MUQUEUSE URÉTHRALE
Chez les sujets nerveux, on remettra h une deuxième ou troisième séance pour pénétrer jusque dans la vessie. Il faut une lenteur telle, que le trajet du méat au col doit prendre au moins deux minutes. Déûez-vous de la syncope, si le sujet est debout, et cette position est de beaucoup préférable. Faites porter immédiatement un suspensoir. Invitez le malade à garder le repos ce jour-là, à éviter toute sortie dans la soirée. Le surlendemain vous complétez l'exploration, et déjà la sensibilité de l'urèthre est fort émoussée ; elle devient presque nulle à la troisième ou quatrième séance.
Au moment oii nous dirigeons pour la première fois une bougie dans l'urèthre, jetez un coup d'œil sur la muqueuse. Vous la voyez représentée ici d'après les planches (fig. 97) qui terminent le mémoire de M. Jarjavay. Cette figure ne vous montre que la paroi supérieure ou plafond de l'urèthre, parce que c'est sur cette paroi que les bougies peuvent buter. C'est là une chose fort commune, à laquelle on est d'autant plus exposé, que la bougie est plus fine. Pour éviter cet obstacle, dont le plus fréquent est à une distance de 2 à ZI centimètres du méat, il faut, ou bien essayer de longer la paroi inférieure, à l'exclusion de la supérieure, ce qui n'est pas toujours aisé, car c'est le, canal, et non le chirurgien, qui dirige les boude valvules. Au-dessous, commence le raphé médian, qui est comme l'empreinte Je la cloison des corps caverneux à laquelle tient le corps spongieux. Aussi ce raphé disparaît avec l'accolement de l'urèthre aux corps caverneux. Vous voyez sur le ra|)hô se succéder les unes au-dessous des autres les lacunes de Morgagni: leur goulot élargi, qui peutarrèter le bec des bougies, regarde du côté du méat; leur fond présente des pcrtuis de glandules, (oraminula de Morgagni. Ces foraminula se voient aussi en grand nombre sur les deux sillons latéraux qui viennent se perdre en arrière avec le raphé médian à l'endroit où cesse la portion pénienne de l'urèthre. En elTct, dans ce tiers postérieur de la région spongieuse, les plis et les rides qu'on apercevait à peine jusque-là forment une sorte de lacis. Ces légères saillies entrelacées favorisent les lésions que les bougies peuvent produire en cet endroit. 11 faut ajouter que là aussi la muqueuse n'a pas la même résistance qu'en avant. Derrière le bulbe, commence la portion musculo-prostatique de l'urèthre. Les nombreux pertuis que vous apercevez sont ceux des glandes de Litlre. Ils forment une fente très-apparente. Au contraire, les orifices prostatiques, groupés plus en arrière, sont arrondis et difficiles à discerner. C'est donc derrière le gland que les bougies butent le plus facilement contre les valvules de la muqueuse, mais cela peut avoir lieu dans les 7 ou 8 premiers centimètres du canal. Cet arrêt des bougies est chose fort commune et déroule les praticiens non exercés. En dirigeant, quand on peut, le bec de la bougie vers la paroi inférieure, on lève la difficulté, ou bien on coude légèrement l'extrémité de l'instrument, ou enfin on introduit une deuxième bougie le long de la première. Sans que des dispositions anatomiques particulières en donnent la raison, il y a, lors des premières introductions de bougies, trois points plus spécialement sensibles qu'il faut connaître et désigner au malade, la fosse naviculairc, le point qui correspond aux bourses, et le col. Avant de franchir ce dernier, vous avertissez le malade ([u'il va ressentir un impérieux besoin d'uriner et comme l'imminence de la miction, sensation qui se dissipe promptement.
CllIRUllGlE DES VOIES UlILNAlUES.
gies ; ou bien couder le l^out de la bougie ; ou bien, celle-ci étant arrêtée, en conduire le long d'elle une autre, qui, trouvant la mauvaise place occupée, passe alors librement.
