PIERRE DANS LA VESSIE. — SIGNES RATIONNELS
Envies fréquentes et impérieuses d'uriner , douleurs à la fin de l'émission, hématuries, exagération des douleurs par la voiture, tels sont les principaux signes rationnels de la pierre; mais ils appartiennent également aux autres affections du col et du réservoir vésical.
Dans plusieurs circonstances pourtant , ils acquièrent une valeur diagnostique considérable. — Qu'un enfant ou un adolescent présente ces symptômes, il devient très-probable qu'il est calculeux. — Un homme, dans la force de l'âge, atteint depuis longtemps de gravelle et convaincu de plusieurs attaques de colique néphrétique, est pris peu à peu d'envies plus fréquentes d'uriner , et ce signe, joint bientôt aux douleurs, s'accentue de jour en jour : il est à croire qu'il a la pierre. Enfin un homme âgé, tourmenté depuis longtemps de difficultés d'uriner, et par conséquent obligé d'user de la sonde, voit, après plusieurs années d'un état simplement incommode, se développer de vives douleurs à la fin de la miction, les envies d'uriner devenir très -fréquentes, les urines plus catarrhales et plus fétides, la rétendonou l'incontinence survenir. Certes, l'aggravation naturelle de l'affection prostatique peut amener tous ces résultats; mais craignez encore ici l'existence d'une pierre, et ne renoncez à cette idée qu'après que des recherches minutieuses et multipliées vous auront convaincu du contraire. •
Au reste, dans ces présomptions sur l'existence d'un calcul vésical, on ne doit pas se laisser détourner par la cessation graduelle ou subite des symptômes non plus que par leur complète absence. Il est des calculeux qui ne souffrent pas et n'accusent rien. D'autres, après les plus violentes douleurs et la constatation certaine du corps étranger , cessent de souffrir ou n'éprouvent qu'une gêne qui les éloigne de toute opération, à moins que de nouvelles angoisses ne les viennent tirer de leur quiétude. C'est que, comme nous l'avons déjà dit, les douleurs des calculeux sont purement musculaires. Douleurs et contractions sont synonymes pour la vessie comme pour l'utérus. Oui, le corps étranger est l'excitant de ces contractions douloureuses, de ces coliques vésicales, dont le siège principal est le col, et, la pierre enlevée, les douleurs disparaissent presque toujours. Mais elles disparaissent aussi, ou au moins s'atténuent par la plus légère modification dyuamiquc du muscle vésical, et la plus
CHIRURGrE DES VOIES URINAIRES.
ordinaire est celle qu'amène le cathétérisme. On dit niaisement que le cathétérisme, après lequel les malades sont soulagés , a déplacé la pierre pour la mettre en un lieu oii sa surface heurte moins la muqueuse vésicale. Est-ce donc ainsi que se peut expliquer le soulagement qu'éprouvent presque toujours les calculeux après une première séance de lithotritie, quand elle est bien supportée? Non ; car chez eux une pierre lisse et régulière se trouve remplacée par plusieurs fragments anguleux.
Il faut le répéter, tout ce que vous accusent les malades est le résultat de l'action plus ou moins troublée du muscle : douleurs, envies d'uriner, cessation brusque du jet de l'urine, rétention, incontinence ; et aussi ces coliques vésicales presque folles, que vous observez, par exemple, à la suite de l'engagement d'un fragment dans la courbure de l'urèthre. Cette convulsion d'un muscle pourtant bien limité ébranle si violemment le système nerveux, que la vie se trouve menacée, phénomène comparable à l'éclampsie des femmes en travail. Or, chez les calculeux, comme l'a bien fait ressortir M. Civiale, ou la vessie prend un excès d'action, ou elle tombe dans un excès contraire et devient inerte. Si cette inertie existe dès l'abord, le malade ne souffre pas. Si le muscle vésical, après avoir lutté contre le corps étranger, finit par s'avouer vaincu et se paralyse plus ou moins complètement, les douleurs cessent et le malade est rendu au repos, — repos insidieux qui trompe le praticien et souvent tue le malade.
La pierre est soupçonnée : il faut la constater, et désormais commence une série d'actions chirurgicales qui , pour n'être qu'exploratrices, peuvent entraîner des conséquences aussi redoutables que les plus graves opérations. Une douceur constante, une patience inébranlable vous font éviter ces dangers. |
Envisageons tout de suite le cas le plus fréquent de la pratique journalière : Un homme âgé urine mal depuis longtemps ; quand il vous consulte , ses douleurs ont augmenté et ont pris le caractère qui indique l'existence d'une concrétion ; ou bien les douleurs ne sont pas dominantes, mais la dysurie a été remplacée par la rétention complète ou l'incontinence ; il a l'habitude d'ôtrc sondé sans difficulté, et sa santé est bonne ou passable. — Voilà la seule circon-
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