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l’éros de thespies

(Musée du Vatican.)

Photographie Alinari.

de génie ou de talent qui avaient eu avant lui les memes ambitions. Ces attaches l’empêchaient de s’égarer en de vaines et fastueuses tentatives. En revanche, l’effort qu’il s’imposait y geignait en concentration et en puissance féconde, par cela même qu’il portait non sur T ensemble du thème, mais sur des détails et sur des nuances. Il y avait moins de forces perdues, moins de faux pas et d’avortements que l’on n’aurait peut-être à en relever dans l’hi&tûire d’autres littératures et d’autres arts. Tant que ne fut pas épuisée la vitalité du génie grec, aucune incartade, aucun accident n’est venu interrompre l’heureuse continuité de ce développement où le progrès s’opérait, suivant les temps, avec plus ou moins de rapidité, mais toujours sans reculs momentanés et sans à-coups. Comme la fleur sort du bouton et le fruit delà fleur, chaque genre nouveau apparut à son heure, préparé par celui qui l’avait précédé ; chaque forme nouvelle de la beauté vint, à son tour, s’épanouir en pleine lumière et, de génération en génération, réveiller dans les âmes et y raviver le sentiment et la faculté de l’admiration.

Ce que l’on pourrait appeler 1a, période polyclétéenne de Praxitèle se clôt avec le Satyre qui verse à boire. Si, dans un ou deux autres de ses ouvrages, on trouve encore quelques traces de l’influence des modèles argiens, elles y deviennent de moins en moins sensibles et, par le choix

des sujets comme par le caractère de l’exécution, l 'indépendance <‘l l'esprit d initiative du maître attique s’y allu ment de plus en plus franchement. Nous l’avons déjà vu transformer h* vieux type du Satyre en l’éclairant du ra von et du sourire (U* la jeunesse. Il en fait autant pour celui d Eros ou de 1 amour.

1) Alcée et de Sapho à Anacréon et à Pimlare, les poètes lyriques avaient chanté la puissance de l’amour, qui s’insinue lentement dans les âmes ou les bouleverse par de brusques surprises. Ce thème, les poètes tragiques du vp siècle l’avaient repris (d en avaient tiré de beaux partis. Dans son Antigone. Sophocle avaitcélébré « l'amour invincible au combat... l'amour qui sommeille sur les tendres joues des jeunes lilles ». Euripide avait mis à la scène, en la personne (h* Phèdre, le délire d'un amour criminel. La plastique ne semblait pourtant pas s’être encore préoccupée <lu choix des formes qui prêteraient un corps et un visage au Mis d'Aphrodite. Eros ligure auprès de sa mère dans la frise de la colla du Parthénon ; mais il n’est là qu'un aimable adolescent, que ne définit aucun trait individuel. Praxitèle fut le premier qui chercha et réussitàpersonnifier hauteur de tant de joies et de tant de maux, « le tv ran des hommes et des dieux ».

Praxitèle était aussi fameux dans l’antiquité par ses Eros (iue par ses Satyres. C'est ce dont témoignent plusieurs épigranunes auxquelles les poètes de X Anthologie ont donné le tour d’inscriptions qui seraient gravées sur la base de 1 une de ces images <1 Eros. Les auteurs anciens

citent trois statues de ce type. L’une d’elles était à Parion et une autre à Thespies; Callistrate en décrit longuement une autre, un bronze, sans dire où il l’avait vue. D’après ies monnaies, on croit pouvoir reconnaître l’Éros de Parion dans une figure du Louvre, connue sous le nom de Génie Borghèse , qui est d’une facture trop négligée pour pouvoir donner une idée du mérite de la statue. Peut-être alors serait-ce l’Éros visé par Callistrate qu’il faudrait chercher dans un autre marbre du Louvre qui est souvent appelé YEros Farnèse (fi g. 9). Éros est figuré là comme un jeune homme nu, de formes encore un peu grêles, qui a de grandes ailes au dos. L’attitude est à peu près celle du Satyre ; la tête et le corps se présentent de face. Le bras droit est levé; il tenait une couronne ou quelque autre attribut du même genre. Le bras gauche, fléchi au coude, est à demi étendu. La donnée, dans son ensemble, n’est donc pas sans rappeler celle des statues viriles de l’école péloponnésienne; mais il y a ici plus de rondeur et de moelleux dans le rendu des chairs que chez le Satyre même ; les cheveux aussi sont traités plus librement. Ce serait là un ouvrage postérieur au Satyre, mais encore de la jeunesse du maître.

Il semble que cette figure ait été comme la première esquisse du type à créer. Sa forme dernière, sa forme parfaite, celui-ci ne l’aura prise que plus tard, avec une autre statue qui doit être cet Eros de Thespies que l’on allait admirer dans cette petite ville, comme une des curiosités de la Grèce, jusqu’au moment où Caligula le fit transpor ter à Rome.

Ce qui prouve de quelle réputation jouissait cet Éros, c’est le nombre de copies qui nous en sont parvenues; elles ne diffèrent que par les attributs, le plus souvent restaurés, et par de légères inflexions du mouvement. De ces copies celle que Ton sent la moins éloignée de l’original est un torse qui, découvert à Cento-Celle, appartient au musée du Vatican (fîg. 10); mais les bras en sont brisés au-dessus du coude et les jambes au haut des cuisses. Les ailes aussi ont disparu. L’ensemble est donné par une statue du musée de Naples, où le travail a quelque sécheresse, mais qui est moins incomplète. L’original était un marbre.

Tout souvenir de l’ancien goût n’est pas encore aboli. Vue de face, la figure se dresse toute droite, mais la jambe qui ne porte pas, plus traînante, plus rejetée en arrière que dans l’autre Eros, dessine ici une ligne plus sinueuse. Si la séparation des cuisses et du ventre est indiquée par un ressaut très franc de la chair, le modelé de celle-ci, dans le reste du torse, est déjà très caressé, très enveloppé. Il y a je ne sais quelle langueur dans le mouvement des deux bras dont l'un, tombant le long du corps, s’appuyait peutêtre sur l’arc, tandis que l’autre, à peine fléchi, tenait quelque autre attribut; mais ce qui surtout donne à l’image son caractère, c’est le mouvement de la tête. Celle-ci s’incline vers la droite, comme fatiguée par l’insatiable désir. Ces yeux ainsi tournés de coté ont une singulière expression, celle d’une malice recueillie et songeuse. C’est ce que le sculpteur aurait tenu à marquer lui-même, s’il est vrai qu’une épigramme citée par Athénée soit, comme

Photographie Giraudoo.

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