La DILATATION est le traitement par excellence des rétrécissements blennorrhagiques. Sur ce mot de dilatation, gardez de vous faire une idée fausse du mode d'action des bougies: elles agissent très-peu mécaniquement, et leur effet est surtout dynamique. A voir agir certains médecins, ils doivent être sous l'influence de cette pensée brutale, que le rétrécissement cède comme pressé par des coins de plus en plus volumineux. Qu'ils réfléchissent à ce qu'ils peuvent chaque jour constater: un malade urine à peine ou même pas du tout; une bougie fine est introduite quelques secondes, et suffît pour rendre l'excrétion, sinon naturelle, du moins suffisante; ou même la bougie n'a pu franchir l'obstacle, mais, soutenue quelque temps contre lui, elle rétablit la perméabilité du canal ; ou bien encore, abandonnez quelques heures dans l'urèthre ce petit cylindre de gomme ou de cire, il a traversé péniblement les endroits rétrécis : bientôt il joue librement dans l'urèthre, et d'autant plus librement, qu'il y séjourne davantage. Gomment se continue son action, quand il ne peut plus presser? C'est que la difficulté d'uriner n'est jamais purement mécanique. Un élément musculaire joue le rôle principal, et c'est sur le muscle qu'agit le contact du corps étranger, ici comme dans une foule d'autres régions, par exemple à l'utérus, où le phénomène est mieux apprécié.
Pour avoir toute sa portée thérapeutique, cette réaction du corps étranger sur les parois resserrées du canal a besoin d'être exempte de toute violence et de durer peu de temps. Ce n'est pas seulement pour éviter au malade la douleur, la fièvre et d'autres accidents, qu'il faut user d'une excessive douceur dans l'introduction des bougies, mais aussi pour obtenir de l'opération tout le résultat qu'elle comporte. Sans cela, vous croyez faire un grand pas, et vous reculez du double. Et pour la durée du séjour de la bougie, dès que le malade se plaint, vous avez déjà dépassé la limite.
Il y a deux dilatations : la dilatalion temporaire^ qui se pratique tous les jours-ou tous les deux jours, et dure, à chaque séance, quelques secondes ou au maximum deux ou trois minutes, et la dilata-
UÉTllliCISSEMENTS.
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lion permanente, qui, parce qu'on y est contraint, laisse une bougie ou plus souvent une sonde à demeure dans la vessie. Avec la première, on marche lentement, mais d'une façon soutenue et défini- I tive. La seconde redonne en quelques jours au canal un calibre considérable, mais, sitôt cessée, elle laisse reparaître le rétrécissement. Et tel est le contraste entre ces deux méthodes, que, pour maintenir et fixer l'effet de la dilatation permanente, vous n'y parvenez qu'en recourant à la dilatation temporaire.
Qu'un sujet pris de tous les symptômes d'un rétrécissement de la courbure, à la suite d'une ou plusieurs blennorrhagies, vienne s'offrir pour la première fois à une main douce, habile et exercée, c'est alors que triomphe la dilatation temporaire. Une bougie de gomme à bout olivaire, introduite une minute tous les deux jours, et dont on augmente bien graduellement le calibre, rétablit en un mois l'élasticité de l'urèthre, et, dans un grand nombre de cas, bien plus grand qu'on ne le pense généralement, la guérison est radicale sans le secours obligé de nouvelles introductions. Malheureusement, ce n'est pas ainsi que vous arrivent la plupart des malades. Ils ont passé par toutes les mains ; un ou plusieurs rétrécissements siègent à la portion pénienne, résultats, ceux-là, de manœuvres violentes, et le rétrécissement primitif de la courbure est devenu, pour les mêmes motifs, dur, fibreux, impatient de dilatation.
