ULCÉRATIONS DU COL
assis de biais au bord de ce fauteuil, et fait ainsi face obliquement à la malade, qui, placée vis-à-vis d'une fenêtre, reçoit le jour en plein. Le spéculum, muni de son embout, légèrement chauffé par la main ou par l'approche d'un foyer, enduit d'un corps gras ou mieux savonneux, est présenté à la fourchette, qu'il déprime avec lenteur presque directement en bas. On peut, si les voies sont étroites ou douloureuses, aider ce premier temps à l'aide du doigt qui entrouvre et tend la commissure, servant de guide à l'instrument. En entrant, le spéculum est un peu abaissé, et on ne le redresse que quand on sent que le sphincter de la vulve est franchi. Rien à dire de la recherche du col, dont la situation a été au préalable bien établie par le toucher. Qu'il suffise aux personnes inexpérimentées de se rappeler que, lorsqu'elles ne rencontrent pas le col, neuf fois sur dix, c'est qu'elles se fourvoient dans le cul-de-sac antérieur, et qu'il leur faut relever la main pour faire basculer en arrière le bout utérin du spéculum.
Sur ce col qui vous apparaît, vous avez chance de rencontrer trois lésions par lesquelles le plus souvent l'utérus qui a enfanté témoigne son état de souffrance: les ulcérations du col, le catarrhe utérin, l'engorgement.
I. — Je ne saurais différencier les granulations des ulcérations du col. La surface rougeâtre, à vif, qui part de l'orifice et irradie plus ou moins également sur les deux lèvres dont elle couvre la partie culminante, mérite presque toujours le nom d'ulcération granuleuse. C'est une ulcération, en ce sens que l'épithéliumy fait défaut, excepté peut-être à la circonférence, et elle est presque constamment granuleuse, car on y voit des saillies papillaires rosâtres, serrées, qui rappellent la surface d'un gros velours rouge et l'aspect des bourgeons charnus. Ce sont les caractères différents de ces granulations qui impriment quelquefois à l'ulcère une physionomie particulière : elles peuvent être molles, dures, fongueuses, végétantes, variqueuses. Je ne connais guère qu'une circonstance oiî la surface de l'ulcère soitUsse, c'est dans l'exulcération ou érosion du col entretenue par un catarrhe utérin, du moins au début de sa formation : car plus tard l'érosion devient granuleuse et passe h l'état de véritable ulcération, avec le caractère si spécial de l'ulcération du col de ne guérir jamais
MALADIES DES FEMMES
d'elle-même et de ne céder qu'à un traitement local, tandis que l'érosion simple peut disparaître, si disparaît le catarrhe.
Oui, c'est là le trait dominant de l'ulcération granuleuse du col, de persister indéfiniment, à moins que n'intervienne l'action héroïque de la cautérisation. Laissez les pathologistes discuter à tâtons sur la nature de cette étrange affection, la rapporter à l'inflammation de l'utérus, à la métrite, — d'oii cette dissonante expression de métrite granuleuse, métrite ulcéreuse ; — certains mêmes dénier son importance et la regarder comme l'ombre d'une maladie, comme l'aboutissant extérieur d'une affection plus profonde. Contentonsnous, pour notre part, de ce que nous pouvons constater : nous ne savons ce qu'est la métrite, pas plus que la cystite et bien d'autres affections à même désinence ; mais nous savons qu'une des manifestations les plus communes d'un utérus qui souff're, c'est de présenter des ulcérations à son col ; que la plupart du temps, pas toujours, ces ulcérations s'accompagnent de troubles très-variés, douleurs du basventre et des reins, flueurs blanches, perversion des règles, altération des fonctions de l'estomac, affaiblissement graduel, etc. ; nous savons enfin que nous guérissons à coup sûr la lésion par le caustique, et que le plus souvent ce résultat une fois obtenu, la plupart des symptômes disparaissent et les femmes sont rendues à une santé parfaite ou au moins singulièrement améliorée.
C'est donc, entourée des précautions sur lesquelles nous insisterons bientôt, la cautérisation que nous devons employer, à l'exclusion de toute autre chose, pour guérir les ulcérations du col. Quand on a toujours près de soi un agent aussi fidèle, aussi parfait que le crayon d'azotate d'argent fondu, à quoi bon ces substances que chaque jour on cherche à lui substituer? Mais le crayon argentique n'accomplit sa tâche que manié d'une certaine façon. Après avoir abstergé le col à l'aide d'un petit tampon d'ouate tenu par une pince, on porte sur l'orifice, puis sur les lèvres, le crayon légèrement effilé en pointe. Ce n'est pas un attouchement qu'il s'agit de faire, comme pour une plaque muqueuse ou un aplithe de la bouche, mais une cautérisation prolongée et à un certain degré destructive : le crayon, changé successivement de place, séjourne d'une à trois minutes et laisse une eschare d'une certaine épaisseur. C'est qu'une cautérisation superficielle est plus dangereuse qu'une cautérisa-