‹ Pratique journaliere de la chirurgieChapitre 70 sur 125 · REMARQUES GÉNÉRALES · texte numérisé non relu

REMARQUES GÉNÉRALES

Dans les chapitres un peu nus qui précèdent, nous avons surtout précisé l'action du chirurgien devant les principales affections de la matrice; car, depuis quarante ans environ qu'on soigne vraiment les maladies des femmes, leur pratique a subi des courants si étranges, qu'aujourd'hui le phis pressé est de placer sèchement sous

MALADIES DES FEMMES

les yeux du médecin ce qu'on -voif, chez la femme malade, et ce qu'il faut attaquer pour la guérir, — N'avons-nous pas vu, à un certain moment, les femmes souffrant de la matrice constamment convaincues d'engorgement, et condamnées, pour tout traitement, à rester des mois et des années sur le dos. Bientôt les vues changent : toutes les douleurs, tous les troubles naissent des déviations utérines; on redresse, on orthopédise, on empale l'utérus : triste période! Enfin, de nos jours, il semble à un grand nombre que le nœud du problème est trouvé : c'est la métrite ! c'est l'inflammation, ce mythe insaisissable ! — Pour nous, en naturaliste qui se contente d'observer et de constater, nous avons étudié les lésions, les troubles physiologiques qui en découlent, les moyens qui font disparaître les uns et les autres.

D'une manière générale, le diagnostic, en chnique utérine, est rarement embarrassant, à moins de grande inexpérience; car il faut supposer que le médecin a franchi les premiers pas, et n'en est plus à prendre pour une tumeur les matières fécales accumulées dans le rectum. Dès que l'utérus paraît amplifié par quelque chose d'anormal, les conditions d'exploration sont exceptionnellement favorables: vous pouvez presque saisir l'organe entre la main qui embrasse et déprime l'hypogastre, et, d'autre part, le doigt ou les doigts portés au fond du vagin. Il est vrai que pour cette exploration , aussi bien que pour les opérations à pratiquer vers le col, les difficultés deviennent parfois insurmontables chez les femmes grasses, bien que cette circonstance puisse paraître, au premier abord, tout à fait accessoire. Pour d'autres motifs, un homme obèse, portant un calcul dans la vessie, donne la prévention d'un mauvais pronostic, qu'il soit taillé ou lithotritié ; mais c'est mécaniquement que l'embonpoint excessif d'une femme paralyse la main du chirurgien aussi bien pour l'analyse d'un cas difficile que pour les opérations délicates qui peuvent devenir nécessaires. — La sonde utérine est vraiment la boussole qui nous guide, et presque toujours sûrement, dos que l'exploration ordinaire a laissé de l'hésitation (fig. 125) . Le renseignement capital fourni par la sonde est le suivant : « Là est le fond de l'utérus. » Elle nous montre de plus la direction , la hauteur, la liberté, la sensibilité, etc., du canal utérin. Gomment confondre, si l'on recourt à ce précieux instrument, le prolapsus.

REMARQUES Gh]NI<:RALKS.

— SONDE utiî;rine.

le renversement, les polypes, l'allongement hypertrophiqiie clu col ? Comment ne pas différencier les petites tumeurs fibreuses des déviations? Le cathéter ici représenté, qu'on trouve chez nos fabricants, est un instrument assez mal fait et ne convenant qu'au plus petit nombre des cas : il est souvent trop gros, il est trop roide, trop difficile à modifier dans sa courbure. — Il faut avoir simplement, pour sonder l'utérus, deux tiges d'étain analogues aux cathéters Béniquié:

Fig. 125. Sonde utérine, ou mieux cathéter utérin. — C'est là le cathéter vendu par les fabricants et généralement employé. Il présente une graduation en centimètres, avec un trait à 6 centimètres, mesure ordinaire de la hauteur de la cavité utérine, •le répète ici que je préfère les tiges d'étain de différents calibres et qui garantissent contre tout effort dans l'introduction. Ce cathéter classique, de maillecliorl, est habituellement armé d'un petit curseur qu'on meut à Taide d'une tige occupant l'axe de l'instrument: c'est un mécanisme dont il faut se défier; on risque de faire une échappée douloureuse en déplaçant le curseur, et ses indications sont souvent inexactes, parce qu'on n'est pas sûr de l'affleurer exactement à l'orifice externe. Comme je conseille de ne jamais introduire le cathéter qu'on découvrant le col à l'aide du spéculum, et surtout de la valve de Sims, quand le fond de l'utérus a été atteint par l'instrument, on le saisit a fleur du col à l'aide des pinces utérines, et, en le retirant, on connaît la hauteur exacte du canal utérin.

Fig. 125.

MALADIES DES FEMMKS.

la plus grosse est justement le n° 25 Béniquié, qui est de/i millimètres ; la petite a 3 millimètres. La tige d'étain est douce et s'infléchit à volonté. On doit aussi avoir près de soi des bougies de gomme, un peu roides, qui frayent la voie, si l'on ne peut pénétrer du premier coup. Le cathétérisrae utérin est beaucoup plus innocent que le vésical, mais il a ])csoin de beaucoup de ménagements et de prudence. — Bien enlendu qu'il est absolument proscrit dès qu'on peut soupçonner une pelvi-péritonite, même quand celle-ci paraît éteinte depuis longtemps. — La possibilité d'une grossesse doit toujours aussi être présente à l'esprit de l'opérateur, quand il prend la tige utérine.

Le diagnostic une fois posé, nous nous trouvons en face d'une lésion qu'il nous est souvent possible d'attaquer chirurgicalement, qu'il nous est quelquefois enjoint de respecter. Mais en deux circonstances principales, rien ne se dénonce à nous qu'un symptôme, symptôme insupportable ou menaçant, qu'il faut combattre même avant d'en connaître la cause : je veux parler de l'hémorrliagie et de la douleur poussée à l'extrême.

Les femmes bien portantes sont réglées fort inégalement pour la durée et l'abondance ; mais quand les règles ont une abondance extrême, même dès le commencement de la menstruation, ou quand elles s'accompagnent de caillots, ou quand, après avoir été naturelles une portion de la vie, leur excès éclate insensiblement ou subitement, à plus forte raison lorsque le sang apparaît dans la période intermenstruelle, vous devez presque constamment penser qu'il existe un trouble organique quelconque qui cause ce désordre, et qu'il faut rechercher. — C'est une règle absolue que méconnaissent chaque jour par crainte, par paresse, par ignorance, des médecins fort instruits en d'autres points.

En une circonstance toute spéciale et fort commune, la cause a disparu: c'est dans l'avortement. Une femme, après un retard qui n'est nullement dans ses habitudes, est prise d'hémorrhagie, laquelle se continue plus ou moins longtemps : il est infiniment probable que cette femme a fait une fausse couche. Hors de cela, cherchez la cause, et vous la trouverez : ulcération, engorgement, allongement du col, polypes, tumeurs fibreuses, cancer... — Si votre examen n'a pas abouti, explorez l'utérus en son entier, en dilatant sa cavité

Page 1