L'ABBE COTIN
Les biographies ont un danger. Llsolement où s'y trouvent placés les personnages dont on s'occupe leur constitue une sorte de grandeur qu'ils n'avaient point dans le milieu où ils ont vécu. La lumière que l'on concentre sur eux seuls donne à leurs traits un éclat d'autant plus vif que l'obscurilé est plus épaisse autour d'eux, par suite de la distance qui nous sépare de leur époque. Pour être vrai^ pour être rigoureusement juste, le biographe a donc des obstacles à vaincre qui naissent de la nature de son travail. Après avoir longtemps pratiqué les écrivains dont il s'occupe, il doit se tenir en garde contre cette sympathie qui nait d'une fréquentation assidue, et mesurer soigneusement ses paroles sous peine d'en voir outrer.la portée ; ses éloges
condamneront à une supériorité illusoire des hommes
m L*ABBÈ COTIN.
qui la perdront au premier contrôle ; et ses blâmes, trop facilement acceptés sans réserve^ pourront enlever même à ses héros leur médiocrité acquise. Quand il s'agit de ces gloires incorruptibles, de ces astres éclatants dont la lumière propre n'est effacée par aucune autre lueur et sait même briller dans l'ombre où Ten- Yie essayerait de Tétouffer, pour les Corneille ou les Molière, l'enthousiasme a son excuse et le dénigrement son explication. Hais les médiocrités n'ont pas le même privilège ; et s'il est permis de faire connaître mieux des hommes qui sont mal connus, il serait souverainement insensé de vouloir les tirer du rang où les a classés' la justice des siècles.
Je devais prendre ces précautions avant de parler de Tabbé Cotin, dont je ne veux point faire une des gloires du xvii^^ siècle. Il a vécu, il a écrit, il est connu : je dirai simplement sa vie, ses œuvres et le jugement qu'on en doit porter. — Que si je le place parmi les Précieux et Précieuses qu'il a tant attaqués, il pourra en appeler : mais, preuves en main, j'aurai raison contre lui.
Charles Cotin naquit à Paris, d'une bonne famille, qui eut des alliances dans les hautes magistratures : deux de ses cousins, H. Tufûer et M. de Voluserrans, étaient maîtres des comptes. Sa naissance, comme celle d'Homère, est environnée d'un nuage : la date en est incertaine ; mais, quoiqu'il ait déploré les malheurs de Sion sans être contemporain de Jérémie, je crois, en lui voyant chanter un hymne en l'honneur du roi, vainqueur de la Rochelle, qu'il était majeur ou près de rêtre en 1627. D'autres poésies de lui, odes et sonnets, célèbrent encore des événements de cette époque : assez d'autres faits, non moins accessibles à la muse.