MADAME CORNUEL
tout ce que bon lui semble sans qu'oa s'en ose mettre en colère. En effet, on passeroit pour ne savoir point du tout le monde, si on s'advisoit de trouver mauvais que Zénocrite dit une chose un peu malicieuse; et, quoiqu'il soit assez rare de voir qu'on cherche avec soin la conversation de celles qui ne pardonnent rien, qui n'excusent presque jamais personne, et qui parlent quelquefois indifféremment des amis et des ennemis, il est pourtant vray qu'il y a toujours plus d'honnêtes gens chez cette dame dont je parle, qu'en tout autre lieu de la ville. Zénocrite est belle ^ ; sa personne est bien faite; sa physionomie est fine, quoy qu'elle ait aussi quelque air languissant; elle dit les choses comme si elle n'y pensoit pas, et les dit pourtant plus spirituellement que ceux qui y pensent le plus. Elle a une imagination admirable qui fait qu'elle tourne toutes choses agréablement, et qu'elle ne prend des événements qu'on lui raconte que ce qui peut servir à les luy faire redire plaisamment. Elle fait quelquefois un récit avec une exagération si éloquente, qu'elle vous fait voir tout ce qu'elle veut vous apprendre , et quelquefois aussi elle fait une grande satire en quatre paroles. Elle est pourtant née bonne et généreuse ; et, si elle parle en désavantage de quelqu'un, c'est plustosl par excès déraison et de sincérité, et par une impétuosité d'esprit et d'imagination qu'elle ne peut reteniî* que par malice. Ce qu'il y a de plus rare en cette personne, c'est que le chagrin de son esprit fait bien souvent la joye de celui des autres ; car lorsqu'elle se plaint ou des malheurs du sièele ou du mauvais gouvernement, elle le fait d'une
1 Voyez soD portrait; on le troufe dans différents reen^Us, entre autres dans y Europe iUusire et dans Tédition des LtUtes de Madame de Sévigné^ donnée par M. de Monmerqué.
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manière si agréable qu'elle divertit plus par ses plaintes et par ses murmures que les autres ne peuvent faire avec lliumeur la plus enjouée... De ptus^ comme il y a un grand abord de monde chez elle, la liberté y est tout entière; ceux qui se veulent plaindre se plaignent» ceux qui veulent railler raillent, ceux qui veulent ne point parler se taisent ; de sorte que chacun, suivant son humeur, trouve en ce lieu-là de quoy se satisfaire. Ce n'est pas qu'il n'y ait des heures où ils l'importunent; mais l'ennuy qu'elle en a ne laisse pas de servir au divertissement de la compagnie : enfin, je puis vous assurer que Zénocrile est une personne tout à fait extraordinaire. »
Cet épisode où se trouve mêlée madame Cornuel est fort long, et elle n'y occupe qu'un rôle secondaire; mais on l'y reconnaît toujours avec son caractère de femme d'esprit, redoutable à ses ennemis, facile et bonne pour ceux qu'elle aimait. L'histoire du Cyrus, qui se passe un peu avant la Fronde, nous conduit jusque-là; Zinocriîe dut être de l'opposition, par caractère; mais les fonctions de son mari étaient de celles qui demandaient, avant toute chose, la protection royale : madame Cornuel, qui avait déjà fait ses preuves au temps de la cabale des Importants, et qui, la première, les avait aiTublés de ce nom ridicule, resta mazarine : elle n'en fut pas mieux vue par les Frondeurs. Dans une pièce intitulée la Voix du Peuple au Roi, son
* Il ne peut être question que de Guillaume Cornuel, car Claude était mort en 1635, et Nicolas eierçait une charge- k ChàloDs. — Voy, M ss. de G>nrart, t. V, in-f^, p. 349. — Voy. aussi dans le Dictionnaire des Précieuses, 11, 245, Î46, un texie plus oompléi de cette citation, que nous avons dA ici tronquer et adoocir.
