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ÉROS FARNÈSE

(Musée du Louvre.)

Photographie Giraudon.

PttAXiTELE.

type, l’artiste ne s’en détachera plus. Encouragé par le succès de sa ligure, il la reprendra, pour lui donner, dans son Satyre au repos , une grâce encore plus exquise.

Si nous avons insisté sur cette oeuvre de jeunesse, c’était surtout parce que nous trouvions ici l’occasion de mettre en lumière un des traits par lesquels se caractérise, dans le domaine de l’art comme dans celui de la poésie, révolution du génie grec. Nulle part, au cours de cette histoire, nous ne trouvons de brisure ni de tâtonnements et de réactions violentes. On n’y voit pas, comme il est arrivé parfois chez nous, un groupe de novateurs partir en campagne, faire litière de tout le travail antérieur et annoncer, par des manifestes retentissants et par des œuvres qui le plus souvent n’en tiennent pas les promesses, qu’ils vont ouvrir à l’imagination des voies non encore essayées et, pour ainsi parler, recréer le monde. Chez les Grecs, on était plus modeste et plus discret. Chaque poète, chaque artiste acceptait comme point de départ les résultats acquis par ses devanciers. 11 appliquait les méthodes qu’il avait trouvées en usage; il ne se faisait aucun scrupule de revenir, pour les traiter à nouveau, aux thèmes les plus connus ; mais, ces méthodes, il les perfectionnait par des corrections partielles, par l’addition de tel ou tel procédé qui, ici, donnait au rythme plus de richesse et de variété ou, là, au rendu de la forme une plus libre aisance. Ces thèmes, il les remaniait et les diversifiait en cent façons. Poète dramatique, s’il remettait à la scène des personnages que l’on y avait vus souvent, il modifiait le rôle qui

leur avait été assigné jusqu’alors ; il leur prêtait des sentiments que leur bouche n’avait pas encore été appelée à exprimer; il posait autrement le sujet; il changeait le dénouement. Sculpteur, s’appropriait-il un type qui avait eu déjà une longue vie, c’était aussi par d’adroites retouches qu'il réussissait à le rajeunir et à le renouveler. A telle figure de divinité dont les lignes maîtresses avaient été fixées par les croyances populaires et par la poésie, il conservait sa physionomie traditionnelle et son mouvement général; mais il donnait à son geste plus d’autorité ou plus d’élégance et à son visage une expression plus touchante ou plus noble. Avait-il à exécuter des figures d’un autre ordre, celles des athlètes vainqueurs, celles de ces adorateurs et de ces adoratrices des dieux qui offraient à ceux-ci leur propre image, il ne renonçait pas aux attitudes consacrées, mais il les rectifiait; il les dégageait de ce qui pouvait y rester de conventionnel et de compassé. 11 fléchissait et il assouplissait les membres; sous son ciseau plus hardi, le modelé des corps devenait, par degrés, plus exact et plus large.

Ce que durent être les effets de ces habitudes d’esprit et quels avantages elles présentaient, il est facile de le comprendre. Le poète ou l’artiste, chaque fois qu il se préparait à produire, n’avait pas à se proposer de tout inventer. C’était, pour son imagination, à la fois un frein et une aide que ce droit qu’il s’accordait de puiser sans compter dans l’œuvre du passé. Il y avait une vertu dans ces attaches qui reliaient ainsi son effort naissant à celui des hommes

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