INTRODUCTION. XXI
Estoiont de fort beaux tabis Et d'autres estoSes très-rares :
Ces habits sont nommez cimarres.
D'autres avoient des juste-au-corps Et d'autres avoient par le corps.
Des robbes tout autour plissées Parce qu'elles sont plus aisées ^
Bélisandre, intimidé d'abord de voir tous les regards tournés sur lui, reprit vite sa présence d'esprit. Usant du privilège des nouveaux arrivants, il vint baiser à la ione CUogaritej qui s'y prêta de bonne grâce; puis cherchant un siège et ne trouvant ni chaise, ni pliant, ni perroquet, il fit conune Brundesius et s'assit aux pieds d'une dame sur son manteau.
L'entrée de Bélisandre et de Brundesius avait interrompu la conversation. Après les premiers compliments, Cléogariie demanda à Brundesius pourquoi elle ne Tavait pas vu la veille.
—Hier, dit-il, j'étais de quartier chez Athénodore.
— A-t-elle grande foule d'alcôvistes*? Qui préside chez elle t
—Elle en a plusieurs, et de la vieille roche ', même des femmes de la petite vertu *. Quoiqu'elle ait quelques diseuses de pas vrai *, elle n'a point de ces di-
^ Somaize, Procez des PreUetues, 'Degahnts.
* Nobles.
* Galantes.
* Ifenieoset •
XXll IHTBODUOnOir.
seuses dlnutililés * qui ignorent la force des tnols et le friand du goût.
--Sans doute quantité de celles qui la viennent voir lui servent de mouches S et Ton y en trouve aussi dont la neige du visage se fond >.
—Il est vrai que Ton y en pourrait trouver qui lustrent leur visage*; mais outre que celles-là sont graves par leur antiquité^ les troupes, auxiliaires de leur esprit soutiennent assez bien leurs ambiguïtés d'appas.
La conversation, lancée sur ce terrain, arriva vite à la médisance.
En moins d^une heure, Bélisafidre avait appris à connaître les ruelles de Salmis, de Sarraidey de Sophie, de Tillustre Célie, de Slratonice, de la charmante Féliciane, de l'aimable Sophronie, de Félicien le palais de Rozelinde, véritable palais d'honneur, les maisons de Nidalie, de DorcUise, de CalpumiBj de Madonle et de l'incomparable Virginie; il savait que ces noms chez CUogarile, désignaient mademoiselle de Sully, madame et mademoiselle Scudéry, madame de Choisy, madame Scarron, madame de La Fayette, madame de Se vigne, madame de Fiesque; que le palais de Rozelinde était l'hôtel de Kambouillel ; enfin que les autres
1 Paroles superflues.
> SoDl moins belles quVlle.
s De vieilles. * Qui se fardent .
INTRODUCTION. XJllk
maisons étaient celles de mademoiselle Ninon de Lenclos^ de madame de La Suze, de madame de La Galpre* nède^ de la comtesse de Maure et de la marquise de Villaine. Sans s'attacher beaucoup à retenir des noms précieux^ qui^ différents selon les divers romans pr»* cieox pouvaient^ dans une autre ruelle^ ne pas désigner lea mêmes personnes^ il chercha seulement à apprendre quelques particularités de ce monde auquel il ne voulait pas rester étranger.
—A propos^ dit Ari$Um, je (us^ il y a quelque tetnpi) chez Aglanide. Que dites^Tous d'elle ?
— C'est une personne qui a des lumières éloignées ^
«Pour moi> je tiens qu'elle a Tâme mal demeurée '.
— Et moi je ne sais qu'en croire. Il y a quantité de gens qui tiennent qu'elle à un œuf caché sous la cendre *.
«*-Si vos sentiments sont partialisés là^dessus^ dH alors Egistuê en rougissant, vous devez au moins avouer qu'elle à les miroirs de Tâme ^ tort beaux, la bouche bien façonnée % qu'elle est d'une vertu sévère *, et qu'elle articule bien sa voix \
1 Des connaissances confuses.
* Qu'elle n'a point d'esprit.
< Qu'elle a de Tesprit et qu'elle n'en a pas la clef. ^Les yeux.
« Belle.
• Que l'on n'obtient rien d'elle.
^ Qu'elle chante liien.
Cette conversation est tirée presque textueUemeat de la comédie
XXIV llfTRODUCTlOIV.
CliogariU comprit le sentiment qui donnait au jeune Egiihu le courage de défendre Aglanide absente; elle reprit brusquement :
— Akyan, qui nous a régalé de ses derniers sonnets nous en doit encore un.
— Le nombre des sonnets que j'avais à vous lire^ Mesdames^ est achevé; s'il est vrai que je sois venu à bout de votre patience, la (au^ ne pouvant être repa* rée par moi le sera par un autre. J'espère même me rendre aucunement recommandable par le choix de mon successeur. Ce sera , sll vous platt, Mesdames^ M. de M. *.
H. de Vt.y ainsi interpellé^ prit alors la parole d'un air langoureux :
Mesdames, dit-il, j'ai à vous lire des méditations sur la croix. Je me trouve en un étal bien différent de celui où se feignait être, il y a quelques jours, un des beaux esprits de cette compagnie ; et au lieu qu'il appréhendait de n'avoir rien qui fût assez plaisant pour vous roffirir, je crains de ne pouvoir rien rencontrer qui soit assez triste pour vous satisfaire *.
On lui fit la guerre sur sa modestie, et quand il eut
de Somaiie, iotitulée : Les VMtablês PrétieuseB. Les explications données en note sont de lui.
* Diversei Poésies sur des sujets différents^ par Ch. Vion d*Â]ibray, Paris, 4653, in-8o (tecltie/).^ Dans ce livre, M. de H. désigne probablement M. de Montreuîl.
* La Mitsette, du sieur Vion d'Alibray. Paris, 4647, in-S^ (en tête des vers moraux)-