Tous ces cas aggravés étaient, il y a peu d'années encore, un défi jeté à la chirurgie. L'uRÉTHROTOMiE en a fait justice. Elle est le seul moyen de guérir les rétrécissements péniens, et pour les rétrécissements durs et anciens de la courbure, elle est l'adjuvant toujours utile, souvent indispensable, de la dilatation temporaire. Moyen rapide, elle sauve chaque jour la vie des malades que mine la fièvre uréthrale, et pour lesquels les procédés qui veulent du temps sont interdits. A tous ces titres, pratiquée à propos et avec prudence, elle est un des grands bienfaits de la chirurgie contemporaine.
C'est de nos jours, en effet, qu'après bien des tâtonnements, on vit apparaître un instrument simple et sûr, merveilleusement adapté à son but, et qui mit la nouvelle méthode dans la main de tous les praticiens soigneux. Cet instrument, c'est l'uréthrotome de M. Maisonneuve, et il est la plus heureuse inspiration de cet opérateur éminent. 11 a installé l'uréthrolomie, comme trente ans auparavant
llliTRÉGISSEiMEXTS. — URliTlIllOïOME DE MAISONNEUVE. 2Zil
l'instrument d'Heurtcloup sauvait la lilhotritic , menacée de s'éteindre dans ses premiers essais.
L'uRÉTHROTOME DE M. Maisonneuve sc compose : 1° D'une bougie conductrice: celle-ci est une de nos bougies ordinaires de gomme du plus fin calibre ; son gros bout est armé d'un ajutage métallique foré à l'intérieur en un petit écrou.
2° D'un cathéter mince et assez flexible pour qu'on puisse lui imprimer, séance tenante, la courbure convenable ; cannelé en bas, c'est-à-dire sur sa convexité ; se terminant à son extrémité courbe en une petite vis disposée pour être reçue dans l'écrou de la bougie conductrice.
3" D'une lame terminant un mandrin, l'une et l'autre destinés à glisser dans la cannelure du cathéter.
L'opération s'accomplit par le maniement successif de ces trois pièces : On introduit la bougie dans la vessie ; quand son ajutage affleure le méat, on y visse le cathéter, et l'on pousse celui-ci par la
ment de demi-grandeur. Vous distinguez en haut et à droite les extrémités de deux bougies coudées : elles sont de baleine, l'une des coudures est double de l'autre ; car où l'une résiste, l'autre peut s'engager. La moins coudée offre à son extrémité une toute petite olive, disposition à laquelle il faut tenir pour la bougie de baleine, qui, malgré sa grande élasticité, est une tige rigide et piquante, et ne saurait être maniée par tout le monde. A gauche, les deux bougies tortillées sont de gomme, l'une réellement tortillée, l'autre doublement coudée en forme de baïonnette. Pour tortiller les bougies molles, après les avoir laissées quelque temps dans l'eau^ vous les enroulez vingt-quatre heures autour d'une tige fixe, stylet, bout d'allumette, etc. Le système d'uréthrotomie de Maisonneuve est représenté ici par cinq pièces qui encadrent la figure, l'uréthrotome, la bougie con^ ductrice, la bougie (2) vissée à la bougie conductrice, la sonde percée des deux bouts, enfin la lame grandeur naturelle. Vous voyez la finesse de la bougie tortillée; mais il faut en avoir de plusieurs qualités, plus ou moins fines du bout, plus ou moins résistantes. Le fabricant ne saurait apporter trop de soins dans la façon dont il articule la petite armature de maillechort forée à l'intérieur en écrou. L'uréthrotome est représenté avec le mandrin poi te-lame poussé presque au bout du cathéter cannelé. L'olive terminant en dehors le mandrin, et que tient la main droite du chirurgien, est fort commode. C'est le modèle de M. Robert. Le simple anneau qui sert d'armature extérieure au cathéter l'est beaucoup moins : il faudrait quelque chose de plus pesant et de plus massif pour donner de l'assiette à la main gauche, et par conséquent lui