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nom est assez maltraité, et les injures qu'on adresse à son mari retombent sur elle par ricochet.
flr Que Cornuel, lit-on dans cette mazarinade, plus cruel que tous les hommes qui ont dévoré le peuple, éteTé du centre de la terre à une richesse de plus de deux millions d'or par un gouffre de concussions, corruptions et larcins publics et particuliers; qui perd et sauve qui bon lui semble, selon les mouvements de sa hayne^ de son amour ou de ses intérêts; qui achète des maisons et bastit des palais pour sa femme y pour laquelle il dépense plus de cinquante mille livres par an ; qu'il soit puny d'un double supplice... C'est ce Cornu quMl faut traisner à quatre chevaux avec ce fanfaron de grand maître de Tartillerie La Meilleraie. »
En ce temps-là, — une autre mazarinade^ nous l'apprend,— ^madame Cornuel habitait le Marais, comme la plus grande partie de la société précieuse, entre la rue Payenne et la rue du Temple, dans la rue des Francs- Bourgeois. Près d'elle demeurait mademoiselle de Scudéry, qui Ta si bien connue et fait connaître ; madame Arragonnais, sœur de Le Gendre, dont la veuve avait été la première femme de son mari ; madame d'Raligre, fille de madame Arragonnais ; la princesse
Et le bon prince de Gucmené D'esprit si bien approvisionné Que tout ce qu'il dit fait bien rire * ;
madame de Blérancourt, la duchesse de Rohan, mesdames de Piennes^ de Bassom pierre, de Maugiron, de Choisy, de Bois- Dauphin, du Lude, de Belin> de la Suie,
* ScarroD^ Adieu au Marais.
VADAMB CORNUEL. 139
de Grimauld et d'autres encore, toutes ces célébrités du temps formaient sa société babitueile. Là elle connut aussi le poète La Ménardière y qui n'a garde d'oublier dans ses poésies elle et ses deux belles-filles, t^ar exemple^ dans une très-longue épître qu'il adresse à mademoiselle de Vandy pour qui un amant s'était poignardé: Laissez faire les fous, s'écrie-t-il ; et 11 ajoute, dans Un langage qu'il essaye, assez maladroitement, de vieillir à dessein :
Si tel conseil vous semble trop cruel, Ordonnez-leur d'aller chez Gornuel; Chez Comuel, la dame accorte et fine Oii gens fftcheux passent par Tétamine Tant et si bien, qu'après que criblés sont, 8e trouve en eux cervelle s'iU en ont. Si pas n'en ont^ on leur fait bien comprendre Que fats céans onc ne se doivent rendre. Et six yeux fins, par s'entre-regarder.
Semblent leur dire : Allez vous poignarder.
Ces a six yeux fins » dont parle le poète durent, bieniôt après la publication de cet bommagd pleurer une mort qui vint les surprendre, celle de M. Cornuel, arrivée le 27 ou le 28 octobre 1657 ^ Les consolations ne manquèrent pas aux désolées. La vieille madame Pilou^ cetle bourgeoise qui faisait les délices du grand monde, eut un mot qui devait leur faire oublier leur douleur : a M'amie, disait-elle à madame Cornuel, ne vous affligez point; votre mari est mort bien genti-
1 Note de M. Paulin Paris dans son édition des HistorieUes de Tallemant des Réanx. — L*acte de l'enterrement est du 29 octobre.
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ment, et bien gentiment on Ta enterré. » Ajoutons que la nouvelle veuve reçut alors les visites de toute la cour.
