TÈTE d’eUBOUI.EUS
(Musée central d’Athènes.)
(velatci specie). Ou avait alors perdu tout souvenir des vieilles idoles, taillées dans le marbre des îles, qui figurent une femme nue, parfois avec l’indication du sexe. Ces grossières maquettes datent d’un temps très reculé, celui où les Cariens dominaient dans la mer Égée. Dès qu’il y eut une statuaire vraiment grecque, celle-ci habilla toujours les augustes déesses que la poésie épique avait chantées. Si, parmi les monuments de l’art archaïque, surtout parmi les bronzes, on rencontre des figurines de femmes nues, il y a lieu d’y reconnaître des types dérivés de modèles exotiques. La plupart de ces figurines, qu’elles aient ou non les attributs d’Aphrodite, ont servi de supports à des miroirs; or l’idée de ce motif a dû être suggérée aux artisans de Corinthe par l’industrie égyptienne qui le prodiguait dans ses manches de cuiller, dans ses meubles et ses bijoux. Quant à ces joueuses de flûte et de cymbales qui offrent la même nudité, on devine en elles les courtisanes sacrées des cultes lascifs de l’Orient.
En Grèce, dans ce que l’on peut appeler le grand art, Aphrodite, au vie siècle, est encore aussi vêtue que les autres olympiennes ses sœurs; voyez-la dans l’assemblée des dieux du Trésor de Cnide, à Delphes. C’est encore dans ce même appareil que la présente, au Parthénon, l’auteur de la frise du portique. Cependant il y avait, dans l’idée même que personnifiait Aphrodite et dans des mythes comme ceux de ses amours avec Anchise ou avec Arès, une raison ou tout au moins un prétexte pour prendre avec elle plus de libertés qu’avec une Héra ou une Athéna. L’artiste ne
pouvait pas ne point être tente de donner aux yeux des hommes la joie d’admirer, les formes accomplies de ce corps divin auquel le berger Paris, sur l’Ida, avait décerne le prix de la beauté ; mais les habitudes prises ne lui permirent pas d’arracher à la déesse tous ses voiles par un geste brusque, tel que celui qui avait valu à Hypéride l’acquittement de Pliryné. II lui fallut préparer son public à ce changement d’aspect et, comme l’amant qui lutte contre les résistances d une pudeur vouée à la défaite, faire avec une tendre insistance glisser le vêtement de l’épaule à la gorge, de la gorge aux reins et, de ceux-ci, jusqu’aux pieds. Encore a-t-il dû, pour ne pas paraître manquer à certaines convenances, chaque fois qu’il détachait et abaissait ainsi la draperie, motiver d’une manière plausible le parti auquel il s’arrêtait. Si, dès le ve siècle, Alcamiène découvre l’épaule et le sein gauche de son Aphrodite des jardins (T Aphrodite de Fréjus au Louvre), c’est que la déesse, qui est en train de s’envelopper dans son peplos , n’a pas encore fini de fixer autour de son cou, par une agrafe, le pan d’étoffe que tient en l’air sa main droite. Ailleurs, si ce peplos, roulé négligemment autour des hanches, ne dérobe à la vue que le bas du corps, c’est que la déesse s’en revêtira seulement lorsqu’elle aura achevé de disposer sa coiffure. Enfin, là où, comme chez la Cnidienne, la nudité est complète, l’artiste a voulu l’expliquer plus clairement encore. Aphrodite va entrer au bain. Ses vêtements sont posés, près d’elle, sur l’urne qui renferme les parfums dont elle oindra ses
Photographie Mansell.