permettre une plus grande légèreté. La lame isolée vous permet de bien voir son sommet mousse et ses deux bords tranchants; la lame en place a rigoureusement une hauteur de G millimètres, comme il est indiqué. Mais ces 6 millimètres doivent être comptés juste dans celte position de la lame ; ils maniuent l'espace étendu depuis son sommet jusqu'à la partie directement opposée du bord concave du cathéter. Vous voyez que la lame chemine sur la convexité du cathéter. M. Maisonneuve préfère maintenant la guider sur la concavité. Pas plus que M. l'iiillips, je n'ai reconnu à cette innovation aucun avantage. Enfin, à droite, est la sondede gomme percée aux deux bouts, qui sera conduite sur la bougie (2) vissée à la bougie conductrice, et restera quarante-huit heures dans la vessie. Son extrémité vésicale ollrc deux yeux latéraux, détail important. Vous avez tout à fait à droite la bougie de gomme à bout olivaire, et, à gauche des cathéters Béniiiuié, la bougie à boule. Comme la matière qui constitue ces bougies est dite fjomrnc, rjoinnw élastique, des gens du monde et môme des
niCUAHD. 16
CIIIUUllGIE DES VOIES UlUNAIRES.
manœuvre ordinaire du cathotérisme, sans s'occuper de la bougie qui lui fraye la voie et finit par se pelotonner dans la vessie. Lu lame, avec son mandrin, est glissée sur la cannelure, et divise le ou les rétrécissements ; une sonde à demeure est placée, et l'opération est ainsi terminée. — Mais tout ceci exige des détails précis et minutieux.
Faire franchir à la bougie les points rétrécis du canal est le commencement obligé de l'uréthrotomie. Ordinairement, nous arrivons d'emblée à ce résultat ; mais souvent cette introduction doit être préparée, et longuement préparée. C'est qu'on a alors affaire aux rétrécissements dits infranchissables, expression qu'il ne faut pas prendre à la lettre, puisque à l'exemple de M. Phillips {Bulletin de thérapeutique^ 1857), nous partons de ce principe, qu'un rétrécissement qui laisse passer l'urine peut et doit être franchi — affaire de temps et de patience. Si la bougie fine conductrice a été arrêtée, on en coude ou l'on en tortille l'extrémité, et souvent alors elle passe avec
médecins la confondent avec le caoutchouc. La gomme est un mélange variable dans lequel l'huile siccative de lin joue le rôle principal. Chaque fabricant a sa composition plus ou moins secrète. Il y a à Paris un grand nombre de fabricants et qui fournissent au monde entier. Les deux fabricants les plus justement connus^ car leurs produits sont d'une grande supériorité, sont Lasserre et Belin. Le premier donne des instruments d'une admirable souplesse ; le second, à côté de produits très-souples, en a d'autres résistants et souvent même un peu trop durs, mais qui sont fort utiles en plusieurs cas. Il faut êlre muni des articles de ces deux fabricants. Je préfère les bougies à bout olivaire de Lasserre, les bougies fines et les sondes à courbure fixe de Belin. La bougie à boule est l'agent par excellence de l'exploration de l'urèthre. La bougie de gomme à bout olivaire est la seule avec laquelle vous devez pratiquer la dilatation temporaire : — creusée en sonde, elle est une des meilleures que vous puissiez employer, pour vider la vessie d'un homme pris accidenlellement de rétention. Les trois cathéters Béniquié représentent les n°* 30, 36 et 42. Le n° 30 de 5 millimètres de diamètre, le 36 de 6 millimètres, le Û2 de 7 millimètres. Je vous engage à bien vous rappeler ces chiffres ; ils remplaceront pour vous les différentes filières qui sont purement de convention, et d'une manière générale, quand vous aurez à exprimer le diamètre d'une bougie ou d'une sonde, exprimez-le en millimètres, et pour les calibres moyens, comparez-les aux cathéters Béniquié. Ceux-ci croissent, vous le savez, d'un sixième de millimètre. Ainsi le n° 31 a un diamètre de 5 millimèlres et un sixième, le n» 39 de 6 millimètres et 3 sixièmes, ou de 6 millimètres et demi. Vous remarquerez que dans le texte, je n'ai pas parlé des diamètres de l'urèthre normal. C'est que nous ne savons rien de précis h cet égard. Ce sujet peut être considéré à deux points de vue: 1" Quelle est la forme et la largeur de l'urèthre en ses différents points? 