‹ Pratiques et croyances médicales des Malgaches (volume 2)Chapitre 9 sur 46 · LES FAISEURS D'AMULETTES · texte numérisé non relu

LES FAISEURS D'AMULETTES

(mpanao ody).

Définition. — On croyait, et on croit encore, à Madagascar, que les.faiseurs d’amulettes peuvent tuer à distance ; ils sont très puissants, disent les Malgaches, et par leur volonté, ils parviennent toujours à leurs fins, avec leurs ody.

Exémple et moyens. — Si, par exemple, ils veulent faire mourir quelqu'un promptement, il leur suffit de prendre un peu de terre sur la trace laissée par le pas de leur victime et de l’emporter avec eux; ils la mélangent avec leurs ody et prononcent leurs invocations contre la personne qu’ils veulent tuer.

Le mpanao ody vengeur. — [a puissance des mpanao ody est très renommée et si l’on veut se débarasser d’un

ennemi, on peut aller chez eux et, moyennant une forte somme, attirer sur lui leur colère.

Leur puissance. — Leur pouvoir va jusqu'au ciel; ils peuvent déchainer les éléments, faire pleuvoir, attirer la foudre sur une maison ou l'en écarter, empêcher la grêle de saccager les récoltes, guérir toutes les maladies; en un

mot, ils peuvent faire tout ce qu’ils veulent.

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VIe

Les ody — Toutes leurs actions sont des ody. Is les nomment suivant leur destination et les vendent à des prix différents, d’après leur but, :

Voici quelques dénominations d’ody :

Ody fitia, charmes d'amour.

Ody basy, contre les balles de fusil.

Ody mahafaty, pour faire mourir.

Ody mosavy, contre la sorcellerie. Ée

Ody mahery, d'une très grande puissance, elc.

Prix des ody — Si l'indigène pense qu’un ody ne sera pas suffisant, il en achète ?, 3, 4, etc. Le prix en est très élevé ; un seul ody vaut 4 esclaves,10 Bœufs ou une somme considérable.

Ody fitia — Si un jeune homme veut se faire aimer d’une jeune fille, ou inversement ; si un domestique, un esclave veut se faire estimer de son maitre, ils vont chez le mpanao ody, paient un ody 25 ou 30 fr., le mettent dans la bouche, se placent devant l’objet de leur amour dans la direction du vent et lui adressent la parole, qui va le frapper en plein visage et produit son charme. Il n’est pas toujours possible de parler à celui qu’on désire : il faut alors jeter l’ody à l'endroit où il passera, ou payer un domestique pour qu'il le mélange avec sa nourriture. Il serait donc excessivement facile de se faire aimer par quelqu'un, sil n’y avait pas la contre-partie qui balance la puissance de l’ody : j'aime une jeune fille, mais elle est indifférente à mon amour, elle ne doute pas un seul ins-

tant que je ne fasse l'impossible pour la forcer à m’aimer,

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aussi, son cœur étant pris ailleurs, elle se procurera un morceau de cruche en terre, le mettra entre ses dents et la puissance de mon ody sera détruite.

Ody basy. — Pour préserver des balles ennemies lamulette simple ou double pourrait suffir.

Cependant comme l'excès de précautions ne peut nuire, on y ajoutera quelquefois un breuvage et dans ce but, on achètera au faiseur d’amulettes ce qu’il faut. Ordinairement ils donnent des plantes que les malgaches désignent sous les noms de tongobato et de volombato. On pile alors ces deux plantes et on les fait bouillir dans une marmite; cette décoction est mise dans des bouteilles que l’on emporte pendant la euerre. Quand le combat est sur le point de commencer, le guerrier tire sa bouteille, boit quelques gorgées de son contenu et en verse ensuite quelques gouttes sur son /æmba. Les balles ne pourront l’atteindre ou olisseront sur ses vêtements comme de l’eau.

Pendant la guerre de 1895, plusieurs soldats malgaches étaient soignés à l’hôpital où j'étais étudiant, et il m’arriva plusieurs fois de les entendre dire que les soldats français étaient des faiseurs d’amulettes bien plus puissants que les mpanao maigaches puisqu'ils les avaient blessés avec leurs fusils, d'autant plus qu'ils avaient été frappés sans voir

de fumée.

Ody mahafaty. — Les faiseurs d'amulettes emploient certaines plantes qu’ils mélangent avec leurs ody et qu'ils expérimentent sur les bêtes : Chiens, Poules, etc. Si ces

animaux sont empoisonnés, les #panao ody font leurs

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provisions de ces plantes, les préparent de mille manières, etles gardent pour satisfaire les personnes qui viendront les trouver. Beaucoup de ces plantes sont inconnues du peuple malgache et des autres mpanao ody; aussi, pour faire mourir, ceux-ci emploient-ils un autre moyen : ils agissent par la Lerreur de tout ce qui rappelle la mort. Hs prennent une Sauterelle, l'enveloppent dans un mor-. ceau d’étoffe, comme on enveloppe les cadavres humains, la ligottent en six endroits ainsi qu’une momie et viennent jeter ce singulier petit paquet dans la maison de leurs victimes. Si on l’apercoit sur le sol, une folle terreur s'empare de tout le monde, les plus délicats tombent malades et meurent.

Ody mosavy. — L'ody mosavy par excellence est le tisonnier du foyer domestique. Si le sorcier frappe à la porte, il suffit de lui jeter ce tisonnier pour qu'il s’enfuie à toutes jambes, en jurant et en menaçant les personnes qui ont eu l'audace de résister à sa puissance. On peut aussi prendre du Tabac en poudre, du Piment pilé et du Poivre, mélanger le tout et le projeter avec un tube dans les yeux du sorcier: aveuglé, étourdi, celui-ci cherche à fuir dans la nuit, mais il éternue avec violence et cela suffit pour permettre de le suivre à la trace, de s’en emparer et de le mettre à mort.

Ody mahery. — On suppose que ce charme consistait à faire des imprécations pour appeler le malheur sur la personne que le mpanao ody désirait atteindre. A cette invocalion se rattachait l'emploi de certains objets, tels

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que les feuilles de diverses plantes auxquelles on attribuait un pouvoir magique el qu'on brülait près de la personne ennemie. Dans l'opinion du peuple, tout individu qui avait commis quelque crime extraordinaire était réputé ensorcelé, car jamais, disait-on, il ne se serait rendu coupable d’un pareil crime, s’il n'avait pas étédominé parune influence diabolique. Il arrivait souvent que des indivividus mal intentionnés cherchaient à effrayer les personnes auxquelles ils voulaient du mal en faisant déposer à la porte de ces dernières, ou fixer à quelque endroit de la maison, certains objets réputés imbus d’une vertu malfaisante. En voyant cela, enfin, on croit qu’il y aura un malheur; alors, par la crainte,on devient malade et l’on peut mourir. Pour vaincre celte amulette en la jette dans les excréments du Chien.

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