‹ Précieux et précieusesChapitre 30 sur 86 · MADEMOISELLE DE GOURNAY · texte numérisé non relu

MADEMOISELLE DE GOURNAY

et soulager d'autant leur commune douleur; c'était en 4594, le temps n'avait point affaibli le sentiment d'une telle perte : mademoiselle de Gouraay resta quinze mois en un lieu tout plein du souvenir de son père d'alliance. Lorsqu'elle revint à Paris, en 4596, ses affaires de famille s'étaient terminées; un acte passé devant le notaire La Morlière mettait fin à toutes les lentes difficultés d'une succession embrouillée.

Déjà connue dans le monde lettré par son Promenoir et par l'édition qu'elle venait de donner (Paris, 4595) des œuvres de son second père, mademoiselle de Gournay se lança alors sans réserve dans la vie littéraire, et depuis, d'année* en année, se succèdent rapidement ses ouvrages, qu'il nous reste à examiner; nous dirons en même temps à quelles attaques elle se vit bientôt exposée, dans ses écrits et même dans sa personne. Heureux les noms qui se font sans bruit ! La renommée est une harmonie qui ne s^obtient guère que par des dissonances.

Les Œuvres de mademoiselle de Gournay peuvent se répartir en quatre classes : dissertations morales, écrits de circonstance, défense des Temmes, traités sur la langue. Ces nombreux ouvrages ont été recueillis par elle-même, en 1626, sous le titre d* Ombre de la demoiselle de Gournay, en 4636 sous le titre de Présents, et, pour la dernière fois, avec quelques additions, en 4644; c'est cette dernière édition que nous avons consultée. Elle est intitulée : Les Advis ou les Présents de la demoiselle de Gournay.

Cet épais in-4o, qui ne contient pas moins de mille

et tant de pages (dont 995 chiffrées), est précédé d'un

portrait de l'auteur à Tâge de trente ans. Une simple

chlamyde grecque indique la prétention, et une bran*

il A HADBIIOISILLR DK GOURlfAT.

che d'oliyier dans la main droite, le caractère de la nouvelle Minerye. Ses cheveux lisses remontent vers le sommet de la téte^ où ils se réunissent à une sorte de voile qui tombe par derrière; le front est élevé et bordé d'un bourrelet de petits cheveux frisés qui encadrent carrément un visage ovale. Les ^feux paraissent trèssaillants : peut-être mademoiselle de Gournay les avaitelle ainsi; peut-être est-ce Teffet seul de la gravure qui, à cette époque--il est facile de s'en convaincre par les portraits que nous ont laisses Léonard Gaultier et Thomas de Leu — accusant fortement la paupière inférieure, grossit Tœil d'autant; le nez est fort, la bouche fine, un peu pincée ; le visage a beaucoup d'énergie et n'est pas sans quelque dureté. Au-dessus on remarque deux Amours dos à dos, —est-ce une allégorie ?— et au-dessous, ces deux vers :

Prophane, ces écrits n'ont qu'un mot à te dire : Tu n'auras chez Gournay que louer ny que lire.

—Les admire qui les a faits.

Un Discours sur ce livre — à Sophronyme — tient lieu de préface. L'auteur n'y donnera point une estimation de son œuvre, « car Tesprit semble autant incapable de juger précisément le fruit qu'il a conceu que l'œil, quoiqu'il voie toutes choses, est impuissant à se voir soy-mesme. » Mais elle fournira a une guide pour se couduire en son examen, et, par incident, une guide générale encore au public pour l'éclairer en la lecture des écrits. »

Un point la préoccupe surtout dans cet examen, la question du style : ehl comment la négliger < en une saison si langagère et si grimelineî... Voyons s'il a

Page 1