2° Quel est le degré différent d'élasticité et d'extensibilité des diverses parties de l'urèthre ? Car ces deux choscs-là peuvent être étrangères l'une à l'autre : ainsi l'orifice profond de l'urèthre paraît un des points étroits à la coupe, et il est trcs-extensibie. Pour nous, chirurgiens, ce qui nous importe, c'est d'établir les limites de l'élasticité, et le cathélcrisme nous les fait apprécier. Sauf le méat, toujours hors de cause, nous traversons un urèthre sain, sans rien forcer, avec le cathéter Béniquié du n" /i8, qui a 8 millimètres. Il est sage de ne pas aller au delà. J'arrête d'hai)itudc la dilatation de mes rétrécissements au n" 46 Béniquié.
UÉTUÉCISSEMENTS. — 11. DITS INFRANCHISSABLES. 2^1 3
facilité. La bougie tortillée (fig 98), dont nous devons l'usage h Leroy (d'Etiolles), est un expédient des plus utiles. Elle fait que la pointe de l'instrument, qui vient de se heurter à un obstacle, quel qu'il soit, peut, par un très-léger mouvement de torsion, se dégager pour ainsi dire, et tâter un point du canal où l'obstacle n'existe plus, et oii conséquemment la pointe peut s'engager.
Mais la bougie tortillée a échoué : alors vous commencez avec patience le traitement préparatif. Le malade étant debout, vous tachez d'introduire une bougie fine encore, mais plus résistante, et vous finissez par recourir à la bougie de baleine. Celle-ci, rigide, doit être terminée par une très-petite olive, seule garantie d'une manœuvre scabreuse, pour laquelle vous ne sauriez employer trop de douceur et de légèreté de main. Vous avez d'habitude imprimé un petit coude à la bougie avant son olive terminale. Que ce soit au bout de quelques minutes , de quelques heures, ou d'un plus ou moins grand nombre de séances convenablement espacées, vous êtes enfin dans la vessie avec la tige de baleine ; vous la laissez à demeure quarante-huit heures, le malade couché et urinant le long de la bougie ; au bout de ce temps, la bougie conductrice pénètre aisément, et l'opération s'achève de même.
Du reste, dans les cas ordinaires, il ne suffit pas que la petite bougie ait pénétré pour qu'on soit toujours autorisé à poursuivre ; il faut que cette bougie soit assez peu serrée pour ne vous laisser la crainte d'aucune hésitation dans l'introduction du cathéter. Si vous avez cette crainte, vous fixez la bougie deux ou trois heures, et plus souvent vingt-quatre, et après ce temps l'entrée du cathéter se fait de soi-même. Recommandez au malade d'uriner le long de la bougie sans efforts, en attendant patiemment l'écoulement goutte à goutte de l'urine ; s'il ne réussit pas d'abord, il est sûr d'y arriver au bout de quelques heures, quand le corps étranger devient comme vacillant dans le canal.
Le cathéter doit être poussé lentement et doucement. S'il est arrêté, on le retire, on le dévisse et l'on modifie sa courbure : celle qui convient le mieux est une grande courbure que nous connaîtrons sous le nom de courbure de Gély. On ne doit pas éprouver de résistance pour l'introduction du cathéter. Sentez-vous que, pour avancer, il faudrait forcer même légèrement, il est beaucoup plus sage
2UU CHIRURGIE DES VOIES URINAIRES
de retirer l'instrument et de laisser la bougie à demeure, pour reprendre l'opération le lendemain ou le surlendemain.