Pour se distraire de sa douleur sans doute, vers ce temps-là, elle fit avec madame de Maure un assez long ▼oyage.Elles passèrent ensembiequinze longs joursdans une litière : « J*étois si lasse, a dit depuis madame Cornuel, d'avoir toujours une même personne devant les yeux, que j^ai eu deux ou trois fois Tenvie de l'étrangler.» Heureusement qu'elle n'en fit rien : elle avait encore tant de bons mots à dire , et que le bourreau peut-être aurait interrompus ! — ^L'année suivante, madame Cornuel avait, semble-t-il, pardonné à madame de Maure ce long ennui d'un inévitable téte-à-téte, et elle écrivait à la comtesse une lettre charmante, portrait frappant d'un homme qu'elle connaissait bien, et qui n'était plus alors que son ami, le marquis de Sourdis : c'est la seule pièce qui soit restée d'elle; à ce titre, un extrait pourra paraître intéressant :
a S3 octobre 1650. — ^Nous avons vu le marquis de Sourdis céans. Si H. le comte de Maure se récria du portrait que j'en fis il y a quinze jours, ce n'est rien de le peindre de mémoire; il en faut faire un sur l'original. Vous sçavez, madame, qu'il n'y avoit pas trois semaines qu'il étoit parti de Paris, dimanche, qu'il arriva céans ce matin, il a donc vu quatre de ses maisons, Araboise, Tours, des Religieuses proche de Tours, affermé et rehaussé des terres, vendu de hauts bois, gagné (cela entre nous) cent mille francs sur le marché avec le Roy; mais, s'il vous plaist, n'en dites rien. Il a bâty deux maisons, abattu à Amboise, ordonné des levées de la rivière de Loire, avancé pour cela de son argent, fait sa provision de vin, de bougie, et enfin
HADAMK CORN(;.SL. i4i
tant de choses que reçu de f argent m'échappe de la mémoire, aussy bien que quelques légers arbitrages. Vous croyez donc, madame, qu*à tout cela, et n'estre que deux jours en chaque lieu, il n'a pas eu de temps de reste? Ecoutez. Il a fait un rom^n, vers, prose, aventures... De la même plume il prend un autre portefeuille, et a écrit même un traité de la Grâce , un de la Médecine et quelque autre de la Physique. Dans le carrosse, il fait des devises avec dom André... Vous ne vous estonnez pas s'il ne m'a pas demandé comme je me portois, ny dit un mot de ma maladie en sorle quelconque... A la quantité des choses qui luy passent dans la teste, rien ne peut y demeurer assez de temps pour passer au cœur : les frivoles bouchent le passage aux sérieuses ^ »
Jusqu'ici nous avons pu voir madame Cornuel mêlée à quelques événements ou à certaines aventures. Maintenant il nous est seulement permis de rappeler quelques-uns de ses mots heureux, que les contemporains ont relevés avec grand soin, et qui conservent encore leur saveur après tant d'années.
Les Grands-Auguslins étaient accusés de prêter sur gages : a Comment s'en étonner? dit-elle; n'ont-ils pas chez eux le cœur du président de Bercy? »— Or le président de Brrcy, qui venait de mourir (vers 165B), et dont le cœur avait été en effet déposé chez les Grands- Augustins, avait fourni à Bois-Robert le modèle de son
> TaltemaDi des Réaux. — Historiettes^ édit. Paulin Paris, lome V, pages 439-UO (Note.) — Â la suite de celte lettre, Codraii, qui dou$ Ta conservée dans ses papiers , a joint la copie d*un billet de madame de Rambouillet à madame de Maat*e , qa*elle itmercie de lui avoir envo}fé la leUre de madame Goroael.
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Amidor^ à MoUëre roriginal d'Harpagon ; le grand comique, après Bois-Hobert d^ns la fieUe Plaideuse, avait même copié sur une aventure arrivée au président de Bercy et à son fils cette scène où Harpagon et Cléante se trouvent en présence, l'un pour emprunter, l'autre pour prêter à usure.
Ce trait se retrouve partout. Madame de Sévigné, qui connaissait madame Cornuel et aimait à la visiter, nous a conservé aussi un grand nombre de ces saillies, de ces boutades qui tombaient de ses lèvres malignes presque à son insu, et qui lui échappaient encore la veille de sa mort.
6 mai 1676, a La comtesse (de Fiesque) maintenoit l'autre jour à madame Cornuel que Combourg n'étoit point fou ; madame Cornuel lui dit : Bonne comtesse, vous êtes comme les gens qui ont mangé de l'ail.—Cela n'est-il point plaisant? M. de Pomponne m'a mandé qu'il me prioit de ne pas oublier d'écrire tous les bons mots de madame Cornuel. o — Elle disait une autre fois de la même comtesse que ce qui avait conservé sa beauté c'était d'être salée dans la folie.
