TÊTE D1 APHRODITE
(Musée de Toulouse.)
est rare que, pour se reposer, on s’accoude à un tronc d’arbre. Ce serait donc Praxitèle qui, le premier des sculpteurs grecs, aurait donne l’exemple de ces poses que l’on n’emprunte pas directement à la nature et à ses confidences ingénues, mais que l’on fait prendre au modèle, en lui dictant le mouvement et en lui plaçant les membres sur la table de l’atelier. Praxitèle, cet observateur ému et sincère de la réalité, serait ainsi, on ose à peine le dire, le précurseur lointain, le père de ce que nous appelons X académisme.
Ces réserves faites, on a le droit de dire que, dans le domaine où il s’est volontairement renfermé, Praxitèle atteint vraiment à la perfection. Dans les corps de dieux et de déesses, il a traité le nu avec une incomparable maîtrise ; il a, de plus, créé un type de visage qui lui appartient en propre, type dont le charme et l’originalité ont été déjà sentis par les anciens. Cicéron parle des « têtes praxitéliennes », praxitelia capita. Ces têtes se ressemblent toutes sans qu’aucune soit exactement pareille à telle ou telle autre. Elles se distinguent entre elles, suivant le sexe, l’àge et le caractère du personnage figuré, par des nuances subtiles de physionomie.
« C’est le marhre, dit Pline, qui a procuré à Praxitèle ses plus heureuses réussites et qui lui a surtout valu sa gloire ; il a pourtant fait aussi, en hronze, de très beaux ouvrages. » Étant données les habitudes de Praxitèle et sa conception de l’art, on comprend qu’il ait préféré le marbre au bronze. L’adoption du système des étais latéraux le dispen-
sait de recourir au bronze pour celles de ses statues où le haut du corps était en porte à faux, et, comme il ne recherchait pas les mouvements hardis et violents, il n’éprouvait pas, comme le feront Lysippe et ses imitateurs, le besoin de toujours user du métal qui seul permet au sculpteur de risquer, sans l’aide d’un appui extérieur, les grands écarts des membres et les fortes inversions du torse. Le marbre répondait d’ailleurs beaucoup mieux aux secrétes préférences de son goût. Avec son ton sombre et ses durs luisants, le bronze servait mal les ambitions de son ciseau. Le marbre blanc de Paros, surtout avec la pâleur ambrée dont le revêtait la ganosis, se prêtait bien mieux adonner l’illusion de la chair, de la tendre chair des jeunes femmes, de la chair mate des adolescents que le soleil du midi a légèrement brunie. Ce marbre, le sculpteur achevait de l’animer en y mettant, par places, des taches de couleur (jui étaient comme des étincelles de vie; au poli des nus, il opposait la savante rudesse des chevelures et des draperies profondément refouillées. A ces recherches de l’effet, Praxitèle acquit, dans le travail de l’outil, une habileté qui défie toute comparaison. Après lui, la technique du marbre, chez les Grecs, n’avait plus de progrès à faire, de même (jue celle du bronze, un peu plus tard, avec Lysippe, dira son dernier mot.
Ce n’est pas seulement les praticiens qui ont appris, à l’école de Praxitèle, toutes les finesses du métier. Pour ce qui est de l’invention et du style, les sculpteurs n’ont pas moins subi son influence. C’est de lui que relèvent directe
Photographie Giraudon.