La disposition et le mécanisme de la lame ont été combinés par M. Maisonneuve de la façon la plus ingénieuse. La lame est triangulaire, munie vers son dos d'une arête qui la maintient dans la cannelure ; les deux bords du triangle tranchant se réunissent à un sommet, point culminant de la lame, qui, lui, est mousse. De cette manière, si la lame, en cheminant, trouve le canal aussi large qu'elle, le sommet écarte les parois et les protège contre l'action des tranchants ; si elle rencontre un rétrécissement , le tranchant s'y insinue d'abord, le coupe, et le sommet mousse ne peut s'y engager qu'à la suite de la section. Nos fabricants ont tendance à exagérer l'étendue de la portion culminante de la lame qui ne coupe pas. Le sommet seul doit être émoussé; sans cela, la part n'est pas assez faite à la lame tranchante, le but de M. Maisonneuve se trouve dépassé, et la division du rétrécissement s'opère plus par déchirure que par section.
La lame et le bout de son mandrin sont placés dans la cannelure; — avant de les pousser, il faut fixer et tendre le canal, pour éviter que des plis ne soient sectionnés. Pour cela, la verge doit être appliquée sur le cathéter et celui-ci légèrement soulevé vers les corps caverneux, puisque la section a lieu par en bas. Le chirurgien pourrait à la rigueur avec sa main gauche fixer la verge et tenir le cathéter, et de la droite pousser la lame. Il vaut mieux qu'il confie le cathéter à un aide, en lui recommandant de le tenir bien immobile avec un effort de soulèvement vers le pubis et les corps caverneux. Alors le chirurgien, placé à la droite du malade, de sa main gauche embrasse la verge au-dessus du gland, et l'étiré très-doucement sur le. cathéter. Il pousse la lame lentement. Dès qu'il éprouve de la résistance, au lieu de poursuivre en mettant de la force, il presse contre l'obstacle par des mouvements de va-et-vient, par de iietites secousses, car le mandrin porte-lame est faible et se fausserait aisément. On poursuit ainsi jusqu'au bout, et l'on revient à trois ou quatre reprises sur le ouïes rétrécissements, les reprenant en avant et en arrière, et jouant du violon à leur niveau, comme on dit vulgairement.
La lame est retirée, le cathéter dévissé ; la bougie conductrice
RÉTRÉCISSEMENTS. — URÉTHROTOMIE. 2/i5
reste dans l'urèthre, car elle va de nouveau servir de guide, cette fois pour la sonde à demeure. Celle-ci est une sonde de gomme, percée à ses deux bouts, présentant de chaque côté deux grands yeux. On ne peut accorder trop d'attention au choix de ces sondes. Belin est leur meilleur fabricant. On visse à la bougie laissée dans l'urèthre une autre petite bougie (2) qui, introduite dans la sonde, ressort par l'ouverture libre de celle-ci. L'extrémité de la bougie (2) est tenue par un aide, et le chirurgien pousse la sonde ainsi guidée. La bougie double est retirée, l'urine évacuée, le fausset placé dans la sonde, celle-ci fixée, et le malade est laissé bien tranquille dans une demi-obscurité, muni sur le ventre d'un vaste cataplasme de lin qu'on rabat au devant des bourses et du périnée.
