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FRACTURES DE JAMBE

Les fractures indirectes siègent presque toutes au bas du tiers moyen de la jambe. Leur obliquité va de haut en bas et d'arrière en avant, comme pour le fémur, et le déplacement est le même, le fragment supérieur glissant sur l'autre, et faisant sous la peau une saillie considérable (fîg. 18) ; seulement pour le fémur la saillie antérieure tend toujours à être externe, ici elle se porte légèrement en dedans.

Telle est la règle générale, applicable surtout aux fractures par contre-coup; naturellement elle comporte quelques exceptions. La moins rare est de voir les saillies osseuses inverses, c'est-à-dire le

Fig. 18.

Fig. 18. Fracture ordinaire de jambe par contre-coup et au tias du tiers moyen. — Vous voyoz la direction habituelle et l'oliliquité du trait de la fracture, la saillie en avant du fragment supérieur, le chevauchement 16ger, la rotation externe du fragment inférieur qui découvre toute la malléole tibiale et dérobe le bas du péroné. — Le péroné, comme toujours dans ces fractures indirectes, est cassé plus haut que'Ie tibia.

BICHARD. K

FRACTURES ET LUXATIONS

fragment inférieur pointant sous la peau ; et alors vous trouverez ordinairement la rotation du pied en dedans. Au contraire, dès que le déplacement habituel est notable, le bas du membre roule en dehors, entraîné par son poids, comme cela advient à la cuisse. Nous avons dit que le péroné, quand il n'est pas rompu, n'est pas un obstacle au chevauchement du tibia ; mais même fracturé, il maintient pourtant plus ou moins les fragments du tibia et limite le déplacement ; c'est qu'il se casse toujours au-dessus du tibia luimême, et sa portion intacte sert d'attelle imparfaite. Les fractures directes de la jambe, plus ou moins transversales, peuvent faire peu de saillie anormale par l'engrènement des inégalités qui hérissent la cassure ; il est rare pourtant de les voir vraiment engrenées. Et si le déplacement n'accuse pas du premier coup d'oeil la fracture, comme cela pourtant est dans la grande majorité des cas, en passant la main sous le membre et soulevant légèrement, la mobilité ne vous laissera aucun doute. Mais vous aurez des cas plus difficiles ; l'impuissance du membre, la douleur fixe et un peu dégonflement sorit les seuls signes : vous étonnez beaucoup les médecins peu exercés à la chirurgie, en leur annonçant que la fracture est, malgré cela, très-probable. Elle devient incontestable si, dans les premiers jours de l'accident, le blessé est subitement réveillé par des sauts du membre au moment oiî il commence à s'endormir.

Un progrès important dans l'étude des fractures de jambe est dû à M. Gosselin : les fractures en V (fig. 19 à 22).

Les fractures en V ou en coin méritent en effet toute l'attention du chirurgien. Résultat d'une chute ou d'une torsion, la solution de continuité représente une pointe en forme de V dont le dard, pour ainsi dire, pressant sur le fragment inférieur, le fait éclater linéairement jusque dans l'articulation tibio-tarsienne. Cette fêlure osseuse suit toujours la môme direction. EUe part du milieu de la face interne du tibia, contourne le bord interne, descend obliquement et en spirale sur la face postérieure, et se termine en bas de la face externe dont elle détache un gros copeau qui reste adhérent à l'os. Il y a quatre ou cinq de ces pièces au musée Dupuytren ; j'en ai recueilli deux à Cochin ; on en a montré plusieurs à la Société de chirurgie. C'est toujours la môme chose : qui a vu l'une a vu l'autre.

Dans le principe, M. Gosselin avait exagéré le pronostic de ces

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