7 ocL 1676. a Madame Cornuel étoit l'autre jour chez Berryer dont elle étoit mal traitée. Elle attendoit à lui parler dans une antichambre qui étoit pleine de laquais. Il vint un espèce d'honnête homme qui lui dit qu'elle étoit mal dans ce lieu-là. a Hélas, dit-elle, j'y suis fort bien; je ne les crains point tant qu'ils sont laquais. )» Voilà ce qui fait rire M. de Pomponne de ces rires que vous connoissez. Je crois que vous le trouverez fort plaisant aussi. » — Le mot en effet méritait d'être enchâssé par Le Sage dans Turcaret. Voici qui n'est pas moins plaisant : au xvuf siècle, un descendant de ce Berryer eut le crédit de faire effacer le nom de son
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aïeul dans les éditions qui se firent, de son vivant^ des Lettres de madatne de Sévigné,
Indépendante comme elle l'était^ madame CornueU qui aimait le roi, ne craignait point les crimes de lèsemiueslé, et ses mots s'attaquaient sans choix à toutes les puissances. Ainsi, le duc de Noailles, qu'elle faisait descendre des lamentations de Jérémie, le duc d'Elbeuf, madame de La Ferté, le roi lui-même, qui avait fait sa cour aux bourgeois, disait-elle, en étendant trop le nombre des chevaliers du Saint-Esprit, furent tour à tour Tobjet de ses railleries. Un jour, elle revenait de Versailles, où elle avait trouvé de jeunes ministres, M. de Seignelai, entre autres, qui n'avait pas trentecinq ans, auprès du vieux roi : a Je viens de voir, ditelle, Tamour au tombeau , et les ministres au ber^ ceau. o
Elle n'épargnait pas davantage le clergé : l'abbé de Valbelle , successeur très-relâché de Pavillon , le très« austère évêque d'Alet, le père Gonnelieu, jésuite, qui surfaisait en chaire et donnait à bon marché dans le confessionnal, Tarchevêque de Reims, Le Tellier, qu'elle disait trop porté au bien, parce qu'il était avare, eurent à se plaindre I entre mille autres, de sa malignité aiguisée encore par son bon sens.
C'est à la suite d'une réflexion fort juste sur Bois- Robert que l'abbé-poëte décocha sur elle ce sonnet méchant dont nous avons parlé. A certaine messe de ininuit où Bois-Robert officiait, elle avait reconnu l'abbé : «Voilà, dit-elle, tout ma dévotion évanouie 1 9 Le lende** main, raconte encore Taillemant, comme on la vouloit mener au sermon, a Je n'y veux pas aller, dit-elle, car après avoir trouvé Bois-Robert disant la messe, je trouverois sans douteTrivelin en chaire. Je crois, ajouta*
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t-elle, que sa chasuble étoit faite d'une robe de Ninon. » Elle avait raison; mais il est parfois prudent d^avoir raison tout bas. Bois-Robert se vengea^ elle se repentit d'avoir parlé^ et elle-même demanda à faire la paix.
Gomment, du reste, aurait-elle épargné Tabbé, quand elle n'épargnait pas son propre fils? A cette époque il ne fallait pas deux générations dans les finances pour s'enrichir. Aussi M. de Yillepion , dédaignant un emploi où M. Cornuel avait assuré la fortune de sa race, n'accepta pas, dans son héritage, la robe que son père lui avait laissée : il se fit d'épée, et servit même avec quelque distinction. Après une campagne à la tête du régiment de Sourdis, nommé œlonel d'un régiment de cayalerie de son nom , il le commanda avec beaucoup de valeur à cette sanglante bataille de Saint-Denis, près Hons (14 aoûl 1678), où le prince d'Orange, qui avait la paix signée dans sa poche, se fit battre par le maréchal de Luxembourg. Madame Cornuel pouvait donc, sans trop d'indulgencr, reconnaître que son fils avait fait ses preuves. Cependant, lorsque, en 1689, sans doute après réchec de Hayence, le chevalier de Sourdis vint conter la déroute à madame Cornuel, et s'en prit à la cavalerie qui l'avait abandonné et avait fait onze lieues sans regarder derrière elle, sa pensée se re|K)rta aussitôt sur Villepion: aVoilàdebons chevaux, dit-elle, ne pourrais-je point en avoir de la race pour envoyer à mon fils? on ne sait ce qui peut arriver. »
Son fils n'eut pas besoin de ces chevaux si viles et continua à le prouver. En 1690, il fut fait mestre de camp, — in partibus , disait-elle. Cependant H. de Yillepion exerça son emploi et s'y distingua noblement dans plusieurs affaires, et particulièrement en 1693> à La Harsaille, où il fut blessé. C'était répondre dignement aux
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craintes ambitieuses d'une mère qui, sans doute ^ exigeait beaucoup de lui^ parce qu'elle l'aimait beaucoup.
