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ABCÈS DU SEIN

Les abcès du sein sont à peu près constamment un accident de la lactation, et la femme qui ne nourrit pas en est exempte. Une croyance vulgaire et fausse, partagée par plusieurs médecins, veut que les abcès surviennent chez les femmes qui cessent de nourrir : c'est que trop souvent les nourrices, prises d'abcès, sont forcées par cela même de suspendre l'allaitement, et l'effet passe pour la cause. Quand la femme cesse de nourrir ou ne donne son lait que d'une façon insuffisante, la mamelle devient le siège de I'engorgement LAITEUX, dont on peut se faire une juste idée par ce qui advient aux nouvelles accouchées, lors de la montée du lait : toute la masse de l'organe, gorgée par le produit de sécrétion, se durcit, se tend, non sans une gêne notable qu'augmentent beaucoup les mouvements du bras. La résolution de cet engorgement peut être fort lente, puisqu'elc se fait quelquefois attendre un ou deux mois, mais d'ordinaire elle a lieu en une quinzaine de jours, et n'est presque jamais contrariée par la suppuration. Les fomentations chaudes, et en particulier l'exposition de la mamelle à la vapeur d'eau, la succion artificielle, les onctions de Uniment ammoniacal, la compression douce et soutenue, concourent à hâter ce résultat.

Les abcès du sein, avons-nous dit, sont causés par l'allaitement; on peut préciser davantage : ils sont causés par la succion de l'enfant. Pour peu que le mamelon soit mal formé, incomplètement saillant, couvert d'un épidcrme trop délicat, négligé pour les soins de propreté, on voit se développer, dans une des rides où s'ouvrent les orifices galactophores, une gerçure, une crevasse. La lésion paraît insignifiante, mais les symptômes sont souvent atroces et les

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MALADIES UU SEIN

conséquences déplorables ; car toujours les abcès uu sein sont i'récÉDÉs DE GERÇURE DU MAMELON, ct SI chcz unc nouiTice on prévient ou l'on arrête le développement des gerçures, on prévient du même coup les suppurations de la glande dont sont victimes un si grand nombre de femmes.

Ces gerçures, crevasses, fissures, siègent sur tous les points du mamelon, mais surtout à la base, oii elles offrent toujours plus de profondeur et de gravité ; le cône du mamelon est recouvert en effet de glandes sébacées dans toute son étendue, sauf à son implantation sur la mamelle, et ce dernier point se trouve ainsi moins défendu. Quand les femmes ont passé les deux premiers mois de l'allaitement, elles ont peu de chances de voir le mamelon se gercer, car l'accident est surtout fréquent au début des approches de l'enfant, et comme aux premières offenses de la bouche du nouveau-né. Mais, sitôt que la petite ulcération a commencé, elle ne peut que s'aggraver par la continuation de la fonction. Que faire et comment épargner aux mères les douleurs de l'allaitement et les dangers de la suppuration? Le premier moyen à employer est le bout de sein artificiel. Si le mamelon malade peut être facilement coiffé de cet appareil, dont le meilleur est de liège, et si l'enfant consent à le prendre, la guérison survient rapidement. Elle est aidée par une ou deux cautérisations bien exactes avec un crayon pointu de nitrate d'argent, ou un cristal aiguisé de sulfate de cuivre. Parmi les topiques sans nombre vantés dans ces circonstances, le plus utile paraît être la glycérine pure. Lorsque le bout de sein ne peut être appliqué, il faut sans tarder recourir à la cautérisation, nourrir pendant quelques jours du sein opposé, en se faisant teter le sein malade par la bouche d'un adulte avec l'intermédiaire d'un biberon, et chaque jour toucher légèrement la rainure avec un pinceau trempé dans de la teinture de cachou ou de benjoin. Une exquise propreté du mamelon reste toujours la première des règles à suivre.

L'observation révèle une autre particularité sur la relation qui existe entre les gerçures de la papille et les abcès du sein, c'est que l'abcès siégera au point correspondant de la gerçure : si celle-ci occupe la partie inférieure, c'est le bas de sein qui sera pris ; de même, la crevasse de la partie interne du mamelon sera suivie d'un abcès du dedans de la mamelle. Or, quelle voie propage ainsi

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