plus rarement la guérison s'effectue par deuxième intention et l'extension graduelle et concentrique de l'épiderme.

iNOTRE AGTIOiN SUR LES PLAIES.

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Abcès et plaies se confondent souvent en pratique. Voici un amputé. Si le pus s'amasse à la partie supérieure des lambeaux trop tôt fermés par en bas, est-ce une plaie, est-ce un abcès? Il en est de môme dans les fractures compliquées de division des téguments, pour le foyer purulent qui baigne les fragments osseux.

C'est à propos de chaque abcès en particulier qu'on doit établir la nécessité d'ouvrir ou d'attendre, le genre d'incision à pratiquer, petite, grande, simple, multiple, les procautions pour éviter le croupissement du pus... —

Mais pour les plaies, certaines règles générales veulent être posées.

A la face, les plaies doivent être réunies par première intention. Celle-ci est également indispensable à la suite de toutes les opérations autoplastiques.

En dehors de cela, la réunion des plaies doit être une rare exception. Elle ne doit se proposer que d'ajuster et de soutenir les lambeaux.

Elle ne doit jamais être que partielle, et aux limites de la ligne de réunion on doit établir des trajets, soit parla cautérisation, soit par l'introduction de mèches ou de tubes.

Toute réunion immédiate même partielle ajoute un danger à la plaie.

Môme dans la recherche de la réunion immédiate primitive, le chirurgien doit surtout compter sur la réunion immédiate secondaire.

Il n'est qu'un bon mode pour affronter les bords et les faces d'une plaie, c'est la suture, et la suture h l'aide des fils suffit dans tous les cas.

Multipliez les fils, et vous pourrez les employer très-fins, et par conséquent innocents sur les tissus. Si les fils peuvent être enlevés de bonne heure, et le plus tôt est le meilleur, à la face par exemple, où quarante-huit heures suffisent, les fils de lin sont indiqués. Les fils métalliques conviennent si le séjour des sutures peut et doit être prolongé.

L'action que nous pouvons avoir sur les plaies est, en vertu de deux tendances extrômesetinverses,niée par lesuns, exaltée outre mesure

PLAIES ET ABCÈS

par les autres. La giiérison d'une plaie est un phénomène naturel, et la plupart des plaies guérissent en dépit de tout ; cependant l'art a une puissance énorme sur leur direction. Un homme porte une plaie à la jambe ; celle-ci s'éternise depuis des mois, des années peut-être, et on l'appelle même pour cela un ulcère de la jambe. Exigez le repos, élevez le membre, baignez-le et couvrez-le de cataplasmes, puis terminez par un pansement bien simple avec de l'eau chlorurée ou phéniquée : en cinq ou six semaines cette plaie sera guérie. Autre exemple : Un abcès s'est ouvert au pourtour de l'anus ; la plaie qui en résulte ne se ferme pas et persistera sans doute indéfiniment. Incisez le trajet jusqu'à l'intestin, et avant un mois la guérison est obtenue.

Ces exemples prouvent que certaines circonstances s'opposent à la cicatrisation des plaies^ laquelle survient au contraire si vous savez écarter ces conditions défavorables. Notre puissance est ici incontestable ; elle se montre chaque jour encore, sans parler des moyens généraux, dans l'action des topiques sur les plaies granuleuses: une cautérisation légère avec l'azotate argentique, l'emploi judicieux du styrax, de l'onguent de mère, des bandelettes de diachylon, transforment une plaie jusque-là languissante.

Mais c'est surtout dans les premiers jours d'une plaie étendue, jusqu'au neuvième environ, que la conduite du chirurgien a de l'importance. C'est le moment des grands accidents ; suivant ce qui est fait, on tue ou l'on sauve.

L'exposition de la plaie est la condition de ces dangers. S'il est un pansement capable de faire que la plaie soit aussi peu exposée que possible, il est le meilleur. Eh bien, ce pansement existe. C'est celui que M. Chassâignac a institué sous le nom de pansement par OCCLUSION. M. Chassâignac, un des rares hommes parmi nous dont le nom restera, a souvent un peu forcé ce qu'il a touché en chirurgie ; pour le pansement par occlusion, il n'a pu rien exagérer, et les règles qu'il en a posées sont absolument parfaites. Après bien des années déjà d'expérience, je puis affirmer que dans tous les cas oii l'on se croit forcé d'employer la ressource si chanceuse des irrigations d'eau froide, broiement et écrasement des extrémités, par exemple, le succès du pansement de M. Chassâignac est toujours certain. Que le pied, quelamain aient une por-

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