BOUGIES
tenant connues sous le nom de bougies ou cathéters Béniquié. Ce chirurgien, en effet, ancien élève de l'École polytechnique, consacra par une sorte de rigueur mathématique ces précieux instruments de dilatation dont, depuis Mayor, quelques personnes, notamment M. PhiUips, avaient reconnu l'importance. Béniquié les gradua par des nuances insensibles (1/6* de millimètre), et leur imprima une courbure spéciale, très-favorable à l'introduction, et que l'on voit indiquée dans la figure 98. Ainsi se trouva réalisé un des progrès les plus sérieux de la thérapeutique des voies urinaires. Que l'efficacité des bougies d'étain dépende de leur poids, de leur compression partout égale, douce en môme temps qu'inflexible, de la facilité de leur introduction, de leur graduation si exacte, ou de tout autre motif, toujours est-il qu'avec elles on obtient en une semaine un résultat que les bougies molles feraient bien attendre un mois. Mais, dans leur emploi, il faut obéir à des règles précises : il ne faut pas commencer au-dessous du n" 30, et, à moins de circonstances exceptionnelles, ne pas dépasser le AS. La dernière bougie molle est introduite, laissée deux ou trois minutes, et remplacée par le numéro équivalent des Béniquié. Celui-ci est retiré immédiatement et remplacé par le numéro au-dessus, suivi au besoin par un autre. Le lendemain ou le surlendemain, on introduit de même trois numéros nouveaux. — Toujours simple introduction, sans séjour dans la vessie. A chaque séance, la première bougie introduite est celle par laquelle on a terminé à la séance précédente. Il n'est aucun instrument qui vous .familiarise mieux que ceux-ci avec la douceur et l'élégance du cathétérisme. Une fois la portion mobile de l'urèthre moulée sur le cathéter, celui-ci, placé sur la ligne médiane, traverse la courbure et tombe dans la vessie presque uniquement par son propre poids; il suffit de l'aider d'abord par un léger mouvement d'élévation de la main droite, puis d'appuyer de la main gauche sur l'angle péno-scrotal ; enfin, pour franchir le col, on déprime le dos de la verge au-dessus du gland de cette même main gauche.
Aucun rétrécissement de la courbure ne peilt se passer de la dilatation temporaire. Lorsqu'on a été contraint de pratiquer l'uréthrotomie, au bout de quarante-huit heures la sonde à demeure est retirée; le malade demeure au lit une semaine environ. C'est vers la fin de la deuxième semaine qu'on reprend l'usage dos bougies.
CHIRURGIE DES VOIES URINAIRES
Après quelques bougies molles, on arrive aux cathéters Béniquié. L'uréthrotomie est le traitement unique des rétrécissements péniens : pour ceux de la courbure, il n'est qu'un adjuvant de la dilatation temporaire.
En maniant les gros calibres des bougies Béniquié, on apprend à apprécier les différences du calibre uréthral en ses divers points. L'urèthre a normalement trois dilatations : la fosse naviculaire à la base du gland, l'ampoule ou l'excavation du bulbe, et la portion prostatique du canal. Le point le plus rétréci de l'urèthre, c'est le méat, puis les deux extrémités de l'ampoule bulbaire, c'est-à-dire la partie antérieure de la portion musculeuse et postérieure de la portion spongieuse. Un instrument qui dépasse 6 millimètres de diamètre peut violenter le méat urinaire, quelquefois même avec des dimensions beaucoup moindres, car il y a à cet égard de grandes différences individuelles. Dès qu'on s'aperçoit de cette particularité, il faut inciser le méat, sans quoi on expose le malade à des douleurs et même à des accidents ; et cette minime opération a constitué un progrès réel, dont on est redevable à M. Giviale. Cette incision se fait vers la face inférieure, en faisant pénétrer jusqu'à l'entrée delà fosse naviculaire un bistouri boutonné ou une lame cachée analogue au lithotome ; le débridement se fait en retirant rapidement la lame. Gomme douleur, l'opération est insignifiante ; elle peut être faite dans le cabinet même du chirurgien sans en prévenir le malade. L'écoulement du sang est souvent assez considérable. Le patient doit en être prévenu, et averti que le sang pourra reparaître dans les deux ou trois cathétérismes suivants.
Les rétrécissements traumatiques échappent quelquefois aux moyens simples que nous venons d'exposer. Dans la portion pénienne, l'uréthrotomie leur sera opposée avec un succès plus ou moins durable. Mais au périnée et sous les bourses, quand une portion du canal est convertie en une cicatrice dure, on peut en être réduit à la section externe^ connue depuis longtemps en France sous le nom de boutonnière, et qui a pris de nos jours le nom de M. Syrae, d'Edimbourg. Avant ce chirurgien, en effet, la boutonnière n'était faite que dans les cas de rétention d'urine et comme opération d'urgence. UtiHsant le mot de J. L. Petit: « Tous ceux à qui f ai fait la boutonnière à V occasion de la rétention d'uri?ie ont recouvré la
RÉTRÉCISSEMENTS