La sonde à demeure, laissée vingt-quatre ou plutôt quarante-huit heures, est une annexe capitale de l'uréthrotomie. Elle vous met à l'abri de la rétention de l'urine, empêche le contact de ce liquide sur la plaie, prévient tout déplacement, tout refroidissement de la part de l'opéré, et offre un avantage inappréciable si, contre toute attente, la perte de sang, d'habitude insignifiante, tourne à l'hémorrhagie. Des malades sont morts, à ma connaissance, parce que la sonde était simplement percée du bout, sans offrir sur les côtés deux larges yeux pour la facile sortie de l'urine : un caillot bouche le trou unique, le malade ne peut uriner, il fait des efforts violents d'expulsion, et il pousse dans la plaie le liquide vésical qui cause tous les dégâts de l'infiltration. La sonde doit avoir un calibre moyen, elle doit être souple et flexible. Il faut au préalable avoir fait traverser sa cavité par le système des deux petites bougies vissées bout à bout, pour être assuré qu'il y joue librement; car le calibre de la sonde est souvent fort mal établi près de son orifice terminal, et arrête en cet endroit les armatures métalliques qui forment le volume le plus considérable du petit système de bougies. Le bout de la sonde doit être aminci un peu coniquement et bien émoussé.
Nous nous sommes réservé de parler en dernier lieu du volume de la lame. Nous conseillons aux confrères qui voudront nous suivre de n'employer jamais, et quel que soit le cas, que la lame de 6 millimètres de hauteur, inférieure d'un millimètre à ce que les fabricants nomment la petite lame deMaisonneuve. Pour la mesurer, il faut qu'elle soit en place, et qu'un compas d'épaisseur.
CHIRURGIE DES VOIES URIN AIRES
un podomètre, signale 6 millimètres depuis le sommet mousse de la lame jusqu'au côté opposé du cathéter conducteur. A l'exemple de l'habile et prudent docteur Phillips, dont les conseils et l'assistance m'ont été si souvent utiles, je me suis arrêté à cette petite lame : elle suffit à tout, et il est satisfaisant de savoir à l'avance que, quels que soient le cas qui réclame l'opération, l'âge du sujet, les dimensions du canal, le siège et le nombre des coarctations, on n'emploiera jamais qu'un seul instrument, armé de la même manière. Ce diamètre de 6 millimètres n'est pas choisi au hasard. Il représente le plus petit calibre observable des points les plus étroits de l'urèthre normal, sauf le méat, dont l'étroitesse possible ne peut être précisée. Donc, la lame de 6 millimètres ne mettra pas même en jeu l'élasticité du canal normal. Gomme en cas, il peut être utile d'avoir à sa disposition une très-petite lame, de Zi millimètres, par exemple. Elle sert à faire la voie dans ces rétrécissement très-durs, qu'on prévoit devoir résister plus qu'il ne convient à la lame ordinaire.
Le matin du jour fixé pour l'uréthrotomie, le malade aura provoqué une garderobe à l'aide d'un lavement et fait un repas trèsléger. Pas de chloroforme pour l'opération, à moins que le patient ne l'exige, ce qui est sans inconvénient. La douleur est en effet très-supportable, et les opérés eii sont d'habitude agréablement surpris. Gomme soins consécutifs, repos au lit, silence autour de l'opéré, cataplasmes sur le ventre renouvelés quatre ou cinq fois dans les vingt-quatre heures. Un aide doit être laissé près du patient pour déboucher la sonde toutes les deux ou trois heures, et bien s'assurer qu'elle reste perméable, tout prêt à la déboucher par une injection. Dans un tiers des cas, un frisson survient, suivi d'un accès de fièvre, et ne doit inspirer aucune crainte, bien que naturellement il soit préférable qu'il n'ait pas lieu. Le malade, s'il n'a pas de fièvre, est alimenté presque comme d'habitude ; un peu de café faible ne lui est pas interdit, non plus que le vin mouillé; — coûte que coûte, éviter le refroidissement.
Nous connaissons les deux méthodes par lesquelles on guérit les rétrécissements, la dilatation temporaire et l'uréthrotomie ; il nous faut faire la part de l'une et de l'autre. L'emploi judicieux desbou-
RÉTRÉCISSEMENTS