Qu'étaient devenus à cette époque les autres enfants de madame Cornuel ? Toutes les'sources que nous avons consultées sont muettes sur ce point. Une seule de ses filles^ Geneviève Cornuel, a échappé à l'oubli^ grâce à ces lignes du marquis de Daif geau : a H. de Guerchi, qui avoit épousé, en premières noces^ une fille de la comtesse de Fiesque, de son premier mariage avec M. de Piennes, s'est remarié, quoiqu'il eût beaucoup d'enfants, et a épousé une fille de madame Cornuel : les parents, de part et d'autre, en ont été assez mécontents*. »
Le marquis de Guerchi était un compagnon d'armes de H. de Yillepion ; il prit part aux mêmes batailles que lin*; il fut nommé le même jour chevalier de Saint- Louis. Hais si, après avoir épousé une fille de la comtesse de Fiesque, il prenait alliance dans une famille moins considérable, d'un autre côté, madame Cornuel pensait que « madame de Guerchi n'était morte que pour avoir le corps usé de ses fréquentes couches, et craignait ces maris qui se défont de leurs femmes à moins d'en être amoureux ; m elle se rappelait le scandale répandu sur le nom de Guerchi par la propre sœur du marquis, fille d'honneur de la reine, accusée d'avoir commis un infanticide chez une sage-femme, la Constantin', où elle avait été cacher sa grossesse; elle peu*
1 Journal de Dang^au, juillet 4685.— Cf. Sévigné. LeUres^'Hl ei 39janvier, 49fcv. 1672.
^ Voy. les lettres de Goy-Patin sur toute Paflaire de la Consiaotin ei de midemoiaelle de Guerchi.
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sait que sa fille n'était plus jeune^ et de là ce mécontentement dont parle Daogeau ^
Malgré ses chagrins , jusqu'à sa dernière heure madame Cornuel conserva sa vivacité et sa|liberté d'esprit.
Témoin, dans sa longue existence, du gouvernement absolu de Richelieu, des débauches guerrières de la Fronde^ des galanteries de la jeune cour^ de la gloire d'un nouveau règne^ elle sema sur tous les événements, à mesure qu'ils défilaient dans leur étrange variété, sur tous les personnages, à mesure qu^ils passaient à sa portée, des mots incisifs qui les caractérisaient vivement. On l'entendit encore, en 1693, après les stériles victoires du maréchal de Luxembourg, comparer ses exploits aux blés de celte année calamiteuse : a Ils sont beaux, disait-elle, mais ils ne rendent point. »
A peu de temps de là, elle perdit une de ses amies, madame de Ville-Savin, qui avait Tâge du siècle : a Hélas ! dit-elle, me voilà découverte! 11 n'y avait plus qu'elle entre la mort et moi!& La mort, en effet, ne l'oublia pas longtemps^ elle mourut vers le 9 février 1694, âgée de près de quatre-vingt-neuf ans. Dans le recueil de pièces imprimé à La Haye cette année-là, on trouve une épitaphe composée, dit-on, pour elle, peut-être par Chaulieu ; les épigrammes dont elle y est l'objet ne Tatteignent point, et, selon nous, c'est par erreur qu'on a pu regarder madame Cornuel comme l'objet de cette satire, plus que médiocre.
Après sa mort, nous ne trouvons plus trace de ses deux filles. Hais son fils lui survécut longtemps. La veille même du jour où mourut sa mère, il était porté
i La seconde madame de Guerchi n^eul pas d'enfants, non plus que son frère, et en eux s^éleignit cette seconde branche des CornueL
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le quatrième sur la liste des officiers des armées de terre nommés chevaliers de Saint-Louis, le 8 février 1694. Depuis, en i704, il fut créé inspecteur général de la cayalerie, et fut Tun des lieutenants les plus actifs et les plus aimés de Catinat. Le maréchal, qui l'avait connu à La Harsaille, le retira d'Italie et remploya sous ses ordres à Tarmée de la Lys et au siège d'Ath. Plus tard, au temps de la guerre de la Succession, H. de Villepion repassa en Italie, appelé encore par Catinat, et se signala dans son nouveau grade de maréchal de camp^ à Carpi, à Chiavari, et enfin à Castelginfré, dont il s'empara, chemin faisant, en allant se mettre, après la bataille de Luzzara, au service de M. deVaubecourt qui faisait le siège de Guastalla. H. de Villepion mourut en i 728, sans, paratt-il , avoir laissé de postérité. — Luimême n'avait pas suivi les traditions de sa mère et ne s^était fait, ni remarquer par son esprit, ni redouter par sa malice. Il fit mieux. Ses belles actions valent bien des bons mots.