‹ Pratique journaliere de la chirurgieChapitre 89 sur 125 · IMFE[IF0RAT10NS DU VAGIN · texte numérisé non relu

IMFE[IF0RAT10NS DU VAGIN

sang menstruel dont sont gorgées les trompes se (ait jour par l'ostium abdominal ou par une ulcération de ces canaux, et pénètre subitement dans le bassin, provoquant ainsi d'emblée une péritonite? On peut supposer qu'il n'en est pas ainsi, car certaines autopsies ne montrent pas de sang dans le ventre, et la péritonite n'arrive pas brusquement : elle est précédée, pendant vingt-quatre heures, par une certaine douleur différente de l'angoisse déchirante de l'hématocèle pelvienne. Je pense simplement que ces filles imperforées sont dans les cas des femmes affectées de pelvi-péritonite ou ovaro-tubite et ayant à. supporter une opération qui dans d'autres circonstances serait insignifiante, une injection poussée trop fortement, un toucher prolongé, un cathétérisme utérin, une cautérisation du col : le traumatisme dont elles subissent le funeste contre-coup, ce n'est pas la petite blessure faite à l'hymen ou au vagin, ou, dans quelques circonstances rares, au col utérin lui-même, mais l'évacuation subite et le retrait des cavités utérines et tubaires sur une surface considérable, que tapisse extérieurement un péritoine ayant cessé d'être sain dès les premières douleurs de la rétention.

Aussi, LENTEUR DANS l'évacuation, telle est l'indication opératoire capitale de l'opération de l'atrésie vaginale avec rétention menstruelle. La jeune fille, qui a reçu la veille un ou deux lavements laxatifs, est tenue immobile dans son lit, le ventre couvert de cataplasmes émoUients et d'une carde d'ouate convenablement serrée par un bandage ; un trocart capillaire, avec ou sans sa canule, est enfoncé dans le diaphragme et laisse écouler, presque goutte à goutte, le sang ; on surveille pour maintenir le petit orifice, et, s'il se ferme, on répète une ou deux ponctions. On met ainsi au besoin plusieurs jours, avec ou sans intervalles, pour vider les cavités génitales internes. Repos absolu de la malade, qui prend de temps en temps une cuillerée de potion au chlorhydrate de morphine. Cette manière d'agir nous garantit aussi contre la pénétration de l'air dans la poche, l'altération du liquide qui en dérive, et les injections auxquelles la plupart des praticiens se sont alors crus obligés, — toutes conditions qui pourraient bien n'être pas étrangères aux accidents.

11 s'en faut que les conséquences de l'obturation vaginale et de la rétention qui en est la suite aient dans tous les cas ces graves conséquences. Bien des femmes ont guéri, opérées sans précaution par

MALADIES DE L'APPAREIL GÉNITAL EXTERNE

des médecins qui ne soupçonnaient pas le danger. J'ai oporé trois jeunes filles imperforces par la ponction capillaire et répétée de l'hymen : les trois ont guéri, mais chacune a longtemps conservé toutes les misères d'une pehi-péritonite fouettée à chaque période mensuelle. Deux se sont mariées, délivrées à peu près de leurs douleurs, et n'ont pas eu d'enfants ; l'une d'elles va à vingt-deux ans succomber à un cancer de l'utérus. La troisième, une jeune institutrice protestante que j'opérai avec M. le docteur Gocherand, non mariée, est restée depuis dix ans et est encore dans une position fort pénible: les règles ont été bien souvent le signal d'un ovarotubite aiguë obligeant à un long repos au lit ; chaque année pourtant il y a eu un degré notable d'amélioration, bien que la malade n'ait jamais pu suivre le long et sévère traitement dont on aurait pu attendre la guérison.

Quand le diagnostic est étabU, et qu'il s'agit d'obéir à l'indication de vider lentement la poche génitale, l'opération est très-simple s'il s'agit d'une imperforation de l'hymen, cas de tous le plus commun, ou d'une valvule plus ou moins épaisse bouchant un point quelconque du trajet vaginal. On sent la mollesse du liquide, et i'on pique la poche comme on ferait pour un kyste ou un abcès, souvent obligé de mettre une grande force, à cause de l'épaisseur et de la densité des tissus à traverser. Mais le vagin peut manquer partiellement ou en totalité : que de difficidtés alors et de périls pour le chirurgien ! Un principe que nous devons à Amussat devient alors fort précieux : il faut DÉCOLLER avcc les doigts, avec le manche du scalpel, ne jamais inciser : l'algalie dans la vessie, le doigt dans le rectum, serviront naturellement de guides.

L'accumulation du sang des règles paraît la seule circonstance capable de nous donner l'éveil sur l 'imperforation de l'hj^men ou du vagin. Avant la puberté pourtant, un examen fortuit pour des soins de propreté locale, ou des symptômes douloureux accusés par la petite fille, peuvent faire découvrir une atrésie complète de la vulve : les deux grandes lèvres sont appliquées l'une contre l'autre et ne laissent qu'un petit intervalle en haut pour le passage de l'urine. Si le médecin n'est pas prévenu de ce qui a lieu dans ces circonstances, il effraye mal à propos et sollicite une intervention chirurgicale fort

1»0LYFES DE L'URÈTHllli CHEZ LA FEMME.

inopportune ; car il ne s'agit que d'un accolement des grandes lèvres à leur face interne; en les séparant avec les doigts, on les isole de la couche plastique blanchâtre qui les unissait, et les soins consécutifs les plus simples proviennent une nouvelle adhésion.

Lorsque le mariage seul révèle l'absence ou l'imperforation du vagin, c'est qu'un arrêt de développement frappe sans doute tout ou partie de l'appareil utéro-ovarien. En combinant le toucher rectal avec la présence d'une sonde dans la vessie, on est toujours à même de pouvoir dire si la matrice existe ; ce n'est que dans ce cas qu'on est autorisé à tenter de rétablir le vagin.

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