MADEMOISELLE DR GOURNAY
quelque ingénuité^ si lacoinposilion esl assaisonnée de quelque grâce^si les métaphores ne luy dénient point rornement qu'elles luy doivent^... si la vigueur ne luy manque pas^ si la variété l'accompagne; b elle a essayé « d'éviter la confusion^ le trop d'une part^ de l'autre cette piaffe, ce fard d'une étude fantasque et servile qu'on 7 recherche tant à cette heure. »
On le sent en lisant ses écrits, mademoiselle de Gournay— et c'est là son défaut— fait de la morale pour la morale» de la critique pour la critique ; tout entière à son sujet, elle oublie le lecteur; sur la route qu'ils doivent parcourir ensemble, elle ne pense qu'à son but^ mais s;m8 le faire d'abord assez connaître, et sans dire assez tôt ce qui l'y attire. Sûre d*y arriver, elle y vise, et en ligne droite, et d'une marche sûre; mais c'est d'un pas si lent que le lecteur, fatigué d'aller sans bien voir où^ n'est tenu en éveil que par les soubresauts capricieux de son guide; s'il va jusqu'au terme, c'est sans s'y être prêté, sans avoir uni sa pensée à celle de l'auteur : plus attentif à l'écrivain qu'au sujet, à un langage accidenté qu'à une idée laborieusement poursuivie, et qui ne vaut pas toujours la peine qu'on s'est donnée pour l'alteindre.
Qu'on prenne, par exemple, le traité De la Médisance, et qv^elle est la principale cause desduels^et qu'on passe avec Tauleur « de la médisance simple à la double, qui s'appelle drapperie ou moquerie ; » qu'on examine ensuite avec elle Si la vengeance est licite; qu'on lise enfin ses Advis atix gens d'Eglise^ ses discours sur les fausses dévotions, et ce qu'elle appelle a les vertus vicleq^, » on verra bien qu'elle parle avec indépendance, qu'elle observe avec finesse, que les questions religieuses ne l'effrayent pas, et qu'elle porte son origi-