‹ PraxitèleChapitre 8 sur 15 · APOLLON LYCIEN · texte numérisé non relu

APOLLON LYCIEN

(Musée du Louvre.)

Photographie Giraudon.

le sillon du sinus frontal. L’œil est traité, dans les deux têtes, exactement de la même façon. Les joues sont ici un peu plus pleines; mais le ciseau y a indiqué, avec la même netteté, la dépression qui sépare l’os de la joue et l’os de la mâchoire. Les lèvres sont plus épaisses et plus sensuelles; mais la bouche, avec ses coins travaillés au trépan, a le même dessin (fig. 16).

La figure d’où provient ce beau fragment serait donc contemporaine de l 'Hermès. Si, dans les deux têtes, la facture est identique, nous avons noté, entre elles, de légères différences. Celles-ci ne sont pas pour nous surprendre ; Praxitèle était un artiste trop fécond en ressources pour ne pas savoir distinguer, par des nuances de physionomie, les divers personnages, divins ou humains, auxquels il prêtait un corps. Tous ceux qui ont étudié cette tête s’accordent à y voir un Héraclès jeune. On remarque, dans la chevelure, des trous régulièrement espacés. Ceux-ci attestent que, jadis, elle était ceinte d’une couronne de métal, faite d’un rameau aux larges feuilles. Cette coiffure convenait bien au vainqueur de tant de monstres. Le travail du marbre est peut-être ici un peu plus nerveux que dans 1 Hermès’, c’est qu’il y avait quelque chose de plus tendu et de plus passionné chez le combattant toujours occupé de luttes nouvelles que chez l’agile et disert messager des dieux, qui porte toujours la même élégance aisée dans l'accomplissement de ses multiples tâches.

Cos beautés do la forme vivante que Praxitèle a si bien rendues dans ses Satyres et dans ses Éros, comment et pourquoi les aurait-il moins goûtées dans le corps et le visage de la femme que dans ceux de l’homme ? Ellesmêmes, ses ligures viriles laissent pressentir et deviner le plaisir qu’il dut prendre à reproduire le plus fin et le plus délicat des deux types que la nature a créés. Dans cellesci, jamais il ne s’est attaché à mettre en lumière cette puissance des muscles que développe l’éducation athlétique; on ne lui attribuait aucune statue d’athlète. 11 s’est toujours montré plutôt soucieux de dissimuler la force que ses personnages sauraient déployer à l’occasion. Nous l’avons même vu, dans son Sauroctone , féminiser en quelque sorte la forme masculine. Nous ne saurions donc être surpris que la plus célèbre de ses statues, celle que l’antiquité proclamait son chef-d’œuvre, soit une statue de femme, l’ Aphrodite de Cnide.

Cette merveille de la sculpture grecque n’a pu être un des premiers ouvrages de Praxitèle. Là aussi, ce fut par degrés que le maître se dégagea de l’influence des modèles antérieurs. L’Aphrodite cnidienne expose aux regards, sans aucun voile, son beau corps tout entier. C’était une innovation qui ne laissa pas d’étonner au premier abord. On sait par Pline que les habitants de Cos, à qui cette statue était offerte par l’artiste, préférèrent ( severum id ac pudicum arbitrantes ) lui acheter une Aphrodite vêtue

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